Lion Électrique: un retraité de 90 ans a perdu plus de 140 000$
Mario Petretta s’était fié aux beaux discours des patrons de l’entreprise et des ministres


Sylvain Larocque
Un retraité de la construction âgé de 90 ans a perdu plus de 140 000$ dans la déconfiture de Lion Électrique, une somme qu’il avait accumulée pour préparer son entrée éventuelle dans une résidence pour aînés.
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«Les trois quarts de mon compte CELI étaient là-dedans», confie au Journal Mario Petretta, qui a durement gagné sa vie dans la construction et la foresterie.
«J’ai encore de l’argent pour survivre, mais pas beaucoup», précise-t-il.
Comme bien d’autres investisseurs, le résident de Québec avait confiance dans le constructeur d’autobus et de camions électriques en raison notamment du fort appui que lui ont accordé Québec et Ottawa.
«Tellement convaincants»
Les ministres et les dirigeants de Lion «étaient tellement convaincants», souligne M. Petretta.
«Je me suis fait prendre au jeu», déplore ce Québéco-Italien arrivé ici en 1962.
«Chaque année, ils [les patrons de Lion Électrique] disaient qu’ils allaient performer», raconte-t-il, estimant que le PDG de l’entreprise, Marc Bédard, «prêchait plus que le pape».
«Chaque année, quand je versais de l’argent dans mon CELI, eh bien je mettais ça dans Lion, explique Mario Petretta. À un moment donné, je ne pouvais plus reculer, alors j’ai dit “je vais foncer dedans”. Et là, je me suis retrouvé dans un trou.»
M. Petretta n’en était pas à son premier placement risqué. Avant de miser sur Lion, il avait investi dans des producteurs de cannabis. À l’époque, il avait toutefois eu le flair de vendre avant que le secteur ne s’écroule en Bourse.
Il ne blâme que lui-même
Ne lui demandez pas de blâmer qui que ce soit pour ses douloureuses pertes.
«Quand Lion est arrivé en Bourse [en 2021], j’ai dit “je vais mettre tous mes œufs dans le même panier”. C’était une erreur de ma part. Il n’y a personne qui m’a poussé. Mon courtier m’avait averti que c’était à risque, mais tout est à risque... La seule chose qui me sauve, c’est que je n’ai pas emprunté pour investir là-dedans.»
Rappelons que Lion Électrique est insolvable depuis le mois dernier, croulant sous des dettes de plus de 700 millions $. L’entreprise a licencié la quasi-totalisé de ses salariés, soit plus de 1000 personnes, depuis le début de 2024.
Les firmes chargées de la relance de Lion, Deloitte et la Financière Banque Nationale, soutiennent que l’entreprise pourrait revivre en se concentrant sur les autobus et en abandonnant les camions, pourtant développés à grands frais.
Le gouvernement du Québec, qui a investi environ 135 millions $ dans Lion Électrique, risque de tout perdre au terme de la restructuration de l’entreprise.