Comment faire la paix avec son alimentation
Nadine Descheneaux
L’alimentation est devenue un vrai casse-tête. On ne peut plus rien manger sans se sentir coupable: pas de sucre ni de boissons gazeuses (c’est mauvais pour la ligne); pas d’aliments transformés (qui causent le cancer, paraît-il); pas de mangues ni d’avocats (ce n’est pas très local!). Et si on en finissait avec les assauts de la culpabilité alimentaire? Il est plus que temps de faire la paix avec son alimentation.
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L’une des sources de la culpabilité qui nous assaille provient des trop nombreuses règles, souvent contradictoires, et d’une volonté de contrôle excessive de l’alimentation. Il y aurait de bons aliments et il y en aurait de mauvais. On devrait manger tel aliment, mais il faudrait éviter tel autre. Il y aurait des quantités permises et certaines heures où il est acceptable de manger, et d’autres qui ne le sont pas.
Il n’y a pas qu’une origine aux fausses croyances qu’on tient pour vraies bien malgré nous. «Il y a plusieurs influences: la société dans laquelle on vit, notre entourage, notre milieu de travail ou le cadre scolaire, mais également notre relation personnelle avec la nourriture, la façon dont se passaient les repas en famille quand on était petit, et ainsi de suite. Bien manger et bien paraître sont devenus des buts à atteindre», dit Annie Destroismaisons, nutritionniste.
Par conséquent, on se sent coupable dès qu’on déroge des règles, car une grande rigidité entoure l’alimentation. «L’accent est souvent mis sur la valeur nutritive. Oui, c’est important, mais on oublie que l’alimentation est influencée par beaucoup de choses. D’abord, par nos besoins, mais aussi par nos envies, nos valeurs, notre santé, notre état émotionnel, notre temps et nos ressources financières. D’où l’importance de faire preuve de souplesse dans notre relation avec la nourriture. Elle sera toujours en mouvance, et c’est bien correct», souligne la nutritionniste.
De plus, nous sommes fortement conditionnés à braquer notre regard sur le repas qu’on est en train de manger, et non à regarder plus globalement tout ce qu’on mange, à l’échelle d’une semaine, par exemple. «Ce n’est pas vrai que chacun de nos repas devrait répondre à l’ensemble de nos besoins. Notre corps ne fonctionne pas ainsi. Il est intelligent, il va s’adapter, comme il le fait pour d’autres besoins. Parfois, on a une mauvaise nuit de sommeil, et on va aider notre corps à récupérer en faisant une sieste plus tard dans la journée, ou encore en dormant davantage durant la fin de semaine. C’est la même chose avec la nourriture, il faut se le rappeler», ajoute la spécialiste, qui accompagne de nombreux clients dans leur quête d’une meilleure relation avec la nourriture.
Faire la paix avec son alimentation
Voilà un grand défi! «Comme on traîne parfois ce sentiment de culpabilité depuis 10, 15, voire 40 ans, il est plus ou moins incrusté en nous. On ne pourra jamais le régler d’un coup ni totalement non plus. Ce n’est pas un processus linéaire. Il y aura toujours des hauts, des bas, des variations selon notre disposition du moment et ce qui arrive dans notre vie. Le discours ambiant reste présent, et celui de notre entourage aussi, mais il est néanmoins possible de faire la paix avec cet aspect de la vie. Il faut accepter que ça prenne du temps, que le chemin n’est pas le même pour tous, et qu’il faudra avoir beaucoup de compassion envers soi», dit Annie Destroismaisons, qui propose le livre numérique Trois clés pour connecter à son corps (anniedestroismaisons.com).
Quand on souhaite déposer les armes et en finir avec la culture des diètes et des restrictions, on risque de sentir un grand vertige, car il n’y a pas d’objectifs quantifiables ou mesurables. C’est tout le contraire des régimes, en fait, qui dictent la marche à suivre avec de nombreuses règles strictes: quoi manger et ne pas manger, en quelle quantité, à quelle fréquence, pour quelle durée, les résultats à atteindre, etc. Un tel cadre peut avoir un aspect très rassurant. «C’est très humain d’aimer suivre une série d’étapes prédéfinies et savoir ce qui va se passer après. Cependant, quand on souhaite faire la paix avec notre alimentation, il ne s’agit pas d’appliquer une recette. Le chemin à parcourir est différent pour chacun, et on y va avec son bagage personnel. Tout est en nuances, et c’est tout un défi!»
«Les résultats ne sont pas mesurés, ils sont davantage ressentis», dit la spécialiste. Les effets se produisent souvent en douceur, si subtilement qu’on peut croire que rien ne change, alors que c’est le contraire. Annie Destroismaisons a une métaphore qui illustre bien le processus qui s’installe doucement en nous: «C’est un peu comme le bruit du ventilateur d’un four. Si on l’éteint d’un coup, on le remarque, car le silence est contrastant, mais si on réduit le bourdonnement graduellement, on a besoin que quelqu’un nous le fasse remarquer pour entendre la différence.» Cela dit, la paix intérieure qui s’installe ne fait pas de bruit. Elle vient doucement et demande qu’on l’entretienne en rétablissant le lien avec le corps et ses besoins, autant par la pleine conscience que par la bienveillance.
8 pas vers la trêve
On peut faire plusieurs petits pas pour jeter les bases d’une paix qui nous fera du bien. Voici quelques pistes à explorer, sans ordre particulier à suivre:
- Prendre conscience du contexte dans lequel on évolue et du discours ambiant qu’on entend. On peut ainsi mieux se positionner
- S’informer. On lit, on écoute des balados, on suit des formations...
- Se remettre en lien avec soi.
- Apprivoiser l’alimentation intuitive.
- Revoir sa relation avec certains aliments, en dressant la liste des aliments qui suscitent de la culpabilité quand on les consomme, et même d’évaluer le malaise qu’ils entraînent: négligeable, petit, moyen, grand...
- Éviter de porter un jugement.
- S’engager à apprécier sa nourriture.
- Chaque jour est un nouveau jour. On se rappelle que tout est temporaire.