«Incroyablement décevant» : nos dépenses militaires frustrent un sénateur américain

Raphaël Pirro
Un sénateur républicain de l’Alaska a fustigé Justin Trudeau et le Canada pour ses contributions à l’OTAN et au système de défense du continent nord-américain, qualifiant le tout d’«incroyablement décevant» mercredi.
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«Les Américains se fâchent lorsque nos alliés ne font pas leur part», a déclaré le sénateur Dan Sullivan au Comité permanent du Sénat des États-Unis sur les Services armés.
Ce dernier a réclamé au prochain dirigeant potentiel du Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD), le lieutenant-général de l’armée de l’air Gregory Guillot, s’il comptait accentuer la pression sur le Canada, qui «est loin de faire sa part».
«Pouvez-vous vous engager à avoir ces conversations difficiles, mais importantes, avec vos homologues canadiens?» a-t-il lancé à Gregory Guillot, en pleine séance sur sa nomination à la tête de NORAD par le président Joe Biden. «Oui, sénateur, vous pouvez compter sur moi là-dessus», a assuré le lieutenant-général.
.@NORADCommand has a unique binational responsibility of defending both 🇺🇸and 🇨🇦. Unfortunately, Canada doesn’t even come close to pulling its weight on defense spending.
— Sen. Dan Sullivan (@SenDanSullivan) July 26, 2023
Today in @SASCGOP, I asked Lt. General Guillot, nominee to assume command of NORAD, whether he will press… pic.twitter.com/sCyBxbV2ue
Le Canada, a encore déploré le sénateur, ne contribue pas davantage au système de défense contre les missiles balistiques, alors que les États-Unis et l’Europe ont tous deux des programmes similaires.
«Ils ne sont pas très bons pour payer pour la défense contre les missiles non plus, même si on protège le continent nord-américain au complet», a-t-il lâché, conscient de ne «pas être toujours poli».
Le sénateur s’est fait l’écho d’articles récents dans le Wall Street Journal et l’Economist qui ont tour à tour qualifié l’engagement du Canada de «pathétique», «gênant», «faible» et «avare».

L’OTAN a fixé les 2 % de PIB en dépenses militaires comme objectif à atteindre pour ses pays membres. Le Canada dépense aux alentours de 1,3 %.
Questionné à ce sujet jeudi, Justin Trudeau a indiqué que le Canada s’est déjà engagé à investir près de 40 milliards $ dans la modernisation du NORAD au cours des 20 prochaines années.
«Une critique absolument valable»
«C’est une critique qui est absolument valable», affirme l’ancien colonel des Forces armées canadiennes (FAC) à la retraite, Pierre Leblanc.
«Le Canada ne fait pas réellement sa part au niveau de la Défense. On est critiqués non seulement par les Américains, mais aussi maintenant par les Européens.»
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Étant donné la montée des tensions avec la Russie, les 40 milliards $ dédiés au NORAD ne sont «pas assez», selon l’expert en Arctique, d’autant plus qu’il est échelonné sur une période de 20 ans. «On peut faire une contribution beaucoup plus importante qu’en ce moment.»
Le colonel Leblanc rappelle d’ailleurs que les critiques envers les engagements militaires viennent aussi de l’intérieur : des rapports publiés en novembre par la Vérificatrice générale, puis dans les derniers mois par les comités parlementaire et sénatorial sur la Défense ont tous relevé que le Canada n’en faisait pas assez, incluant en ce qui a trait à l’Arctique.
Au sujet du programme de protection contre les missiles, il assure que «ça ne couterait rien» au Canada d’en être membre, alors que cela permettrait aux États-Unis de placer des systèmes de détection plus efficace dans le Nord canadien.