COVID-19: incompréhension et déception en France après la prolongation des restrictions

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2020-12-11T18:24:11Z

Paris | Couvre-feu oblige, il n’y aura pas de grandes festivités le 31 décembre pour dire au revoir à 2020 en France, de quoi attrister certains qui espéraient relâcher la pression, tandis que musées, théâtres et cinémas s’insurgent de leur fermeture prolongée jusqu’en janvier.  

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«On s’est tapé une sacrée année de merde, et ça continue», lâche, désabusé, Arthur Lacombe, étudiant en géographie de 23 ans. 

D’habitude, il passe le 31 décembre à Lyon (est), avec plein d’amis. Mais cette année, le gouvernement en a décidé autrement en imposant un couvre-feu pour lutter contre la COVID-19 entre 20h (19h GMT) et 6h du matin.

«Il y a une forte résignation. Il y a une culpabilisation des jeunes, alors que le confinement est respecté», poursuit-il, sans comprendre pourquoi la fête de Noël est la seule exemptée de ce couvre-feu. 

Cette année, la célèbre avenue parisienne des Champs-Élysées, où des milliers de personnes se réunissent traditionnellement pour entrer dans la nouvelle année, sera déserte. 

Quelques petits arrangements avec la règle sont toutefois déjà prévus pour éviter un réveillon en solitaire. 

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Elie, étudiante à Marseille (sud), explique qu’elle dormira là où elle passera le réveillon, probablement avec six ou huit amis.

«Si on retrouve des amis, on y restera jusqu’au lendemain matin», explique-t-elle. «Là où on ira, on dormira», complète son petit ami, Lucas. Canapé, matelas gonflable au sol: «On s’entasse même dans un petit appart». 

En 2020, face aux différentes vagues de l’épidémie de coronavirus, la France aura été confinée pendant près de trois mois et sera sous couvre-feu à partir du 15 décembre.

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Douche froide

Mais au-delà de la frustration de ne pas pouvoir faire la fête, d’autres décisions du gouvernement ont du mal à passer. 

Le maintien de la fermeture des musées, des cinémas et des théâtres au moins jusqu’à début janvier, a fait l’effet d’une douche froide dans le secteur de la culture qui dénonce un «deux poids, deux mesures» face à l’ouverture des commerces et supermarchés.

«C’est la stupeur! Je ne vois aucune justification objective. Le commerce semble préféré à la culture. Pour Chantilly, c’est un coup de massue dont on n’avait pas besoin», tempête Christophe Tardieu, vice-président de la Fondation du domaine, situé au nord de Paris.

«Pourquoi un centre commercial peut-il ouvrir, et un musée reste fermé, où des circuits ont été aménagés, où la jauge est aisée à respecter», observe-t-il.

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Il s’attend pendant les vacances de Noël à une perte de recettes de billetterie de 600 000 à 800 000 euros, pour le château, où est présentée une exposition sur les porcelaines de Meyssen, et pour les spectacles équestres dans les Écuries.

Les milliers de musées de France croyaient voir le bout du tunnel, se préparant activement, depuis des semaines, à une réouverture le 15 décembre. Ils y croyaient d’autant plus que dans des espaces souvent vastes, et sans visiteurs étrangers, le risque de saturation est moindre.

Même colère dans le monde du théâtre, où les représentations avaient déjà été interrompues au printemps et en novembre et qui espérait pouvoir rouvrir les salles le 15 décembre. 

«Ce stop-and-go est extrêmement pénible et épuisant parce qu’il démobilise tout le monde, et c’est ça, à mon avis, qui va être le dommage collatéral le plus dangereux à très court terme, c’est la démobilisation, c’est-à-dire que les gens sont épuisés, que ce soit les équipes permanentes comme les artistes», regrette pour l’AFP, Claire Dupont, directrice de Prémisses, office de production consacré à la jeune création.

«On est en train d’effacer un lien, un rapport qui est essentiel, celui de la culture, de la rencontre entre un public et des artistes, et ça, je crois que c’est la pire des choses qu’on peut faire dans les temps qu’on traverse», ajoute-t-elle, amère. 

Le gouvernement ,qui a promis de nouvelles aides au secteur culturel et maintient aussi fermés les bars, restaurants, salles de sport et casinos, dit vouloir limiter les brassages et la permanence du public dans des lieux clos. Il redoute «un rebond épidémique», alors que la pandémie a fait près de 57 000 morts depuis mars.

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