Des TikToks qui appuient où ça fait mal: se protéger du contenu sensible qui court sur les réseaux
Sarah-Maude De Rive
*Traumavertissement — cet article aborde des sujets sensibles et contient des mentions de suicide*
Les réseaux sociaux peuvent faire rire, inspirer... mais parfois aussi peser lourd sur le moral. Peuvent-ils encore se défausser face aux situations nocives que vivent plusieurs jeunes utilisateurs?

• À lire aussi: Cindy Cournoyer admet avoir eu des idées sombres dans la dernière année
• À lire aussi: Vanessa Duchel sensibilise avec une vidéo sur ce sujet épineux aux Fêtes
Scroller pour se changer les idées, puis se sentir encore plus mal — c'est quelque chose qui arrive souvent à plusieurs s'entre nous, une réalité qu'on vit silencieusement et qui peut avoir un réel impact sur notre santé normale. Bien normal, le mal-être qu'on ressent lors de périodes difficiles (qui sont, rappelons-le, passagères) peut être accentué par les vidéos qui nous sont proposées sur notre fil d'actualité.
Dernièrement, le discours en ligne s'est penché sur son phénomène, réalisant l'effet surprenamment intense qui se produit lorsqu'on tombe dans un rabbit hole sombre de TikTok, un cercle vicieux de vidéos alourdissantes.
Des tendances préoccupantes
Sur TikTok, certains contenus sensibles sont supprimés... mais souvent trop tard. En ouvrant la porte aux vidéos diverses de millions (1,6 milliard, pour être plus exacte) d'utilisateurs, Tiktok est parsemé de toutes sortes de sujets, incluant ceux découlant de personnes en souffrance, qui peuvent être difficiles à écouter.
Lorsque ces vidéos deviennent des tendances, toutefois, c'est là que tout déboule: les TikToks en question sont poussés à davantage de personnes, notamment celles qui sont susceptibles de les visionner entièrement — et de s'en sentir profondément affectées. Pensons par exemple au #LabelloChallenge, ou encore les vidéos suivant le niveau de remplissage du shampooing dans sa douche; à regarder avec prudence, ces deux types de TikToks voudraient que lorsque le produit capillaire ou le baume à lèvres Labello est terminé, son ou sa propriétaire passe à l'acte.
@lilymaymusic it’s not about shampoo #iykyk ♬ tower of memories - ivri
Il te suffit de tomber sur quelques publications du genre et d'y porter une certaine attention pour que l'algorithme des réseaux comme TikTok te nourrisse de contenu similaire, te plongeant dans une spirale sombre qui peut vraiment venir te chercher si tu te sens plus vulnérable à ce moment-là.
C'est ce qu'explique un rapport d'Amnesty Internationale, la branche française de l'organisation mondiale, publié en décembre et explorant la façon dont la For You Page peut amplifier le mal-être en augmentant le nombre de contenus sensibles présentés aux jeunes.
«Nos recherches techniques révèlent à quelle vitesse les adolescent·e·s qui manifestent un intérêt pour des contenus liés à la santé mentale peuvent être attirés dans une spirale toxique (ou “rabbit hole”). En seulement trois à quatre heures de navigation sur le fil “Pour toi” de TikTok, les faux comptes d’adolescent·e·s créés pour nos recherches ont été exposés à des vidéos qui idéalisaient le fait [de prendre sa propre vie] ou montraient des jeunes exprimant leur intention de mettre fin à leurs jours, avec des informations sur les méthodes», a exposé Lisa Dittmer, chercheuse sur les droits numériques des jeunes, mettant en garde contre les changements observables sur les membres de notre entourage visés par ces contenus (fil d'actualité sombre, changements brusques d'humeur, isolement, etc.)

De son côté, la plateforme TikTok a assuré à l'AFP qu'elle interdit strictement les contenus qui parlent de porter atteinte à sa vie et «supprimer 98% des contenus enfreignant ces règles avant même qu'ils ne soient signalés», mais il reste que certains contenus peuvent se glisser entre les craques.
C'est d'ailleurs ce que dénonce la maman de Clément, un jeune qui a commis cet acte irréversible il y a plus d'un an. Cyberharcelé sur WhatsApp, l'adolescent utilisait les réseaux sociaux «pour se divertir», mais les algorithmes lui auraient proposé des vidéos liées au passage à l'acte qui ont amplifié sa détresse, comme le maintient sa mère.
Les sombres fils d'actualité rencontrent la justice française
Ce projet légal permettrait, selon l'AFP, de «donner un signal à la fois aux enfants et aux parents qu'avant 15 ans, [les réseaux sociaux], ce n'est pas anodin».
Retirer TikTok de l'équation
Les gouvernements adoptent donc tranquillement une position durcie face aux dangers des réseaux sociaux, plus spécifiquement pour les plus jeunes d'entre nous ou encore ceux qui n'osent pas quêter le soutien nécessaire (voir la fin de l'article pour des ressources d'aide).
Quoique le projet de loi voulant que TikTok et ses autres variations soient bannis n'ait pas encore été officiellement accepté, l'Australie a instauré une mesure similaire en novembre dernier. Les réseaux sociaux y sont maintenant interdits aux moins de 16 ans afin de s'assurer de leur sécurité en ligne. Ce changement est vu de façon mitigée par plusieurs, comme Mia Bannister, qui a perdu son fils lorsqu'il s'est ôté la vie après avoir composé avec du cyberharcèlement, des troubles alimentaires et de nombreux contenus obscurs sur les médias sociaux.
«C'est amer», dit-elle. «Je suis fière que nous montrions l'exemple et j'espère que le reste du monde suivra et sauvera les générations futures des dangers en ligne. [...] Il y a tellement de travail à faire.»
Ici, le bannissement de TikTok n'est pas quelque chose qui a été mis en branle par les autorités — une belle nouvelle pour ceux qui aiment pouvoir connecter et exprimer leur créativité au sein de cet espace en ligne, mais une réalité qui fait en sorte que des contenus déchirants ou nocifs peuvent se retrouver sur la page d'actualité d'un internaute qui vit des moments difficiles.

Effectivement, quoique les réseaux sociaux peuvent renfermer de beaux trésors, ils peuvent aussi nous attirer dans un vortex, parfois au sujet de nos personnages de série préférés, et d'autres fois au sujet de choses plus lourdes. Si ces dernières vivent sur ta for you page récemment, ou que tu t'es vu(e) dans cet article, sache qu'il existe plusieurs ressources pour t'aider à traverser le tout (et que ce n'est pas du tout honteux d'y avoir recours). En voici quelques exemples:
En parler à une personne de confiance.
Que ce soit un parent, un(e) ami(e), un(e) professeur(e), il peut être apaisant de t'appuyer sur cette personne qui fait preuve d'écoute et de compréhension à ton égard. Tu n’as pas à gérer ça seul(e).

Faire le ménage sur les réseaux sociaux
On parle ici de retirer de ta liste d'abonnements ou de signaler les comptes qui ne te font pas sentir bien, qui sont toxiques, ou encore qui te donnent une impression irréaliste du quotidien. Il peut même être bénéfique de te faire un autre compte, sur lequel les seuls abonnements sont des pages qui t'apaisent, et de consommer leur contenu dans le fil d'actualité des comptes «suivis».
Comprendre ce que tu vis en te consultant toi-même (pas tes réseaux)
Quoique bien à l'écoute de nos préférences de visionnement, les algorithmes n'ont pas toujours raison, et ne donnent bien souvent un portait de la réalité qui n'est pas complet, mettant de l'avant ce qui provoquera davantage de réactions fortes. Même s'ils font partie intégrante de ta vie, tente de ne pas les laisser te diagnostiquer ou dicter ton quotidien. Examine ce que tu vis, ce qui te pèse, ce qui te fait du bien dans ces moments-là, lors d'un moment de réflexion déconnectée ou avec un(e) proche.
Obtenir le soutien d'une ligne d'aide
Quand ce que tu vois en ligne commence à te faire plus mal que de bien, ou que tes pensées deviennent trop lourdes, ça peut faire un grand bien d’en parler. Il existe plusieurs organisations regroupant des personnes prêtes à t'écouter et formées pour le faire, comme celle listée juste ici:
- Jeunesse, J’écoute: par appel au 1-8 00-668-6868, ou en textant «PARLER» au 686868.
S'ouvrir, demander de l’aide et se protéger en ligne, c’est déjà un premier pas significatif vers le mieux-être.