«L'amiflation»: quand l'amitié coûte de plus en plus cher

Photo portrait de Karman Kong

Karman Kong

2025-10-26T04:00:00Z
2025-10-26T14:52:28Z

Brunchs à 60$, mariages à 300$, escapades à Tremblant... L’inflation ne touche pas que l’épicerie: elle s’invite jusque dans nos amitiés.

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Le Financial Times1 appelle ça «l'amiflation» (une traduction de friendflation), soit ce qu'il en coûte pour maintenir ses relations sociales.

40% des Canadiens avouent avoir manqué des occasions de voir leurs amis à cause du coût de la vie et 20% auraient même contracté des dettes au cours des deux dernières années pour maintenir leur vie sociale2.

L’amitié performative

Avec les réseaux sociaux, l’amitié est devenue plus «performative»: on se sent poussé à participer à des activités instagrammables plutôt que simplement vivre le moment présent.

Quand j’étais au cégep, un souper entre amis qui finissait jadis par une tournée de bières à 20$ par tête coûte maintenant le double. Les célébrations – mariages, bachelorette, voyages de gars – sont devenues de véritables miniprojets financiers. Et comme personne ne veut être le rabat-joie du groupe, on sort la carte de crédit.

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Ce que les gens disent

Sur mon compte Instagram @Elleinvestit, près d’une personne sur deux (45%) a avoué vivre de l’amiflation:

«Notre budget familial a été amputé de 3000$ cette année: demoiselles et garçons d’honneur, shower de bébé, anniversaires, alouette!»

«J’ai dit non à une sortie ce week-end, car ça allait coûter 100$ par personne»

«Familleflation: j’ai 6 neveux et nièces, je paye pour tout le monde et comme solo, je reçois zéro!»

«C’est MINIMUM 50$ à 100$ chaque fois que je vois une amie!»

Savoir dire non

Ce qui m’a frappé, c’est la culpabilité qui revient souvent. Plusieurs lectrices m’ont dit qu’elles se sentaient mal de refuser une sortie, comme si leur amitié valait moins sans la dépense. D’autres m’ont écrit qu’elles devaient travailler sur leur désir de vouloir plaire à tout prix.

Pourtant, il y a quelque chose de sain à dire non. Mettre ses limites, ou proposer des activités à faible coût, c’est aussi une forme de respect, pour soi et pour son budget.

La bienveillance financière

Les relations d’amitié passent d’abord par la bienveillance et le souci de l’autre. Avant de proposer un week-end à Tremblant ou un brunch à 60$, on peut se demander si tout le monde peut réellement se le permettre.

Avoir de la bienveillance financière, c’est reconnaître que nos amis n’ont pas tous les mêmes revenus, dépenses ou priorités.

Proposer un souper maison, une randonnée, une soirée jeux, c’est une façon de dire à l’autre qu’on tient à passer un bon moment avec lui.

Un tournant

Peut-être qu’on arrive à un tournant. L’amitié n’a jamais eu besoin d’être instagrammable pour être sincère. On n’a pas besoin d’un souper d’huîtres à 200$ pour se sentir proches.

Ramenons l’amitié à sa plus simple expression: du temps, de l’écoute et de la bienveillance. Parce qu’au fond, ce qu’on veut, c’est se sentir vu, entendu et apprécié.

1 Are you suffering from Friendflation? Isabel Woodford, 15 août 2025.

2 The Rising Cost of Friendship in Canada, publié par Grant Thornton (2025).

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