Affaire Epstein: quand l'IA s'en mêle et invente des suspects

AFP
La publication régulière des dossiers Epstein met à chaque fois en cause un nombre grandissant de personnalités du monde entier, parfois pour des liens ténus avec le criminel sexuel américain. Mais désormais, l'intelligence artificielle (IA) s'en mêle.
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Selon le groupe américain de surveillance de la désinformation NewsGuard, des utilisateurs des réseaux sociaux ont généré ou modifié de fausses images via l'IA, mouillant à tort dans cette tentaculaire affaire des personnalités politiques, comme le maire démocrate de New York Zohran Mamdani.
NewsGuard a recensé mardi sept images de ce type qui ont collectivement fait plus de 21 millions de vues sur X, la plateforme du milliardaire Elon Musk. Une illustration de ce que les récits mensongers, rendus possibles par la technologie, brouillent la frontière entre le fait et la fiction.
La semaine dernière, le ministère américain de la Justice a publié près de 3,5 millions de pages (documents, photos, vidéos) du dossier qui ébranle la vie politique américaine et fragilise des personnalités dans le monde entier.
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Figure de la jet-set new-yorkaise dans les années 1990-2000, Jeffrey Epstein était accusé d'avoir exploité sexuellement de nombreuses jeunes femmes, dont des mineures. Il est mort en prison avant son procès en 2019.
Les autorités ont déterminé qu'il s'était suicidé, mais une partie des Américains et des figures de la droite radicale affirment qu'il a été assassiné pour l'empêcher de mettre en cause des personnalités de premier plan.
Depuis, l'affaire Epstein a impliqué notamment l'ancien prince Andrew d'Angleterre, l'intellectuel américain Noam Chomsky ou encore l'ex-président américain démocrate Bill Clinton, en passant par la princesse héritière de Norvège Mette-Marit et l'ex-ambassadeur britannique aux États-Unis Peter Mandelson.
Mais des personnalités sans lien avec Epstein ont aussi fait l'objet de publications mensongères. Comme ces trois photos montrant à tort Mira Nair, cinéaste et mère de Zohran Mamdani, posant avec lui enfant, aux côtés d'Epstein.
Dans une publication sur X vue plus de 1,5 million de fois, Alex Jones, animateur de radio américain et amateur des théories du complot, a publié l'une de ces images, affirmant que Grok, le chatbot IA d'Elon Musk, l'avait authentifiée.
Mais NewsGuard a expliqué à l'inverse que l'IA Gemini de Google avait détecté un SynthID, filigrane invisible identifiant un contenu généré par ordinateur. Et les chercheurs alertent depuis longtemps contre le manque de fiabilité des chatbots comme outils de vérification des faits.
Bidonnage en ligne
Circule également sur les réseaux sociaux la capture d'écran d'un courriel prétendument envoyé à Epstein par Nikki Haley, ancienne gouverneure républicaine de Caroline du Sud et ex-ambassadrice des États-Unis à l'ONU.
En juillet, elle avait exhorté l'administration du Trump à «publier les dossiers Epstein et laisser les choses suivre leur cours».
«J'ai deux bébés avec moi. Peux-tu m'organiser un vol? Je ne peux pas les laisser à la maison», citait la capture d'écran bidonnée.
Mais ce courriel ne figure pas dans les dossiers du ministère de la Justice. Et la capture d'écran comporte d'autres indices de falsification, notamment la date du message présumé. Le 7 janvier 2014 était un mardi, et non un samedi comme indiqué.
Une autre image manipulée montre Jeffrey Epstein assis à côté de la cheffe de l'opposition vénézuélienne et prix Nobel de la paix Maria Corina Machado, lors du Hampton Classic Horse Show, un concours équestre aux États-Unis, en 2002.
À l'aide d'une recherche d'image inversée, NewsGuard a déterminé que l'image était une version modifiée d'un authentique cliché du défunt financier avec un homme d'affaires américain.
Le phénomène évoqué par le groupe américain s'intensifie, mais il n'est pas nouveau. D'autres bidonnages en ligne ont déjà tenté de mouiller d'autres responsables politiques de premier plan.
L'an dernier, alors que l'actuel premier ministre canadien Mark Carney, farouche adversaire de Donald Trump, devenait candidat à la direction du Parti libéral de son pays, des images sur les réseaux le montraient prétendument avec Epstein et son associée de longue date, Ghislaine Maxwell, aujourd'hui en prison.
Les vérificateurs de l'AFP ont rapporté que les images présentaient de forts indices de génération par IA.