«Grand Israël»: Benyamin Netanyahou planifie-t-il une vaste opération d'annexion au Moyen-Orient?


Gabriel Ouimet
Dans une entrevue accordée au média i24News le 12 août, Benyamin Nétanyahou a déclaré que le temps était venu de réaliser ce qu’il considère être une mission «historique et spirituelle»: celle de repousser les frontières de l’État hébreu conformément à la vision d’un «Grand Israël». Un expert décortique les origines de ce plan d’expansion, qui aurait d’importantes conséquences pour les pays visés.
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À la base, le terme «Grand Israël» renvoie à un concept biblique décrivant les frontières promises au peuple juif, s’étendant du Nil à l’Euphrate.
Selon les interprétations, ce territoire engloberait non seulement les actuels territoires palestiniens, mais aussi des portions du Liban, de la Syrie, de la Jordanie, de l’Égypte, et parfois même de l’Irak.
Aux 19e et 20e siècles, certains mouvements sionistes ont réinterprété cette idée en tant qu’idéal national et politique.
Depuis 1948, les gouvernements israéliens ont donc évité de définir officiellement les frontières de l’État, une ambiguïté qui laisse place à une expansion continue par la conquête militaire et la colonisation, souligne Yakov Rabkin, professeur émérite au Département d’histoire de l’Université de Montréal et auteur du livre «Comprendre l'État d'Israël».
«Israël est un État sans frontières», souligne-t-il, rappelant que celles tracées par la résolution de l’ONU de 1947 n’ont jamais été respectées.
Aujourd’hui encore, l’expression «Grand Israël» est utilisée, notamment par Benyamin Netanyahou et certains de ses ministres, pour légitimer des politiques d’annexion ou d’expansion en invoquant une justification religieuse, indique le professeur Rabkin.
Aucun obstacle en vue
La semaine dernière, plusieurs pays arabes, dont l’Égypte et la Jordanie, ont condamné les propos de Benyamin Nétanyahou, dénonçant une «escalade» et une «menace à la souveraineté» des pays de la région.
Yakov Rabkin estime toutefois que ces condamnations ne suffiront pas à freiner les ambitions d’Israël.
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«Plusieurs de ces dirigeants arabes ne sont pas en phase avec leur propre population. Ils tiennent des propos assez critiques de l’État d’Israël, mais en même temps, ils font le commerce avec lui et l’aident parfois à abattre les missiles dirigés vers son territoire», mentionne-t-il.
Le soutien du gouvernement américain et l’affaiblissement récent des nations visées pourraient d’ailleurs faciliter le déclenchement du projet de Benyamin Netanyahou, poursuit l’expert.
«Dans le monde où les États-Unis sont la puissance unique dans la région, je crois que tout indique qu’Israël pourrait gruger des parties de certains pays ciblés. Le Liban est fragilisé et la Syrie est tombée entre les mains des djihadistes. L’armée israélienne est d’ailleurs déjà présente dans ces pays», rappelle-t-il.