Urgence climatique : «il faut que ça soit dans les premières priorités», dit le gouvernement de la CAQ

Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette
Le ministre de l’Environnement, Benoit Charette

François Carabin

2021-06-29T11:00:00Z

Après l’urgence sanitaire, l’urgence climatique. S’il n’est pas sorti de la crise pandémique, le gouvernement de François Legault doit maintenant s’atteler à la tâche monumentale de la lutte aux changements climatiques. À la barre de ce paquebot, le ministre de l’Environnement, Benoit Charette, qui pense pouvoir atteindre ses objectifs même s’il admet qu’il est difficile de dire que l’environnement est la «priorité numéro un» de son gouvernement. Entrevue. 

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Parlons de sortie de la pandémie et d’environnement. Ça fait plus de 15 mois qu’on vit les impacts de la COVID-19. Comment est-ce que ç’a affecté l’atteinte des cibles de réduction de GES et la lutte aux changements climatiques? 

«Sur le plan des cibles, c’est bien difficile à évaluer à ce moment-ci. Les évaluations se font toujours avec deux années de décalage. On n’est pas en mesure actuellement de prendre le pouls de la pandémie.»

«Ce que l’on sait, sans doute malheureusement, c’est que ça sera un impact temporaire. On ne peut pas miser sur la pandémie pour espérer atteindre nos cibles de 2030. On ne mise pas sur les effets de la pandémie pour espérer atteindre nos objectifs.»

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Photo d'archives Stevens Leblanc
Photo d'archives Stevens Leblanc

L’année qui va suivre: 2021-2022. À quel point, selon vous, va-t-elle être cruciale? 

Elle est importante comme chacune des années qui nous amèneront à 2030. On a une décennie pour atteindre des objectifs bien précis, qui demeurent très ambitieux dans les circonstances. 

Cependant, c’est dans quelques années qu’on va vraiment prendre le pouls du Plan pour une économie verte (PEV) qu’on a présenté en novembre dernier. Il débutait le 1er avril dernier. Le temps que les programmes produisent leurs effets, il y a un certain décalage. Mais déjà, on est très optimistes. 

Lorsqu’on a présenté le plan en novembre, on avait identifié 42% du travail à faire. Certains disaient que c’est peu, d’autres disaient que c’est bien. On est, quelques mois plus tard, davantage à 47% ou 48% du travail identifié et financé. Ça nous conforte dans cette idée que, pour la première fois, le Québec en 2030 rencontrera ses objectifs de réduction de gaz à effet de serre. 

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Photo Fotolia
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Je veux vous entendre sur les priorités de votre gouvernement. Dans les 15 derniers mois, ç’a été, évidemment, la pandémie. Maintenant, la vaccination. L’environnement, autour de la table du Conseil des ministres, c’est quoi? La priorité numéro un en sortie de crise? 

Dans toutes les rencontres, autant de caucus que du Conseil des ministres, le premier ministre [François Legault] identifie des priorités. Et l’environnement y est cité systématiquement. 

Si on remonte un peu dans le temps, au tout début de la pandémie, on présentait un budget qui voyait les crédits du ministère de l’Environnement augmenter de près de 30%. Plusieurs ont craint, avec la pandémie et la crise économique, ces budgets-là soient sacrifiés. Or, non. 

Malgré la crise économique, on a maintenu le cap. Et dans la dernière année, même si l’environnement prenait moins de place médiatiquement, on a fait des avancées majeures. La dernière année ne nous a pas ralentis, et on a de beaux projets qui s’en viennent. 

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Vous parlez au gouvernement de «crise climatique». Comment justifiez-vous donc que l’environnement ne soit pas votre priorité numéro un? 

Je le répète: en termes de budgets, jamais l’environnement n’a obtenu ces augmentations. C’est réellement priorisé. 

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Priorité numéro un? C’est toujours difficile de le dire. On a composé avec une crise sanitaire, qui réitère que notre réseau de la santé a des défis importants. On a vu à quel point nos écoles étaient en décrépitude. Si on ne s’en occupait pas, vous vous doutez bien qu’il y aurait aussi beaucoup d’attentes déçues. 

Donc, c’est difficile de dire que c’est notre première priorité. Mais il faut que ça soit dans les premières priorités, et c’est le cas. 

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TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI
TOMA ICZKOVITS/AGENCE QMI


Vous parliez plus tôt de votre plan vert, le Plan pour une économie verte. S’il y a urgence climatique, est-ce que c’est normal qu’aucune mesure n’ait été complétée depuis son entrée en vigueur? 

Oui, c’est normal. À partir du moment où on introduit un règlement, naturellement, il faut laisser le temps à l’industrie, aux municipalités et aux consommateurs de le mettre en place. 

Aucun règlement n’a une entrée en vigueur immédiate. L’exemple des autobus scolaires est bon. On avait, au cours des dernières années, un programme incitatif d’achat d’autobus électriques. Mais il a connu très peu de succès, surtout parce qu’il n’y avait pas d’obligation. 

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À partir du moment où on dit qu’à telle date, on ne peut plus acheter d’autobus à essence, il y a toute une chaîne qui doit être mise en place. Autant chez les fournisseurs, chez les centres de services, chez les compagnies de transport scolaire. C’est normal qu’il y ait un délai d’implantation. 

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Photo d'archives, Stevens LeBlanc
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Vous avez prévu bonifier le PEV annuellement pour atteindre vos cibles plus rapidement. Avez-vous entendu les critiques et à quel point comptez-vous améliorer le plan à la prochaine occasion? 

C’est un plan qui sera assurément bonifié. Mais comme je le mentionnais tout à l’heure, en quelques mois, on a progressé [de cinq à six points de pourcentage]. Ça démontre à quel point c’est un plan évolutif. 

Dans les dernières années, on avait des plans avec des mesures qu’on suivait coûte que coûte. Chaque année, nous, c’est l’engagement qu’on a pris: on va s’assurer que les mesures qu’on met de l’avant remplissent nos objectifs. Sinon, soit on les bonifie, soit on les remplace. 

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Photo Jean-François Desgagnés
Photo Jean-François Desgagnés

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Vous portez depuis quelques mois, deux chapeaux importants au Conseil des ministres: l’Environnement et la Lutte au racisme. Comment vous l’encaissez, d’avoir sous votre responsabilité deux dossiers chauds comme ceux-là? 

C’est deux sujets certainement importants. Si j’étais seul, je serais le premier inquiet. Mais dans les deux cas, on m’a doté de deux équipes extrêmement dynamiques et compétentes. Ça ne devient pas un problème. 

Et dans les faits, quand on regarde la composition du Conseil des ministres, la très grande majorité des collègues ont plusieurs dossiers. Ce qui fait la différence, c’est le degré de préparation et la force des équipes en place. 

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