Merci aux enseignants non légalement qualifiés


Sylvain Dancause
Il manque beaucoup «d’adultes» dans nos écoles.
On cherche du personnel de soutien, des professionnels et des directeurs. Néanmoins, la question qui tue est surtout de savoir si mon enfant aura un «vrai» prof.
Avant même d’apprendre qu’il allait manquer au moins 5000 enseignants pour la rentrée, il était facile de prédire que cette nouvelle année s’annonçait pire que la précédente.
Nul besoin d’attendre les chiffres officiels des CSS.
Pour être un Nostradamus de l’éducation, il suffit de travailler dans une école.
On voit l'élastique s’étirer depuis 25 ans.
Pis là, l'élastique nous pète dans la face.
Rétention
L’hécatombe annoncée par les gens sur le terrain s’avère et les causes sont connues. On radote la même chose depuis des lustres (p. ex. 1, 2, 3, 4, 5).
Dans tout ce foutoir, la question salariale est la seule qui a trouvé écho auprès du gouvernement.
Comme l’éducation est un écosystème complexe, il faut travailler sur plusieurs éléments ayant des impacts les uns sur les autres. Ça suffit, pour les petites politiques de rapiéçage.
Pour le moment, j’entends seulement un perroquet me crier: on va former plus de profs!
Le gros problème, c’est qu’il en sort plus qu’il en entre. Faudrait surtout s’occuper de garder ceux qui sont en place.
À l’époque où les listes de rappel étaient pleines, on considérait le personnel comme du jetable. Grosse surprise, les listes se sont vidées.
Il semble difficile de changer un vieux réflexe de consommateur.
Si l’éducation est réellement une priorité nationale, je m’attends à plus que quelques idées brouillonnes qui tiennent sur un Post-it.
Aide appréciée
À l’aube de cette rentrée, je sais que le personnel qualifié sera, encore une fois, sollicité par la machine.
Après des années de négligence envers l’école publique et de dévalorisation de la profession, la frustration est grande chez l’équipage.
Dans le but de sauver le bateau qui coule, le ministre a lancé un énième SOS au personnel non légalement qualifié (NLQ) et aux retraités.
Pour les NLQ, certains parlent de nivellement par le bas. D’autres, d’une bonne solution dans le contexte. On pourrait en débattre pendant des heures.
Le fait est que nous sommes le 21 août et qu’il est impossible de restructurer la business en fermant des succursales. Nous devons mettre en œuvre des solutions à court, moyen et long termes.
Même si j’ai souvent le feu au derrière, je ne ressens aucune colère envers les gens qui veulent travailler dans nos écoles à titre de NLQ.
Vous avez un bac? Vous voulez savoir si vous êtes un enseignant dans l’âme?
C’est ce que j’ai fait pendant mon bac en biologie. J’ai tenté l’expérience au secondaire.
J’ai adoré. Je me suis formé. Je suis resté.
Je sais, c’était à une autre époque.
Mais si on veut retenir des volontaires au talent brut, il faudrait aussi songer à modifier certains éléments de leur insertion.
Aujourd’hui, je voulais juste leur dire merci.