Joyce Echaquan: «Je suis désolée, j’ai été tellement méchante», témoigne l'infirmière congédiée

Agence QMI

2021-05-20T18:30:02Z

L'infirmière congédiée pour avoir insulté Joyce Echaquan peu avant sa mort au Centre hospitalier régional de Lanaudière, près de Joliette, a demandé pardon aux proches de la femme de la communauté atikamekw de Manawan, jeudi matin, lors de l’enquête publique. 

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Elle a pleuré à plusieurs reprises au cours de son témoignage, qui se déroulait au palais de justice de Trois-Rivières.

«Je vous demande pardon pour ce que j’ai dit. Je n’en avais pas contre elle. Je sais toute la peine que je vous ai faite. Je suis désolée, j’ai été tellement méchante», a-t-elle dit relativement à Joyce Echaquan, qui est décédée le 28 septembre 2020, à l’âge de 37 ans, peu de temps après avoir filmé les propos de l’infirmière et d’une autre employée qui s’adressaient à elle dans des termes peu élogieux.

L’infirmière qui comptait 33 ans d’expérience au moment des faits regrette ses propos, mais elle assure assumer ce qu’elle a dit. La dame soutient que c’est la première fois qu’elle se fâchait contre un patient. Elle attribue son comportement à la fatigue et à une surcharge de travail.

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Cet argument n'a toutefois pas convaincu l’avocat de la famille Echaquan, Patrick Martin-Ménard.

«Certainement qu’il y a un contexte de surcharge de travail, mais ça n’excuse pas de traiter une partie de cette façon, a-t-il dit à la caméra de TVA Nouvelles. Il n’y a rien qui excuse ça. Malheureusement, selon l’information que nous avons, ce n’est pas un cas isolé contrairement à ce qu’on a pu nous laisser croire.»

La famille de la victime a demandé de réécouter la vidéo en sa présence. Un moment très difficile et bouleversant pour les proches de Joyce Echaquan. L'infirmière a réécouté ses propos la tête baissée.

Elle se défend d'avoir été raciste et ce n'est pas parce que Joyce Echaquan est atikamekw qu'elle a tenu de tels propos. La coroner a remis en doute certaines parties de son témoignage. Géhane Kamel s'est même impatientée et lui a dit «votre histoire ne tient pas debout».

On ignore pour l'instant la cause du décès de Joyce Echaquan. L’enquête publique tente d'éclaircir ce qui s'est passé entre le moment où la vidéo a été diffusée et celui où Joyce Echaquan est transférée en salle de réanimation. Une heure s'est écoulée et une série d'erreurs médicales aurait été commise. Plusieurs questions sont soulevées depuis le début des audiences publiques, entre autres sur le diagnostic de la patiente qu’on a étiqueté «toxicomane» et «en sevrage». Pourquoi, également lui avoir administrer une dose d'Haldol pour calmer l'agitation alors qu'elle a été mise sous contention.

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En avant-midi, la coroner a lancé un appel au calme. Des infirmières et leurs familles auraient reçu des menaces de mort. La Sûreté du Québec est au fait du dossier.

La famille s’attendait à plus d’honnêteté

Les proches de la victime ont réagi par communiqué. La famille de Joyce Echaquan et les Atikamekw s’attendaient à plus d’honnêteté, mais gardent espoir. La deuxième semaine d’audience avec le passage de témoins-clés a été difficile pour les proches de la victime.

«Nous avons témoigné avec notre cœur, avec honnêteté parce que nous croyons que le bien doit naître de cette épreuve épouvantable. C’est ce que Joyce aurait voulu. Nous croyons que les choses peuvent changer, mais il faut d’abord la vérité. C’est pourquoi nous avons parlé de choses difficiles avec ouverture, maintenant nous remarquons, comme la Coroner l’a mentionné plusieurs fois cette semaine, que l’honnêteté n’est pas toujours au rendez-vous. C’est extrêmement difficile à vivre. Parfois ce qui est plus difficile à voir et à entendre, c’est tout ce qui n’est pas dit. L’absence de prise de conscience fait mal», a déclaré Carol Dubé.

Les audiences reprendront mardi le 25 mai. En plus du personnel soignant, des patients hospitalisés en même temps que la mère de 37 ans seront entendus.

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