Nickel: le ministre de l’Environnement persiste et signe
Les santés publiques régionales s’opposent à la hausse de la norme nickel


Nicolas Lachance
Le ministre de l'Environnement Benoit Charette maintient sa hausse de la norme nickel, malgré l'avis contraire exprimé par l'ensemble des directions régionales de santé publique. La concentration journalière de particules pourra «vraisemblablement» être quintuplée par l’industrie minière.
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Selon le ministre, c’est la direction nationale qui a réellement l’expertise.
«Voyant la réaction des directions régionales, on a validé et la Santé publique nationale confirme que la décision est tout à fait justifiée et repose sur des données scientifiques», a plaidé le ministre lors d’une mêlée de presse jeudi matin. «C’est une façon de voir qui n’est pas la nôtre [...] Ce ne sont pas ces directions-là qui ont eu le mandat.»
Le ministre de l’Environnement confirme l’information rapportée par Radio-Canada, suivant laquelle les 18 directions régionales de santé publique du Québec (DRSP) demandent au gouvernement de s'en tenir à la norme de nickel journalière de 14 ng/m3.
Volte-face
Le 16 décembre dernier, le ministère de l’Environnement publiait son nouveau projet de règlement faisant passer la norme de 70 ng/m3 par jour et une norme annuelle de 20 ng/m3.
Dans ce même communiqué, Québec se vantait du fait que la Direction de santé publique de la Capitale-Nationale ait accepté les valeurs révisées de cette nouvelle norme dans un avis. Depuis, le ministre Charette s’y appuyait lorsqu’il affirmait se fier à la science.
Or cette direction régionale fait aujourd’hui volte-face et, comme le maire de Québec, s’oppose à cette nouvelle norme. «C’est surprenant», a réagi le ministre. «Il y a quelques jours à peine, ils disaient totalement le contraire. Est-ce que l’ensemble des directions régionales se sont entendues pour parler d’une seule voix? C’est possible [...] Je ne peux pas cautionner la démarche qu’il y a derrière.»
En ce qui a trait à l’opposition de la Ville de Québec, le ministre estime que «c’est son plein droit d’être contre», mais que «c’est le gouvernement du Québec qui a la responsabilité d’établir des normes au niveau de la qualité de l’air».
Benoit Charette réaffirme les avantages économiques liés à une hausse de la norme. «Il faut électrifier nos transports et, pour ça, on a besoin de nickel», a-t-il dit, admettant toutefois qu’il «n’y a pas d’avantage» pour la population directement. La norme sera d’ailleurs «vraisemblablement» changée, a confirmé le ministre.
«Mais il n’y a pas d’inconvénients au niveau de la santé publique», continue-t-il de marteler, malgré l’opposition des directions régionales.
Déconnecté
Le directeur national de santé publique qui a donné son aval au changement de cette norme est Horacio Arruda. Selon Sylvain Gaudreaut, porte-parole en matière d’environnement du Parti québécois, le Dr Arruda est «déconnecté» de ses directeurs régionaux. «J'ai de la misère à comprendre ça. Comment peut-on avoir une direction nationale de santé publique qui dit “X”, puis des directeurs régionaux de santé publique qui disent “Y” sur un dossier aussi sensible que celui-là?» a dit le député, répétant qu'il importe d’appliquer le principe de précaution dans ce dossier.
Le chef parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, a demandé au premier ministre François Legault de rappeler à l'ordre son ministre de l'Environnement. «Ça n'a pas d'allure, en 2022, qu'un ministre de l'Environnement mette les profits des entreprises étrangères devant la qualité de l'air que les Québécois respirent», a-t-il déclaré.
Le maire se réjouit
Appelé à commenter ce développement, le maire de Québec, Bruno Marchand, s’est «réjoui de constater que les directions régionales de la santé publiques vont dans le même sens que nos recommandations».
D’après lui, «les annonces de la semaine dernière (l’ajout d’une station de mesure de qualité de l’air à Limoilou) nous donnent confiance que le ministre a été attentif aux avis qu’il a lui-même sollicités. De mon point de vue, à ce moment-ci, la conclusion s’impose d’elle-même: il n’est pas possible de poursuivre avec la modification à la hausse de la norme».
– Avec la collaboration de Taïeb Moalla