Oui, Ariana Grande a perdu du poids, mais ce n’est pas de vos oignons!

Photomontage Benoit Dussault
Photo portrait de Léa  Martin

Léa Martin

2024-12-10T16:24:28Z

Avec la sortie du film Wicked, les commentaires sur le poids de la chanteuse et actrice Ariana Grande — et celui de sa co-vedette Cynthia Erivo — se multiplient sur le web.

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«Qu’est-ce qui est arrivé à Ariana Grande?», «C’est sûrement de l’anorexie!», «Cynthia Erivo était tellement belle avant», «C’est Ozempic»: voilà le genre de commentaires qu’on peut lire sous des vidéos des deux actrices.

Ces messages surviennent alors qu’Ozempic a conquis Hollywood et que certaines personnes se demandent si la mode de l’extrême maigreur, bien présente dans les années 90, est de retour.

S’il est indéniable qu’Ariana Grande a perdu du poids, ce n’est pas de nos affaires, affirme Audrey Bartis, professeure à l’École de design de l’UQAM.

Elle rappelle que l’actrice et chanteuse est une femme adulte qui a un entourage, des proches et beaucoup de ressources pour aller chercher de l’aide si elle en a besoin. Ce n’est pas au public de la diagnostiquer ou de supposer qu’elle souffre d’un quelconque trouble alimentaire, dit-elle.

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«Le corps des femmes est un objet à disposition de la critique. Que ce soit Ariana Grande ou une gamine dans sa salle de bain qui se pose plein de questions sur son corps, elle est critiquée de la même façon et avec la même violence», dénonce Audrey Bartis.

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La spécialiste de l’impact de la mode sur les pratiques corporelles ne croit d’ailleurs pas à la supposée bienveillance des personnes qui commentent le corps d’Ariana Grande et qui prétendent s’inquiéter pour elle.

«Qu’elle soit bien portante ou mal portante, c’est son corps. Pour moi, le vrai problème, il n’est pas dans le corps d’Ariana Grande, mais dans le fait qu’on banalise le fait de parler du corps d’Ariana Grande sous n’importe quel prétexte», déclare la professeure.

L’impact de ces commentaires sur notre propre image

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La nutritionniste Sarah Normandin abonde dans le même sens: on ne devrait jamais commenter le corps de quelqu’un d’autre.

«Avant de s'inquiéter et de faire une vidéo par rapport [à la perte de poids d’une célébrité], il faut penser aux gens qui vont regarder la vidéo et qui vont se dire que si, moi, mon corps ressemble à celui de la personne dont on s’inquiète, qu’est-ce que les gens vont penser de moi», explique-t-elle.

C’est correct de parler de sa propre expérience avec des troubles alimentaires ou encore de partager des ressources ou de l’information sur ses plateformes, mais il faut à tout prix éviter de diagnostiquer des gens dont on ignore la situation, ajoute la nutritionniste.

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Aux yeux d’Audrey Bartis, les commentaires sur le poids s’ajoutent d’ailleurs aux autres violences que subissent les femmes à Hollywood et dans les médias.

«Ce que le grand public sait depuis #metoo, c’est que c’est au prix de beaucoup de fragilité, voir de traumas qu’on accède à la célébrité», ajoute-t-elle.

Contrer les diktats de la minceur

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Sarah Normandin suggère de faire attention à la manière dont on commente son propre corps ou celui des autres. C’est encore plus vrai devant des ados, qui sont encore nombreux à ne pas aimer leur apparence.

Selon les derniers chiffres de l’Enquête québécoise sur la santé des jeunes du secondaire 2022-2023 de l’Institut de la statistique du Québec, à peine 42% des élèves du secondaire se disent satisfaits de leur apparence corporelle.

49% des filles voudraient avoir une silhouette plus mince et 58% d’entre elles ont tenté de contrôler leur poids ou d’en perdre, par exemple, en sautant souvent des repas (38%) ou en se privant de manger pendant toute une journée (18%).

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C’est donc important de valoriser la diversité corporelle, insiste la nutritionniste.

«Ce qu’on souhaite, c’est que nos ados soient exposés à une diversité corporelle dans notre entourage ou sur nos réseaux sociaux. Chez nos jeunes, on peut s’intéresser aux comptes qu’ils suivent sur les réseaux sociaux et voir qui sont leurs modèles», conseille Sarah Normandin.

C’est aussi une bonne idée de commenter l’intelligence, la personnalité ou les habilités des jeunes qui nous entourent, et pas seulement leur apparence, précise-t-elle.

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