Crise de déménagements pour les victimes de violence
Un organisme ne suffit pas à combler les besoins des femmes qui doivent partir

Nora T. Lamontagne
Le seul organisme qui effectue gratuitement les déménagements des victimes de violence conjugale dans la grande région de Montréal croule sous les demandes depuis sa fondation en octobre.
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« Il y a des cas très urgents, mais en ce moment, ça peut nous prendre une ou deux semaines avant de pouvoir répondre au besoin », regrette Geneviève Caumartin, fondatrice de la branche québécoise de Transit Secours.
Cette organisation gère toute la logistique afin que les survivants de violence conjugale puissent récupérer leurs biens de façon gratuite et sécuritaire, souvent chez leur agresseur.
En ce moment, les équipes de bénévoles effectuent deux ou trois déménagements par semaine, mais Transit Secours reçoit le double de demandes par le truchement des maisons d’hébergement.
L’organisme manque de bras ainsi que de dons ou d’espace d’entreposage pour combler les besoins criants.
« C’est décourageant de voir à quel point le problème est répandu », soupire Mme Caumartin, dont la mère, Francine Bissonnette, a été assassinée par un conjoint violent il y a bientôt cinq ans.
Pour sa mère
« Après le meurtre, j’ai beaucoup réfléchi à ce qui aurait pu l’aider, poursuit-elle. Parce que, pour elle, ce n’était pas envisageable de tout abandonner à 62 ans et de repartir de zéro. »
« C’est peut-être “juste” des objets, mais certains ont une valeur sentimentale et financière », ajoute la gestionnaire des opérations de l’organisme, Michèle Sandiford.
D’où l’idée d’implanter au Québec un concept qui a fait ses preuves depuis 2016 ailleurs au Canada : une aide pour transporter les biens de victimes de violence conjugale dans un entrepôt, une maison d’hébergement ou un nouveau logement.
« Un service comme celui-ci aurait peut-être pu sauver la vie [de ma mère] », souffle Mme Caumartin.
Le tout pour le tout
Car un déménagement peut paraître insurmontable pour celles qui sont isolées et sans grands moyens financiers, rappelle Mme Caumartin.
Sans compter les dangers et le stress de se retrouver face à face avec son agresseur après l’avoir fui.
C’est pourquoi les bénévoles de Transit Secours sont accompagnés de gardiens de sécurité ou de policiers si l’agresseur risque d’être présent ou si des accusations pèsent contre lui.
Quand elles n’ont pas accès à ce service, d’autres victimes de violence conjugale doivent se résigner à tout abandonner.
Ça a été le cas de Nathalie Trottier, qui a quitté une relation toxique avec un conjoint violent après 25 ans avec à peine 100 $ en poche en 2012.
« J’ai tout perdu en m’en allant [...] y compris mes photos de famille », témoigne-t-elle en tant que porte-parole de l’organisme.
« Je n’avais plus de réseau, il n’y aurait eu personne pour m’aider à déménager. [Les services de Transit Secours] auraient changé la donne. »
Actuellement, la solution la plus répandue consiste à engager des déménageurs à grands coûts, comme le font certaines maisons d’hébergement, ou à effectuer des allers-retours en taxi pour transporter ses biens.
Si vous avez besoin d’aide
SOS VIOLENCE CONJUGALE
- sosviolenceconjugale.ca
- 1-800-363-9010
- 438-601-1211 (texto)