Après la Corée du Nord, Poutine se rapproche du Vietnam

AFP

2024-06-20T03:03:06Z
2024-06-20T14:39:57Z

Vladimir Poutine, en visite à Hanoï, s’est engagé jeudi à développer les relations avec le Vietnam, auquel son pays vend des armes depuis des décennies, en vue de contrer les tentatives occidentales d’isoler la Russie pour sa guerre en Ukraine. 

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«La Russie attache beaucoup d’importance au renforcement des relations avec le Vietnam», a déclaré le président russe, qui a rencontré les principaux dirigeants de cet État communiste.

Les deux parties ont signé une dizaine de partenariats, notamment dans l’énergie, l’éducation et le nucléaire civil. Le communiqué commun insiste sur l’atmosphère «chaleureuse et amicale» des discussions et le «haut degré de confiance et de compréhension mutuelle».

Le Vietnam constitue la deuxième et dernière étape d’une mini-tournée en Asie pour Vladimir Poutine, après la Corée du Nord mercredi, où l’annonce d’un accord de défense bilatéral a suscité de nouvelles critiques occidentales.

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Hanoï espère aussi «pousser la coopération en matière de défense et de sécurité» avec Moscou, a souligné le président vietnamien, To Lam.

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Depuis la période soviétique, la Russie demeure, de loin, le principal fournisseur d’armes du Vietnam, mais les volumes ont chuté ces dernières années, en dépit de la militarisation de la mer de Chine méridionale, où les autorités vietnamiennes s’inquiètent des visées expansionnistes de Pékin.

«Nous avons fait part de l’intérêt mutuel pour la création d’une architecture de sécurité fiable et adéquate en Asie-Pacifique qui reposerait sur les principes du non-recours à la force, du règlement pacifique des différends et où il n’y aura pas de place pour des blocs politico-militaires clos», a confié M. Poutine.

Celui-ci est arrivé au Vietnam dans la nuit de mercredi à jeudi, après un déplacement exceptionnel à Pyongyang, où Kim Jong-un le considère comme le «meilleur ami» de son pays.

Soutien 

La Russie et la Corée du Nord, sous le coup de sanctions occidentales, ont conclu un «partenariat stratégique global», qui prévoit une assistance mutuelle «en cas d’agression» et un éventuel renforcement de la «coopération militaro-technique», selon M. Poutine.

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Les États-Unis et leurs alliés craignent que ce rapprochement accéléré ne débouche sur de nouvelles livraisons de munitions et de missiles nord-coréens à l’armée russe, pour sa guerre en Ukraine.

Le Japon s’est dit jeudi «gravement préoccupé» par ce pacte, pendant que l’Union européenne approuvait un nouveau paquet de sanctions contre la Russie.

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Après les scènes de marée populaire en Corée du Nord, Vladimir Poutine a reçu un accueil plus formel au palais présidentiel de Hanoï, avec coups de canon et militaires au garde-à-vous.

Des drapeaux russes ont orné les rues du centre historique de la capitale vietnamienne, où un important dispositif de sécurité maintenait l’ordre et tentait de réguler une circulation automobile habituellement échevelée.

Vladimir Poutine a rencontré plus tard dans la journée le premier ministre Pham Minh Chinh, ainsi que le secrétaire général du parti communiste, Nguyen Phu Trong, considéré comme la personnalité la plus influente du régime. Âgé de 80 ans, il a effectué une partie de ses études en URSS.

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Le chef de l’État russe a en outre déposé une couronne de fleurs au mausolée du père de l’indépendance Ho Chi Minh, qui a commencé, dès les années 1920, à nouer des liens avec le grand frère soviétique.

«Test» 

En accueillant Vladimir Poutine, visé par un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale (CPI), Hanoï s’expose au mécontentement de ses partenaires occidentaux, les États-Unis en tête, qui considèrent le Vietnam, avec ses 100 millions d’habitants, comme stratégique pour la production manufacturière, en particulier de semi-conducteurs.

L’an dernier, les présidents chinois, Xi Jinping, et américain, Joe Biden, se sont tous les deux rendus dans ce pays, qui essaye de maintenir une distance égale entre les deux superpuissances rivales, en application des préceptes de sa «diplomatie du bambou» qui allie prudence et pragmatisme.

Cette politique pourrait être de plus en plus difficile à suivre, a prévenu une experte. La visite de M. Poutine constitue «un test» pour voir jusqu’où peut mener «la diplomatie multidirectionnelle de Hanoï» et «si elle est toujours acceptée par les autres puissances majeures», a expliqué à l’AFP Huong Le Thu, la directrice adjointe du programme Asie du International Crisis Group.

Le chef de l’État russe a remercié le Vietnam, qui s’est abstenu au moment des votes à l’ONU condamnant l’invasion de l’Ukraine, pour son approche «équilibrée» sur ce dossier, dans une tribune publiée mercredi par la presse locale.

Mykhaïlo Podoliak, un des principaux conseillers du président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a quant à lui estimé que l’actuelle tournée de M. Poutine était une visite des «satellites d’hier de l’URSS» destinée à la recherche d’«aide militaire et technique et de chair à canon».

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