Seules au sommet
Le Canada et les États-Unis ont démontré qu’il restait beaucoup de travail à faire dans leur sport


Mathieu Boulay
Pour la sixième fois en sept finales olympiques, on a eu droit à un choc entre le Canada et les États-Unis. Durant ce tournoi, on a pu constater qu’il existe toujours une disparité importante entre ces deux puissances et les autres pays.
• À lire aussi: Desbiens a pris la bonne décision
Les Canadiennes ont décroché une cinquième médaille d’or en l’emportant contre leurs rivales américaines. Mises à part leurs deux confrontations contre les États-Unis, elles n’ont pas eu une grande opposition durant leur séjour à Pékin.
On a l’impression que l’écart entre le Canada, les États-Unis et les autres nations était plus important que jamais.
Du côté de la Fédération internationale de hockey sur glace (IIHF), les dirigeants sont conscients de cette réalité, mais ils en parlent du bout des lèvres.
La responsable du tournoi féminin voit plutôt le verre à moitié plein.
« Nous avons eu neuf matchs qui se sont terminés par la différence d’un but contre huit en 2018, a mentionné Zsuzsanna Kolbenheyer lors du bilan de l’IIHF. Nous en avions six lors des derniers mondiaux. Ce qui démontre que le niveau est plus élevé. »
Aux Jeux de Pékin, le tournoi féminin regroupait 10 équipes. La fédération internationale aimerait porter ce nombre à 12 pour les prochains jeux, le même nombre que chez les hommes.
Argent et structure
Le fait que le Canada et les États-Unis soient encore seuls au sommet s’explique assez facilement.
Les autres pays n’ont pas les ressources financières et les structures pour rivaliser avec leurs grandes sœurs.
C’est difficile de concevoir que les pays scandinaves, comme la Suède et la Finlande, ne soient pas encore capables de jouer du coude avec les deux grandes puissances.
On peut aussi mettre la Suisse, l’Allemagne et la Russie dans la même discussion.
« C’est là qu’on voit la disparité en termes de moyens financiers et de structures », a expliqué l’entraîneuse-chef des Carabins de l’Université de Montréal, Isabelle Leclaire.
« Nous avons une Suissesse [Kaleigh Quennec] et elle a été avec nous jusqu’en décembre. Pendant ce temps-là, les joueuses canadiennes étaient centralisées pour leur préparation. Elles ne sont jamais vraiment regroupées ou encadrées. Leur développement est remis dans les mains de leurs équipes respectives », explique Mme Leclaire.
Tournois lucratifs
« C’est choquant. Dans les pays des grandes puissances de hockey comme la Suède ou la Finlande, il n’y a juste pas de financement et d’encadrement », poursuit-elle
Sur le plan financier, on remarque une tendance lourde. Plusieurs tournois internationaux sont présentés en Amérique du Nord depuis quelques années. Comme le Championnat du monde du hockey junior par exemple.
Ce sont des événements très lucratifs pour Hockey Canada ou Hockey USA qui investissent les recettes de ces événements dans leurs programmes.
Pendant ce temps, les autres pays, qui n’ont pas leur juste part du gâteau, tournent en rond. C’est la triste réalité.
Une ligue professionnelle ?
Plusieurs joueuses souhaitent la création d’une ligue professionnelle afin d’amener le hockey féminin à un autre niveau.
Plus facile à dire qu’à faire.
Plusieurs circuits se sont cassé les dents dans les dernières années. Cependant, les joueuses croient encore que c’est la solution.
« Peu importe nos couleurs, il faut s’unir pour l’avenir du hockey féminin et la création d’une ligue professionnelle, a souligné Brianne Jenner. On serait en mesure de démontrer toutes nos habiletés et notre talent. »
« Les filles méritent le privilège de jouer dans une ligue professionnelle, a ajouté l’entraîneur-chef canadien, Troy Ryan. Si quelqu’un est assez brillant pour percer le marché et obtenir du soutien financier, commercial ou privé, c’est une excellente idée. Il y a des marchés viables pour le hockey féminin à travers l’Amérique du Nord. »
Domination du Canada
› Fiche : 7-0
› Buts marqués : 57 (un record dans un tournoi olympique)
› Buts alloués : 10
Des marques individuelles
› Brianne Jenner : 9 buts. Elle a égalé le record pour le plus grand nombre de buts dans un tournoi olympique féminin.
› Sarah Nurse : elle a établi des records pour le nombre de points (18) et le nombre de mentions d’assistance (13) dans un tournoi olympique féminin.
› Marie-Philip Poulin : La dame des grandes occasions est la première joueuse à inscrire un but dans un match pour la médaille d’or pour la quatrième fois. Elle a obtenu le but gagnant à trois occasions.