Les femmes craignent moins les ours que les hommes (et c’est comprenable)

Photo portrait de Anne-Sophie Poiré

Anne-Sophie Poiré

2024-04-24T22:09:20Z

Préféreriez-vous être coincée dans une forêt avec un homme ou un ours? Des dizaines de femmes de partout dans le monde ont répondu à cette question sur les réseaux sociaux dans les dernières semaines. Et dans la vaste majorité des cas, elles choisissent de tomber face à face avec l’animal.

«Le pire qu’un ours peut faire est de me tuer. Un homme ne laisserait même pas mon cadavre en paix», lance sans attendre une femme sur TikTok. 

«Un ours, parce que s'il m'attaque, tout le monde me croira», affirme une autre. 

«Personne ne demandera ce que je portais si l'ours me tue.» 

Dans toutes les langues, les réponses sont les mêmes: seules dans la forêt, les femmes préfèreraient croiser un ours plutôt qu’un homme. 

@screenshothq The question of being stuck in a forest with a man or a bear is circulating on TikTok right now and sparking some interesting conversation.... we know what our answer would be 🐻🌳 #manvsbear #tiktok #tiktoktrend #trending #challenge #streetinterview #voxpop ♬ Terror Music (Scary Song) - IMPERIUM RECORDS

La question peut paraître absurde et les réponses amusantes, ces dernières sont surtout «très parlantes», soutient l’essayiste, romancière et professeure de littérature à l’UQAM, Martine Delvaux. 

«Je comprends entièrement que les femmes choisissent l’ours. On préfère l’animal qui va attaquer parce qu’il est un ours. Il n’a pas de conscience ni d’arrière-pensée. C’est de l’instinct pur et simple. Mais ce qui est mis en exergue ici, c’est que les hommes sont capables de cruauté envers les femmes.» 

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«L’ours va nous attaquer, nous tuer et ça va finir là. Le spectre des violences faites aux femmes par un homme est beaucoup plus large et peut durer très longtemps», renchérit la porte-parole de SOS violence conjugale, Claudine Thibaudeau. Elle se dit «aucunement surprise» du choix de celles interrogées sur les réseaux sociaux. 

L’ours, un moindre danger

L'expérience risquerait d’être différente avec des paramètres plus spécifiques, en identifiant l’homme ou l’espèce d’ours, par exemple. 

En se fiant purement aux statistiques toutefois, l’animal est un moindre danger pour les femmes. 

Une étude publiée dans la revue Nature apprend qu'une quarantaine d’attaques d'ours bruns sont recensées contre des humains chaque année dans le monde, la plupart du temps lorsque l'ours se sent menacé. Sur ces 40 attaques, 14,3% ont été fatales. 

Entre 1870 et 2014, 73 humains ont été attaqués par des ours polaires, selon l'ONG Polar Bear International. Sur le lot, 20 personnes ont été tuées.

Les épisodes d’attaque d’ours noir sont tout aussi rares. 

Au Québec, on compte seulement six cas de mortalité par l’animal dans les 100 dernières années, selon la coordonnatrice provinciale de la gestion de l’ours noir au ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs, Kathleen Bédard. 

• À lire aussi: Quoi faire quand vous rencontrez un ours en forêt?

Un risque accru d’être victime d’un homme

Le portrait est un peu plus sombre pour les agressions commises par des hommes. 

Au Canada, une femme ou une fille est tuée tous les deux jours, selon l’Observatoire canadien du féminicide pour la justice et la responsabilisation (OCFJR). Les hommes constituent la grande majorité des accusés, précise l’organisme. 

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Dans 60% des cas, la victime a été tuée par son conjoint ou par un ancien partenaire. 

«Les risques auxquels les femmes font face dans notre société proviennent des hommes et non des ours. Juste l’an dernier, SOS violence conjugale a reçu 53 000 demandes d’aide», signale Claudine Thibaudeau, qui rappelle que la violence faite aux femmes ne s’arrête pas aux féminicides. 

Une Canadienne sur trois rapporte avoir été victime d’agression sexuelle depuis l’âge de 15 ans, selon l’Institut national de santé publique (INSPQ). 

Au Québec, 86,8% des victimes d’infractions sexuelles déclarées par la police en 2022 étaient des femmes. 

«Si on tient compte de tout, avec la violence au travail, le harcèlement sexuel et le harcèlement de rue, le risque d’être victime d’un homme dans une vie de femme est très élevé. En fait, rares sont celles qui n’ont jamais fait face à la violence des hommes», insiste Mme Thibaudeau. 

En décembre dernier, 24 heures rapportait une tendance inquiétante sur TikTok. Si le crime devenait légal pendant quelques heures, un nombre incalculable d’utilisateurs du réseau social— pour ne pas dire des jeunes hommes — commettraient une agression sexuelle. 

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«Les deux réponses se font écho, fait valoir Martine Delvaux. Les hommes répondent spontanément qu’ils violeraient une femme s’ils ne se faisaient pas prendre. Après ça, on se demande pourquoi les femmes préfèrent les ours.»

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