D'«Alertes» à «Indomptables», Natalie Tannous récolte enfin le fruit de 30 ans de travail

Alicia Bélanger-Bolduc

2026-03-07T11:00:00Z

Après plus de 30 ans dans le milieu francophone comme anglophone, Natalie Tannous nous accordait sa première entrevue en carrière. Celle que nous avons pu voir sur les planches et devant la caméra nous parle de ses personnages dans Alertes et Indomptables, ainsi que de tous les projets qui ont façonné son parcours.

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Natalie, parle-moi de ton année 2026 à l’écran.

Pour le moment, le public peut me voir dans la sixième saison d’Alertes dans le rôle de Nadia Brahmi, une mère dont la fille est disparue, et dans Indomptables, où j’incarne Luce, maréchal-ferrant et ancienne policière. Je suis aussi la voix de Madame Coucou dans Passe-Partout depuis 2018. L’année 2026 vient tout juste de commencer, mais ce sont mes projets actuellement à l’écran.

Comment ont été les tournages sur ces deux séries ?

J’ai adoré le plateau d’Indomptables, mais celui d’Alertes, où j’ai travaillé plus longtemps, est vraiment exceptionnel. Les gens sont inclusifs, gentils et à l’écoute. On prend le temps de tourner les scènes dans la mesure du possible. Sur ces deux tournages, on a voulu bien faire les choses, et ce n’est pas un luxe offert sur tous les plateaux. Je me sens particulièrement choyée et reconnaissante des magnifiques scènes que j’ai eu à jouer dans des environnements bienveillants et accueillants, avec des partenaires de jeu généreux.

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Qu’est-ce qui s’en vient pour toi pour le reste de l’année ?

J’ai tenu un petit rôle dans Le gouffre lumineux, qui raconte l’histoire d’Annick Lemay. Deux films auxquels j’ai participé, Créatures du hasard et Paquet de trouble, sortiront aussi en salle prochainement.

Tu as récemment participé à l’expérience Big Brother : le piège. Malgré ta longue feuille de route, sens-tu que ce genre d’émission te fait découvrir à un public plus large ?

Ça fait 30 ans cette année que je fais ce métier et, dans les dernières années, je sens davantage la reconnaissance de mon travail. Depuis Big Brother, j’ai eu beaucoup de projets qui se sont enchaînés et je remarque que je me fais reconnaître un peu plus. À l’époque, les jeunes me connaissaient surtout pour mon rôle de Fatima Mazari dans Subito texto. Pendant la pandémie, j’ai aussi tourné plusieurs publicités. Big Brother a été un très beau projet : j’ai dû tenir un personnage particulier longtemps, une femme très loin de moi. C’était un beau défi.

Ces 30 années de carrière ont-elles été accompagnées d’une certaine introspection ?

Dernièrement, j’ai pris le temps de mettre mon CV à jour, ce qui m’a rappelé certains projets auxquels j’ai participé. C’était un beau retour dans le passé. J’ai réalisé tout le chemin que j’ai parcouru, et c’est impressionnant. Je suis très fière d’avoir tenu le coup et persévéré. Ce n’est pas un milieu facile et, dans mon cas, ç’a été long. J’ai terminé mes études en 1996 et il m’a fallu environ 15 ans avant d’obtenir des rôles importants qui me permettaient de montrer mes couleurs. Je crois que ça s’explique par plusieurs raisons, dont le manque de diversité à l’époque. Heureusement, aujourd’hui, on est ailleurs. Je suis reconnaissante d’avoir pu jouer autant de personnages différents. C’est tout un cadeau pour une actrice de pouvoir utiliser l’entièreté de sa palette, en passant du drame à la comédie.

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Bruno Petrozza / TVA Publications
Bruno Petrozza / TVA Publications

As-tu vécu des moments d’hésitation où tu te demandais si tu étais à la bonne place ?

À plusieurs reprises, j’ai failli abandonner. On se dit qu’il faut travailler, gagner sa vie, qu’on ne peut pas continuer comme ça. Je me demandais si je devais retourner à l’école, et si oui, dans quel domaine. Mais chaque fois que j’arrivais à ce carrefour, un projet me ramenait au jeu. C’est un métier précaire  ; il faut s’attendre à des périodes plus creuses, mais ça demeure difficile.

Tu as des origines syriennes, palestiniennes, libanaises et égyptiennes. À quoi a ressemblé ta vie en grandissant ?

Ça, c’est la version longue ! (rires) Ma mère est égyptienne, née à Alexandrie, mais d’origine syrienne. Ses parents ont fui la guerre pour s’installer en Égypte. Du côté de mon père, on pense que mon grand-père avait des origines palestiniennes, sans preuve écrite. Il est toutefois né au Liban. Mes parents se sont rencontrés ici et je suis née au Québec. J’ai grandi très près de la culture égyptienne puisque j’ai surtout vécu avec ma mère. Tout tourne beaucoup autour des repas. J’aurais voulu parler la langue maternelle ou paternelle, mais elles sont très différentes et je n’ai jamais réussi à les parler couramment. Je peux cependant camper des personnages originaires de ces régions-là, je me débrouille bien, ce qui est déjà un exploit pour moi... mais j’appelle toujours ma mère pour confirmer la prononciation ! (rires) Je n’ai jamais visité les pays de mes ancêtres, mais j’aimerais beaucoup un jour.

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Bruno Petrozza / TVA Publications
Bruno Petrozza / TVA Publications

Comment en es-tu arrivée à vouloir devenir actrice si tu ne te reconnaissais pas à l’écran ?

C’est justement pour cette raison que j’ai voulu faire ce métier. J’ai découvert ma voix au secondaire en faisant du théâtre et, naïvement, je pensais que ce serait facile de trouver des rôles puisque je sortais du lot, mais ça ne s’est pas passé ainsi. Comme je suis aussi bilingue, je croyais que j’aurais encore plus d’opportunités. Je n’ai pas des traits très définis non plus  ; on peut me croire italienne ou grecque. Mais j’ai compris assez vite que l’industrie n’avait pas la même philosophie que moi.

Tu as campé de très beaux personnages qui représentent tes origines, mais j’imagine qu’on ne veut pas rester dans ce type de rôle toute sa carrière.

C’est certain que, dans mon cas, c’est beaucoup ce qu’on m’a proposé. Ces femmes existent   ; c’est important de les voir et de les jouer à leur juste valeur. Je l’ai fait souvent et je continuerai sûrement de le faire, mais je ne veux pas jouer que ça. Je ne veux pas exister seulement pour ce type de personnages. Si je prends l’exemple d’Alertes, je suis d’abord une maman qui veut retrouver sa fille : c’est le cœur de l’histoire. Le reste, c’est du bonbon qu’on ajoute au jeu, comme l’accent que j’ai développé.

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Y a-t-il une certaine fierté et un sentiment de communion au sein de ta communauté ?

Oh, oui ! Quand on a répété la pièce Mama, c’est fou à quel point on est vite devenues une sororité. On se comprenait, on avait un parcours similaire   ; c’était comme se regarder dans un miroir. Les gens comme Nathalie Doummar sont essentiels parce qu’ils écrivent non seulement pour la culture, mais aussi pour les femmes, pour les humaines que nous sommes. Elle a su mettre de l’avant la culture sans en faire l’unique trait distinctif. On voulait que tout le monde se sente inclus, même si c’était la famille la plus égyptienne possible sur scène. Le sujet de la pièce était un grand-père mourant, une situation universelle, avec simplement un accent ici et une origine là. C’était ma première pièce francophone à Montréal. Ça m’a pris du temps avant d’accéder aux scènes francophones, mais quelle entrée !

Et à quoi ressemble ton parcours, du côté anglophone ?

J’ai surtout joué au théâtre à Montréal, en anglais, souvent dans des rôles dits « ethniques ». Je dirais même que le milieu est parfois un peu plus conservateur. Je n’ai pas encore percé à l’écran et au cinéma en anglais comme je l’aurais souhaité. Par contre, j’ai participé à de super projets, comme Rose in the Machine à Ottawa, où je reprenais le rôle que Julie Le Breton avait joué du côté francophone.

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Crois-tu que l’art puisse être un vecteur de changement et un moyen de réconciliation ?

C’est absolument nécessaire. On dit qu’on ne sauve pas le monde avec l’art, mais il ne serait pas aussi beau ni agréable sans lui. C’est une façon de rassembler, de promouvoir la beauté et l’amour. C’est la nourriture de l’âme. Il est primordial de continuer à faire vivre l’art puisqu’il nous unit.

À quoi ressemble ta vie quand tu n’es pas sur les plateaux ?

Je m’entraîne beaucoup depuis quelques années. Mon objectif est de réussir un pull-up! (rires) J’ai aussi un beau cercle d’amis, autant des collègues que des amitiés qui durent depuis le secondaire. On ne se voit pas aussi souvent qu’on le voudrait, mais quand on se retrouve, c’est comme si on s’était parlé la veille. C’est essentiel d’avoir de solides amitiés. J’aime voyager, mais je suis allée en Croatie l’an dernier, alors je ne repartirais pas tout de suite. Je profite simplement de ma carrière pendant que j’ai la possibilité de la faire grandir.

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