Les révélations de Vito Luprano sur Céline Dion et René Angélil

Le livre «It’s All Coming Back To Me», de Vito Luprano, est disponible en version française et anglaise, sur Amazon.ca.

Samuel Pradier

2026-01-15T11:00:00Z

Pendant près de 23 ans, Vito Luprano a travaillé aux côtés de Céline Dion et René Angélil, à titre de producteur exécutif des albums de la chanteuse. Il fait paraître, cette semaine, le livre It’s All Coming Back To Me, dans lequel il raconte son aventure avec la star et ses relations avec René. Il y décrypte également toute la machine créative entourant le succès de Céline à l’international. Échos Vedettes vous propose quelques-uns de meilleurs extraits du livre.

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Vito Luprano est à la base du succès international de Céline Dion, puisque c’est lui qui a signé le premier contrat de la chanteuse avec Sony. Il a d’abord rencontré René Angélil dans son bureau. Dans son livre, il décrit sa première impression ainsi: «René était souvent présenté comme un homme charismatique et intelligent doté d’un charme naturel qui attirait les gens. Mais avec le temps, d’autres facettes de sa personnalité ont commencé à devenir apparentes. Il se concentrait souvent sur les résultats, sans toujours considérer les conséquences que cela pouvait avoir sur les autres, et il n’hésitait pas à garder certaines informations pour lui jusqu’à ce qu’elles servent ses objectifs. René avait parfois recours à des méthodes peu conventionnelles pour résoudre certains problèmes (...) Ce qui était le plus difficile à avaler – même si je l’ai fait trop souvent –, c’est quand il s’attribuait le mérite de mes contributions, parfois en ma présence, parfois dans mon dos.»

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Pour ceux qui se demandent quel était exactement le rôle de Vito Luprano auprès de Céline, il l’explique clairement: «Mon rôle était simple: recruter les personnes les plus talentueuses de l’industrie pour qu’elles embarquent dans l’aventure avec Céline, et j’ai réussi à convaincre la crème de la crème.»

Une déception tenace

L’auteur explique dans son livre que René Angélil a été très déçu lorsque Ginette Reno, qui lui avait confié les rênes de sa carrière, a décidé de se séparer de lui pour donner le mandat à son nouvel amoureux. «Pour des raisons encore inconnues, Ginette a poignardé René dans le dos pendant qu’il était en France. (...) Ginette a coupé les ponts. Pas un mot, pas un appel. Elle ne répondait plus. Cette trahison a laissé une cicatrice profonde chez René, alimentant une insécurité et une méfiance qui allaient marquer ses relations professionnelles pour longtemps.»

Quand René Angélil a découvert Céline et son immense talent, il a décidé qu’il n’y aurait pas de nouvelle trahison possible, et il s’est assuré qu’elle lui reste fidèle sur le plan professionnel. «Son rôle, m’a-t-il expliqué, c’était de faire en sorte que Céline suive son plan à lui, et le mien, c’était de rester en retrait. Il devait la protéger de toute distraction, de toute influence extérieure, pour que rien ne puisse dérailler ce qu’il avait en tête pour elle. Toute l’attention de Céline devait être dirigée vers René. Si elle avait besoin de réfléchir à voix haute, c’était à lui qu’elle devait s’adresser. Si elle avait besoin d’exprimer ses frustrations, c’était à lui de les entendre. C’était lui qui devait combler tous ses besoins émotionnels pour qu’elle reste en équilibre. “Le mieux pour tout le monde, c’est qu’elle ne tombe pas amoureuse de quelqu’un d’autre que moi.” Céline représentait sa deuxième chance, et il n’était pas question de laisser passer cette occasion une deuxième fois.»

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Photo fournie par Vito Luprano
Photo fournie par Vito Luprano

Une collaboration équivoque

Vito Luprano étant au cœur de la carrière musicale de Céline Dion, il travaillait quotidiennement avec René Angélil, notamment dans les périodes d’enregistrement d’un nouvel album ou lors de la préparation stratégique des disques à venir. «Ma proximité avec le tandem Dion-Angélil ressemblait à l’intimité qu’on partage dans une vraie famille. Quand Céline était en période d’enregistrement, on était pratiquement inséparables du matin au soir. On partageait des chambres d’hôtel, on mangeait à la même table, et on savait exactement dans quelle humeur chacun était, avant même qu’un mot soit prononcé. (...) Et malgré toute cette proximité, je n’ai jamais vraiment su ce que René pensait. Il était comme une pièce d’une maison où les lumières sont allumées, mais les rideaux tirés et la porte fermée. On savait qu’il se passait quelque chose là-dedans, mais on ne voyait rien.»

Le show-business est aussi peuplé d’hurluberlus complètement déconnectés de la vraie vie, et c’était le cas du producteur Phil Spector, qui avait un sérieux problème de santé mentale. Vito Luprano raconte dans son livre une journée où ils ont été chez Spector pour faire un essai en vue d’une éventuelle collaboration. «Céline est entrée dans la cabine des voix et on s’est regroupés derrière la vitre. C’est à ce moment-là que c’est devenu clair: Phil n’était pas juste bizarre, il était carrément sinistre. Et c’est là que tout a basculé. Céline et René s’étaient retirés pour une conversation privée quand Phil s’est adossé dans son fauteuil, l’air parfaitement nonchalant, avant d’annoncer à voix haute, devant tout le monde, qu’il avait l’intention de “mettre fin” à ces deux-là. Il a dit qu’il allait faire à Céline et René ce qu’il avait fait à Ike et Tina. Avait-il vraiment dit ça à voix haute? Oui. Il l’avait bel et bien dit, de sa bouche à nos oreilles, et son ton n’était pas seulement inquiétant, il était menaçant. La situation a pris un virage brutal quand il a sorti une arme à feu. Cet homme était ténébreux, presque démoniaque. Devant un danger devenu bien réel, on a décidé de décamper au plus vite. “René, on décrisse d’ici, et ça presse.”»

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Tous les moyens sont bons

Vito Luprano raconte que René Angélil était capable de tout pour que Céline soit constamment au top et qu’elle puisse performer mieux que quiconque... quitte à jouer sur ses sentiments. «Ce matin-là, René m’a appelé pour me dire qu’il n’avait pas envie de venir au studio, et m’a demandé si je pouvais m’occuper d’y emmener Céline. (...) Pendant le trajet, Céline m’a dit qu’ils s’étaient engueulés et qu’il ne voulait pas être au studio. Il y avait quelque chose qui clochait. (...) Une fois rendus au studio, on voyait clairement que sa prise de bec avec René la tracassait encore. Elle était sur le point d’enregistrer All by Myself, toute seule, sans René à ses côtés. Elle me paraissait vulnérable, remplie de chagrin, comme s’il y avait quelque chose de plus profond, de plus lourd qu’une simple chicane. Et elle a chanté comme si elle ressentait chaque mot. Je ne savais pas ce qui s’était réellement passé ce matin-là, mais j’ai eu une épiphanie (...) René l’avait délibérément mise dans cet état-là pour provoquer chez elle une tristesse intense, un vrai désespoir, pour qu’elle chante avec tout ce qu’elle avait dans le cœur. (...) Quand je l’ai confronté, il ne l’a même pas nié.»

Photo fournie par Vito Luprano
Photo fournie par Vito Luprano

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L’enfer du jeu

Tout le monde sait que René Angélil était un joueur compulsif et un habitué des casinos, que ce soit à Las Vegas ou ailleurs dans le monde. Pourtant, ils sont peu nombreux à l’avoir fréquenté ou accompagné au casino. Vito s’en souvient encore. «C’était la première de plusieurs visites au casino avec René, et force était d’admettre qu’il n’avait absolument aucun contrôle sur son besoin de jouer. Je n’aurais jamais imaginé que quoi que ce soit puisse avoir autant de pouvoir sur lui, jusqu’à ce que je le voie de mes propres yeux. Et malheureusement, ce n’était que la pointe de l’iceberg. (...) Une fois – et une seule –, je suis resté près de lui alors qu’il venait de perdre une grosse somme, et il est devenu assez agressif pour que je choisisse de m’éloigner. Il s’est mis à hurler dans le vide. Donc ouais: message reçu. Ne restez pas près de René, ne respirez pas et ne lui parlez pas quand il joue. Ne prenez aucun risque, parce que René devenait plus animal qu’humain sous l’influence du jeu.»

La fin d’une époque

La seule personne qui avait accès à Céline était René Angélil, et elle lui vouait une confiance aveugle. Toutefois, quand il a commencé à être malade et un peu moins présent, Céline a découvert qu’il y avait beaucoup de monde qui œuvrait en coulisses pour l’aider dans la réussite de sa carrière. Vito Luprano pense que c’est ce qui a scellé la fin de leur collaboration après l’enregistrement de Taking Chances. «Deux choses sont devenues parfaitement claires à cet instant. Premièrement, Céline ne savait pas que plusieurs de ses chansons étaient des trouvailles que j’avais dénichées et défendues pour elle. Je ne sais pas trop comment, mais mon rôle était resté largement dans l’ombre, et elle réalisait seulement maintenant à quel point j’avais joué un rôle clé dans tout ça. Deuxièmement, c’était le début de la fin, pour moi.»

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