Rudy Caya rallume la flamme avec «La dernière tournée» de Vilain Pingouin

Le livre «Rudy en 23 tounes» est disponible en librairie

Marjolaine Simard

2025-11-13T11:00:00Z

Il y a près de 40 ans, en 1986, naissait Vilain Pingouin, un groupe qui allait électriser la scène rock québécoise. Quatre ans plus tard, son premier album éponyme, lancé le 12 septembre 1990, propulsait Rudy Caya et sa bande au rang d’incontournables. Aujourd’hui, après quatre AVC, le chanteur vient de boucler avec ses complices une dernière tournée, livrée avec le même feu sacré qu’à leurs débuts. En parallèle, un livre souvenir, Rudy en 23 tounes, nous replonge dans l’épopée du groupe à travers la genèse de 23 chansons marquantes. Est-ce un réel adieu du groupe? Pas tout à fait.

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Travailler sur un livre qui raconte la création de tes chansons, ça doit te replonger dans tes souvenirs...

C’est Édith Bernier qui m’a appelé. C’est elle qui a écrit Rudy en 23 tounes. Moi, j’ai vécu la vie, et elle, elle l’a racontée! Honnêtement, je pense que ça l’a replongée dans son passé plus que moi. Moi, j’ai zéro nostalgie. Mes disques d’or et mes Félix sont dans une boîte, dans la cave de mon ex. Je ne garde pas de souvenirs autour de moi.

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Mais il a quand même fallu replonger dans la création de ces 23 chansons...

Oui, mais chaque chanson devient un prétexte pour parler de ma vie. Au début, je parle d’inspiration, puis ça vire en anecdotes. Le livre, c’est comme un pont entre les Vilain Pingouin et ma vie plus personnelle.

Remontons le temps. Quel genre d’enfant étais-tu?

Je vivais à Laval et j’étais très tranquille! Je ne faisais pas de trouble. J’avais des chums qui en faisaient, mais moi, ça ne me tentait pas. J’ai passé ma vie sous le radar. À l’école, je visais le 70 %, comme ça personne ne me trouvait ni bon ni poche. (rires) J’aimais passer inaperçu et faire mes affaires à ma façon.

Tu avais des frères et sœurs?

Oui, une sœur plus vieille.

Photo : / MUSIMAX
Photo : / MUSIMAX

Cette passion pour la musique te vient-elle de tes parents?

J’étais entouré de musique. Mon père était prof de français et fou d’opéra. Il chantait même dans les chœurs des Disciples de Massenet. Ma mère, elle, chantait dans une chorale à Sainte-Thérèse. Chez nous, il y avait toujours de la musique. Je ne pourrais pas dire à quel moment j’ai accroché, car elle a toujours été là. Mon père écoutait L’opéra Texaco, une émission de radio, et il répondait au quiz qui se déroulait entre les actes... jusqu’à ce qu’ils lui demandent d’arrêter d’appeler parce qu’il gagnait tout le temps et que ça commençait à irriter les autres auditeurs! (rires) Ma mère, elle, écoutait du classique et m’a obligé à suivre des cours de violon. Ma mère était originaire de Boston, alors on écoutait aussi les Irish Rovers. J’ai grandi entre l’opéra, le classique, les tounes irlandaises et la pop anglophone.

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Grâce aux origines de ta maman, tu parlais donc anglais dès l’enfance?

Oui! Jusqu’à cinq ans, tous mes amis étaient anglophones. On avait une maison en Floride, je regardais la télé en anglais... J’ai quand même appris les deux langues en même temps.

Chantais-tu d’abord en anglais?

Oui, jusqu’à 23 ans, je chantais juste en anglais. Même les premières tounes de Vilain Pingouin étaient en anglais. Par exemple, Les belles années, ça s’appelait Another Lonely Night! Mais quand j’ai entendu Renaud, Parabellum, OTH, là, j’ai compris que le français pouvait rocker. Et chanter en français, c’est plus exigeant, parce que les gens sont plus attentifs à ce que tu dis! C’est plus risqué, mais plus gratifiant. Puis de toute façon, mon style alternatif n’aurait jamais percé aux États-Unis. Alors je me suis dit: «Je vis en français, je vais chanter en français.»

Photo : / MUSIMAX
Photo : / MUSIMAX

Et le nom, Vilain Pingouin, d’où ça vient?

Quelqu’un avait proposé Parfait Pingouin, mais un autre band venait de se former et s’appelait Parfaits Salauds. On a donc gardé le Pingouin, mais on est devenus les Vilains. Le pingouin est un petit animal bien sympathique, non?

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Le groupe existe depuis 40 ans. Ça te fait quoi de voir le temps passer?

Quarante ans, ça passe vite! Le temps file, mais moi, je me sens pareil qu’à 17 ans. Ce métier-là te garde jeune. Tu passes ta vie sur la route avec tes chums, dans une van. C’est pas très normal, mais ça te protège du quotidien. Je me sens encore comme un ado.

Dominic Gouin / TVA Publications
Dominic Gouin / TVA Publications

Dirais-tu que tu as encore la même fougue sur scène?

Absolument! C’est le plus beau métier du monde. Pas payant, mais parfait. J’appelle ça le «luxe sélectif»: j’ai tout mon temps, pas de patron, pas besoin d’argent pour oublier ma semaine difficile. J’adore ma vie!

Tu es aussi père de deux enfants. Ça se combine comment, avec la musique?

C’est fantastique! J’ai fait plein de jobs à côté pour ne pas faire de compromis artistiques. Mais j’étais un vrai père poule. Ma fille ne se rappelle pas d’être allée à l’école sans moi, matin et soir. Quand ils étaient malades, je les gardais à la maison. Aujourd’hui encore, ma fille m’écrit tous les matins: «Allô, gros bisous!» J’ai fait quatre AVC, et je le leur ai caché... alors maintenant, ils me surveillent.

Photo : Eve-Line Montagne / Les Publications Charron et Cie inc./Groupe TVA
Photo : Eve-Line Montagne / Les Publications Charron et Cie inc./Groupe TVA

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Ils ont quel âge?

Mon gars a 33 ans, ma fille, 28.

Ils ont suivi tes traces?

Pas du tout! Mon fils, je voyais qu’il était doué pour les jeux vidéos, alors je l’ai encouragé à fond. Aujourd’hui, il est directeur dans une compagnie de jeux. Ma fille, elle, me ressemble plus, c’est une touche-à-tout, elle suit le courant. Pour l’instant, elle travaille avec son frère. Ils vivent en face l’un de l’autre, dans deux tours à condos. Ils sont très proches tous les deux.

Tu les vois souvent?

Tout le temps! Mon gars débarque souvent le vendredi pour dormir dans sa vieille chambre. C’est un grand nostalgique. Il aime venir passer du temps chez moi. C’est drôle, parce que mes enfants sont sages. Quand ma fille a lu le livre Rudy en 23 tounes, elle m’a dit: «OK, je comprends pourquoi on est straight de même. T’as fêté pour trois générations!» (rires)

Et ta santé? Après quatre AVC, comment vas-tu?

Je vais bien, mais j’ai couru après, mettons. Je buvais quatre boissons énergétiques par jour, je dormais quatre heures, je fumais deux paquets... Je suis excessif. Le premier AVC, je n’ai rien senti, donc je n’ai pas pris ça au sérieux. J’ai même caché à mes enfants que j’en avais fait d’autres. Mais le quatrième, par contre, ça a fessé plus fort. Depuis, j’ai tout arrêté: la cigarette, plus de boisson énergétique, presque plus d’alcool. Je vapote sans nicotine et je peux dire que, présentement, je me porte bien.

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Monter sur scène, ce n’est pas trop dur?

Monter sur scène, oui, s’il n’y a pas de rampe! J’ai des problèmes d’équilibre, mais une fois en haut, bien installé, je peux faire un show de deux heures, facile. Et ma voix est pareille... De toute façon, je n’en avais pas tant au départ, alors je ne peux pas la perdre! (rires)

Vous venez de clore une dernière tournée avec Vilain Pingouin. Est-ce vraiment la fin?

On va arrêter les tournées régulières, mais on va sûrement faire un show de temps en temps. On est encore trois anciens, trois nouveaux, pis on s’amuse. On veut que ça reste le fun. On va peut-être sortir une ou deux tounes par année en ligne, ou faire des shows spéciaux, comme à la Saint-Jean.

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