Les substances et les techniques utilisées par les athlètes pour se doper en 2024: la tendance au microdosage

Photo prise lors d'une épreuve de natation à Paris.
Photo prise lors d'une épreuve de natation à Paris. Photo MEGA/WENN
Photo portrait de Anne-Sophie Poiré

Anne-Sophie Poiré

2024-08-01T10:00:00Z

Les Jeux olympiques sont à peine commencés que déjà trois athlètes ont été exclus pour avoir échoué aux tests de dopage. Ce n’est peut-être que le début, alors que près de 4000 des 10 500 sportifs présents à Paris seront contrôlés. Quelles sont les substances aujourd’hui utilisées pour améliorer les performances?

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«On estime qu’autour de 4% des athlètes se dopent», souligne le professeur et directeur du Laboratoire de contrôle du dopage de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), Jean-François Naud.

C’est le seul laboratoire au Canada accrédité par l’Agence mondiale antidopage (AMA).

Selon un rapport de l’AMA paru en 2022, les stéroïdes anabolisants, ou «la drogue de Ben Johnson», comme illustre l’expert, sont encore les substances les plus souvent retrouvées (42%) chez les athlètes.

L’affaire Ben Johnson, en 1988, a marqué un tournant dans la lutte antidopage.

Ben Johnson à Séoul.
Ben Johnson à Séoul. Photo Reuters

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Le sprinteur canadien avait remporté l’épreuve du 100 m aux Jeux de Séoul en plus d’établir un nouveau record du monde. Des traces de stanozolol avaient toutefois été retrouvées dans son urine et le Comité international olympique (CIO) lui avait retiré sa médaille d’or deux jours plus tard.

Microdoses

Si les tests de détection se sont perfectionnés dans les dernières années, les méthodes de dopage se sont également raffinées, assure Jean-François Naud.

«Les athlètes n’utilisent plus les doses massives d’autrefois. On parle maintenant de microdoses, comme avec l’EPO dans les sports d’endurance», dit-il.

L’érythropoïétine, ou EPO, stimule la production de globules rouges, qui transportent l’oxygène vers les organes pour gonfler l’endurance des athlètes. C’est la fameuse drogue que la cycliste québécoise Geneviève Jeanson avait juré en 2003 n’avoir jamais prise de sa vie.

Photo d'archives
Photo d'archives

«Plutôt que de l’administrer de manière massive une fois par semaine ou aux deux semaines, on préfère diminuer la dose, mais en donner tous les jours ou aux deux jours, précise l’expert. En microdoses, la drogue est éliminée plus rapidement par l’organisme. On a donc plus de difficulté à la détecter.»

«Le dopage est aussi fait à l’entraînement pour être capable de récupérer plus rapidement, plutôt qu’au moment des épreuves, poursuit-il. Ça permet d’augmenter la charge d’entraînement en vue de meilleures performances.»

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Dopage sanguin

Il n’y a pas que les produits dopants qui sont interdits: certaines méthodes aussi.

La manipulation du sang, qui améliore l’approvisionnement de l’organisme en oxygène dans les muscles et donc l’endurance, fait partie des pratiques bannies par l’AMA.

Les transfusions sanguines autologues (ou le dopage sanguin) consistent à prélever du sang quelques semaines avant la compétition. Les globules rouges sont isolés puis stockés dans des conditions réfrigérées. Le corps répond à cette perte de sang par la formation accélérée de nouveaux globules rouges.

Peu avant ou pendant la compétition, le concentré prélevé est transfusé à l’athlète.

Bien que cette méthode soit utilisée dans le sport d’endurance depuis les années 1980, là encore, la tendance est au microdosage.

«Avant, on retirait une grosse poche. Maintenant, on retire et s’injecte un plus petit volume pour essayer de détourner le passeport biologique de l’athlète. Une transfusion de son propre sang modifie les variables biologiques de l’athlète», détaille l’expert.

«Si c’est bien fait, précise-t-il, ça imite l’effet de l’EPO.»

Une autre méthode a créé la controverse au dernier Tour de France. Le vainqueur, Tadej Pogačar, a reconnu avoir eu accès à un recycleur de monoxyde de carbone (CO) pour simuler des conditions de haute altitude lors de sa préparation.

Tadej Pogačar
Tadej Pogačar Photo AFP

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L’idée est encore une fois de mousser la production de globules rouges.

Cette pratique n’est pas interdite par l’AMA, mais soulève des questions éthiques, puisqu’elle demeure une manipulation du sang, selon le directeur du Laboratoire de contrôle du dopage de l’INRS.

«On s’empoisonne avec le monoxyde de carbone et ça place l’athlète en rareté d’oxygène. Le corps est donc tenté de produire plus de globules rouges, puisqu’on lui dit qu’on n’a plus assez d’oxygène», explique M. Naud.

«Ça lance un message horrible à tous les jeunes sportifs du monde, parce que le CO est mortel et que cette méthode est très dangereuse», dénonce-t-il.

Conduite dopante et contamination

En plus du dopage à proprement parler, Jean-François Naud s’inquiète d’une autre tendance: la «conduite dopante». En gros, c’est le fait d’utiliser de manière systématique des produits, commandés souvent de l’étranger et toujours légaux, pour améliorer ses performances.

«Les athlètes se disent que s’ils ne prennent pas ces produits, ils ne seront pas capables de performer. Après, ça devient plus facile de faire pareil avec les différents agents dopants», résume l’expert.

Autre problème: ces substances «arrivent en vrac et sont parfois contaminées par des molécules qui, elles, sont interdites», mentionne le professeur. Des athlètes commencent d’ailleurs à utiliser la «contamination croisée» comme défense contre des soupçons de dopage.

M. Naud cite l’exemple de la jeune patineuse russe de 15 ans, Kamila Valieva. Une infime concentration de trimétazidine, interdite par l’AMA, avait été retrouvée dans son sang lors du championnat de Russie en décembre 2021. Elle a invoqué une «contamination par des couverts» partagés avec son grand-père, traité à la trimétazidine.

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Kamila Valieva
Kamila Valieva Photo AFP

Comment on choisit les athlètes testés?

Ce ne sont pas tous les athlètes qui seront testés à Paris par l’Agence de contrôles internationale (ITA), une organisation créée en 2018 et financée en partie par le CIO.

Tous ceux qui montent sur le podium ou battent des records sont systématiquement contrôlés. Certaines disciplines, comme l’haltérophilie, sont également plus ciblées. Un athlète peut également être jugé susceptible de dopage si ses performances explosent tout à coup. Les sportifs d’un pays où sévit la corruption sont aussi plus sujets à être testés.

Les autres contrôles sont décidés selon plusieurs critères: le suivi permanent, les tests en compétitions, les lanceurs d’alertes ou les passeports biologiques, un document électronique dans lequel sont inscrites les variables biologiques de l’athlète, comme le sang et le système endocrinien, qui révèlent indirectement les effets du dopage.

En tout, ils seront 4000 sportifs à être contrôlés à Paris, selon l’ITA.

— Avec l’AFP

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