«Surveille bien tes arrières» : 10 présentatrices météos québécoises harcelées et menacées depuis plusieurs années
Félix Séguin et Maude Boutet
Depuis plusieurs années, une dizaine de présentatrices météo québécoises sont victimes de menaces de mort et d'harcèlement. Chacune d'elles a reçu au moins une lettre, potentiellement du même individu et la police tente toujours d'identifier la personne qui se cache derrière les menaces.
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«Tu joues avec le feu, conasse, je vais te régler ton compte dans pas grand temps, esti de pute.» Tels étaient les premiers mots d’une lettre reçue par la présentatrice Émilie Brassard en 2025.
Ce n’était pas la première fois que celle qu’on peut voir régulièrement à TVA et LCN recevait du courrier menaçant.

En 2018, des lettres similaires lui avaient aussi été adressées. À la suggestion de son employeur, elle a alors déposé une plainte au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).
Au moins neuf autres présentatrices sont aussi dans la mire du harceleur. Leurs témoignages seront diffusés à l’émission J.E. ce soir à 19h30 sur les ondes de TVA.
«C’était violent»
Suzanne Gariépy, de Radio-Canada, se rappelle très bien le moment où elle en a été victime. «Tu n’as jamais pensé, espèce de connasse, que le monde en a marre de te voir avec ta face de suceuse de bites?» peut-on lire sur le courrier haineux qu’elle a reçu.
«C’était violent», se remémore-t-elle.
Au moins cinq femmes se sont adressées à la police entre 2018 et 2025. Plusieurs déplorent pourtant avoir été informées par les enquêteurs que leur cas était unique et qu’il n’y avait pas d’autre victime.
«Dès la première lettre, je suis allée à la police. Après, je n’ai jamais eu de suivi», se souvient aussi la journaliste Christine Manzo.
«Moi, c’est une grande surprise parce qu’en arrivant dans ce poste-là, jamais je n’aurais pensé recevoir ce genre de lettres dégradantes», s’étonne Marie Andrée Leblond. «Il m’a écrit que je suis une greluche, une pétasse, que je ressemble aussi à Jar Jar Binks, de Star Wars. Il m’a même imprimé une photo pour me dire que ça, c’est toi, pétasse.» Comme les autres femmes interviewées dans ce reportage, elle s’inquiète de la lenteur de l’enquête policière et se demande si le suspect pourrait passer de la parole aux actes.
Ce n’est qu’après que notre Bureau d’enquête a commencé à poser des questions au SPVM que les présentatrices météo ont été rappelées, toutes le même jour, à la mi-janvier.

«Tu es habillée comment?»
Émilie Brassard déplore aussi le traitement qui lui a été réservé au SPVM. Elle affirme que le policier qui l’a reçue l’a questionnée sur sa tenue vestimentaire.
«Je lui ai dit que je travaillais à la télévision, que je faisais la météo. Puis, on me dit: “Tu es habillée comment quand tu la fais?”» se rappelle-t-elle.
Ce comportement «est contraire aux valeurs de respect et de professionnalisme attendues de l’ensemble du personnel», reconnaît le SPVM dans une réponse envoyée par courriel.
La police enquête toujours
Plusieurs plaignantes se demandent maintenant pourquoi la police n’a pas encore procédé à une arrestation.
«De multiples techniques d’enquête ont été déployées, mais n’ont pas permis à ce jour d’identifier formellement un suspect», répond le SPVM, qui dit être toujours à la recherche d’indices.
«On est écœurées! lance la journaliste culturelle Christine Manzo. On veut que ça cesse. Ça suffit. Je ne comprends pas pourquoi on n’est pas prises au sérieux, c’est le bout le plus insultant.»

Soutenues par leurs employeurs
Chose certaine, les présentatrices météo ont toutes le soutien de leurs employeurs respectifs. «On souhaite de tout cœur que la police mène son enquête et puisse arriver à une conclusion et qu’on puisse mettre fin à ça», a déclaré Louis-Philippe Neveu, vice-président de l’information, des opérations et des sports du Groupe TVA. Il souligne que ce genre de menaces est «inacceptable».

«Je trouve assez incroyable qu’en 2025, des femmes qui sont à l’antenne, que ce soit du service public ou de tout autre média privé, fassent encore l’objet de harcèlement», a pour sa part soutenu la directrice générale de l’information de Radio-Canada, Luce Julien, interviewée quelques jours avant de prendre sa retraite.
