On a passé 1h à tirer avec des armes de poing dans un centre de tir


Jean-Michel Clermont-Goulet
Pour comprendre l’amour – et la passion – de mon bon ami Mathieu pour les armes à feu, j’ai décidé d’aller passer une heure avec lui dans un centre de tir pas trop loin de Montréal. Voici ce que je retiens de mon expérience.
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Première chose que je dois faire avant de tirer: choisir, parmi la collection de mon ami, deux armes de poing acquises avant l’entrée en vigueur en octobre 2022 du gel national sur la vente, l’achat et le transfert de ces armes.
Je choisis un Beretta 92S, qui provient d’un surplus de la police italienne, et un German Sport Gun (GSG) 1911, une copie du Colt 45. Les fins connaisseurs — donc, pas moi — les reconnaitront.

Mon ami me montre ensuite tous les papiers légaux qu’il lui faut pour posséder et transporter ces deux armes jusqu’au centre de tir duquel il est membre, le Lahache Shooting Range, à Kahnawake.
Le fun commence
Je dois l’avouer, l’idée de «jouer» à James Bond m’excitait au plus haut point. Mais alerte aux divulgâcheurs : j’étais (beaucoup) moins badass que le célèbre agent 007.
Arrivés sur place, nous devons nous inscrire. Le processus ne prend que quelques minutes. Je n’ai pas droit d’être seul avec ni l’une ni l’autre des armes, parce que je n’ai pas de permis de possession et d'acquisition (PPA) d'armes à feu. Je dois donc m’exercer dans la même allée que mon buddy.

On commence avec le GSG 1911. Mathieu m’installe une première cible à 5 mètres, question d’apprivoiser l’arme à feu. Après avoir vidé deux chargeurs de 10 balles, je constate – non sans surprise – que j’ai atteint le milieu de la cible à plusieurs reprises.
On réinstalle une seconde cible, cette fois-ci à 10 mètres, puis une troisième, à 15 mètres. Je m’exécute, mais ça se corse.
Pendant ce temps, Ken, l’un des trois officiels de tir responsables de la sécurité des tireurs sur place, nous surveille.
À un moment, celui qui a suivi une formation auprès de la Fédération québécoise de tir (FQTIR) nous rappelle comment déposer sur la table nos armes de manière sécuritaire. Il doit pouvoir vérifier que le fusil est bel et bien déchargé.

C’est le temps de changer d’arme: on passe au Beretta, qui est légèrement plus lourd et plus gros que le GSG 1911.
«Là, attends-toi à ce que l’arme bouge plus», prévient Mathieu. C’est parce que la gâchette est plus lourde, surtout lorsqu’on l’enclenche pour la première fois. J’ai donc raté beaucoup de mes premières shots.
Pas grave: je me commets à tirer à une seule main. Le résultat n’est pas trop concluant.
En une heure de tir, j’aurai jeté mon dévolu sur une dizaine de cibles. Mathieu, lui, n’a à peu près pas tiré. «On est venu pour toi. Moi, je peux venir n’importe quand», me répète-t-il.

L’abécédaire d’un centre de tir
Une fois les armes rangées, je parle avec le proprio de la place, Jo Lahache, et à son bras droit, Gianfranco Cavallo. C’est lui qui est notamment responsable des relations avec la police.
J’apprends alors que le Lahache Shooting Range compte 974 membres. Chaque fois qu’un membre vient tirer, il doit inscrire son nom au registre, en plus d’indiquer les armes qui seront utilisées et d’inscrire leur numéro de série. Toutes ces informations sont ensuite transférées à la Sureté du Québec (SQ).
Pour les non-membres – comme moi –, il faut remplir un formulaire qui indique que le membre est responsable de son invité. Je dois aussi fournir une pièce d’identité avec photo.

Et il n’y a aucun passe-droit, assure Gianfranco Cavallo.
«Si la personne dit qu’elle n’a pas de carte d’identité avec photo ou qu’elle ne veut pas en fournir une, c’est bien de valeur, mais la porte d’entrée est également la porte de sortie. C’est sérieux, là», insiste-t-il.
«La SQ vient régulièrement faire son tour, même si on est sur une réserve. C’est obligatoire à travers la province», ajoute-t-il.
Pour les petits nouveaux comme moi, il est aussi possible de louer une arme restreinte et de suivre une petite formation afin de l’utiliser, accompagné d’un instructeur.

À refaire?
Avant de mettre les pieds au centre de tir, je ne connaissais à peu près rien sur les armes à feu. Sans vouloir faire l’apologie des armes, j’ai été agréablement surpris de constater à quel point l’activité était encadrée. Et je suis content de l’avoir essayé.
Vais-je le refaire? Disons que j’ai plus de chance de retourner dans un centre de tir que de repasser une heure sur Omegle.com.