«Posting Zero»: la Gen Z ne publie plus sur les réseaux, et voici pourquoi
Sarah-Maude De Rive
Les réseaux sociaux ne sont plus un espace où la Gen Z souhaite se trouver, et le changement est remarqué — on vous explique le phénomène du «posting zero».
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Il fût un temps pas si lointain où chaque déjeuner délectable ou sortie entre amies impliquait une séance photo, et de celle-ci découlaient quelques photos qui se méritaient une place dans notre feed. On peut aussi penser à l'époque pandémique, où Instagram et TikTok devenait des lieux de rendez-vous sociaux, plusieurs publiant leurs états d'âmes ou leurs passe-temps du moment de manière décomplexée, en direct de leur chambre.
Le point fort de tout ça (sans oublier que les réseaux ont toujours eu leurs périls, évidemment)? Les conversations créées en commentaires, des échanges fluides avec ceux que l'on connaît ou de nouveaux venus et nous connectant aux autres, virtuellement.
C'est ce point précis qui commenceà manquer à bon nombre d'internautes, et plus particulièrement à la génération Z. Ceux qui ont connu dans leur enfance l'ascension des réseaux sociaux ne les reconnaissent plus, et ne s'y sentent plus autant interpellés. D'ailleurs, l'utilisations des réseaux a baissé.
Cette baisse pourrait être expliquée par la tendance grandissante du posting zero, qui consiste à ne plus partager de contenu publiquement, même si l'on garde une page privée et on continue de consommer le contenu des plateformes sociales. Cet acte délibéré de retrait des réseaux semble plaire à plus en plus de jeunes utilisateurs, qui ne sentent plus qu'ils ont un espace authentique et disponible pour dévoiler leur vie à la sphère numérique, préférant garder le tout pour des cercles plus restreints. Donnant plus d'importance au contrôle de leur vie privée, ceux qui y adhèrent voient plus de désagréments que de bienfaits à créer du contenu, et plusieurs raison peuvent expliquer ce recul.
1. Anxiété sociale et peur du jugement

Si plusieurs utilisatrices et utilisateurs ressentaient auparavant du FOMO (fear of missing out), cette peur s'est maintenant transformée. Selon le Studio Scribis, de nombreuses études indiquent que les réseaux sociaux ne sont plus perçus comme un événement social à rejoindre, mais plutôt comme un environnement angoissant où le risque d’être critiqué, mal interprété ou cancelled décourage la Gen Z de publier. En consommant du contenu plutôt qu'en en partageant, elle ne s'expose pas à ce que son contenu soit diffusé à des publics plus larges qu'elle ne visait pas, pouvant déclencher les jugements ou la haine de ces nouveaux spectateurs.
2. Le contenu authentique troqué pour des publications commerciales
Tandis que TikTok, YouTube et Instagram ont intégré de plus en plus de publicités, les créateurs eux-mêmes ont vu leurs habitudes changer, leur ratio de contenu d'expression complètement personnelle devenant plus rare face à celui découlant de partenariats. En plus, avec les logiciels d'intelligence artificielle tels que Sora, ce sont de plus en plus de vidéos fabriquées qui inonde nos pages «Pour Toi», en plus d'être de mois en moins différenciables du contenu humain. Le résultat? Des réseaux qui nous propose de moins en moins de contenu au naturel, diminuant l’envie de partager des tranches de vies lorsque celles des autres sont plus inaccessibles.

3. Fatigue numérique et enjeux mondiaux
Même si la Gen Z reste très présente dans sa consommation des réseaux, l'envie de participer aux communautés en ligne en commentant ou en partageant quelques vidéos se fait moindre tandis qu'une fatigue s'installe. Comme l'explique le Studio Scribis, en plus de demander beaucoup d'énergie pour créer des publications qui se démarquent, les réseaux sociaux ne donnent plus aux internautes cette impression que leurs efforts sont récompensés par l'attention ou l'engagement. En l'absence d'échanges virtuels fluides dénués du bruit du Web, plusieurs préfèrent rester discrets, comme le fait de publier ne les épanouit plus comme avant. Comme si ce n'était pas assez, le contexte sociopolitique de la dernière année, quoiqu'il soit important à connaître, peut être confrontant et causer de l'anxiété lorsqu'exposé en masse dès que l'on ouvre l'application sociale de notre choix.
4. Un départ vers d’autres modes de partage
En quête de lieu de rencontre virtuel avec son cercle proche, la Gen Z tend davantage vers des modes de communication plus privés comme Discord, WhatsApp, et Snapchat, où l’interaction se fait hors du fil principal des réseaux classiques. Ainsi, on réduit la pression de publier sur des profils visibles et décortiquables par tous.

Rappelons aussi que l'avènement de TikTok a complètement changé la donne: soudain, le mode de communication par défaut est devenu la vidéo, vidéo qui n'est poussée que lorsqu'elle se démarque par son divertissement ou lorsqu'elle est rapide et percutante. Difficile, maintenant que ces critères sont devenus la norme, de ne pas ressentir une pression de s'y conformer et de ne publier que ce qui sera le plus «viral» ou «impressionnant».
Toutefois, qu'on adhère au posting zero ou pas, l'important n'est pas de choisir un camp, ou de suivre une tendance; c'est plutôt de se questionner sur l'utilisation des médias sociaux qui nous convient à nous, parce qu'en bout de ligne, c'est notre identité qu'on présente virtuellement, et elle devrait nous représenter!