«Tu joues avec le feu, conasse, je vais te régler ton compte dans pas grand temps, esti de pute»: 10 miss météo victimes de menaces

Félix Séguin et Maude Boutet

2026-01-29T05:00:00Z
2026-01-29T14:52:01Z

10 présentatrices météo parmi les plus connues du Québec sont victimes de harcèlement et de menaces de mort depuis sept ans. Elles reçoivent des lettres qui semblent provenir du même individu, que la police n’a pas encore été capable d’arrêter.

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«Tu joues avec le feu, conasse, je vais te régler ton compte dans pas grand temps, esti de pute.» Tels étaient les premiers mots d’une lettre reçue par la présentatrice Émilie Brassard en 2025.

Ce n’était pas la première fois que celle qu’on peut voir régulièrement à TVA et LCN recevait du courrier menaçant.

Emilie Brassard
Emilie Brassard Photo Martin Chevalier

En 2018, des lettres similaires lui avaient aussi été adressées. À la suggestion de son employeur, elle a alors déposé une plainte au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

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Au moins neuf autres présentatrices sont aussi dans la mire du harceleur. Leurs témoignages seront diffusés à l’émission J.E. ce soir à 19h30 sur les ondes de TVA.

«C’était violent»

Suzanne Gariépy, de Radio-Canada, se rappelle très bien le moment où elle en a été victime. «Tu n’as jamais pensé, espèce de connasse, que le monde en a marre de te voir avec ta face de suceuse de bites?» peut-on lire sur le courrier haineux qu’elle a reçu.

«C’était violent», se remémore-t-elle.

Au moins cinq femmes se sont adressées à la police entre 2018 et 2025. Plusieurs déplorent pourtant avoir été informées par les enquêteurs que leur cas était unique et qu’il n’y avait pas d’autre victime.

«Dès la première lettre, je suis allée à la police. Après, je n’ai jamais eu de suivi», se souvient aussi la journaliste Christine Manzo.

Ce n’est qu’après que notre Bureau d’enquête a commencé à poser des questions au SPVM que les présentatrices météo ont été rappelées, toutes le même jour, à la mi-janvier.

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«Tu es habillée comment?»

Émilie Brassard déplore aussi le traitement qui lui a été réservé au SPVM. Elle affirme que le policier qui l’a reçue l’a questionnée sur sa tenue vestimentaire.

«Je lui ai dit que je travaillais à la télévision, que je faisais la météo. Puis, on me dit: “Tu es habillée comment quand tu la fais?”» se rappelle-t-elle.

Ce comportement «est contraire aux valeurs de respect et de professionnalisme attendues de l’ensemble du personnel», reconnaît le SPVM dans une réponse envoyée par courriel.

La police enquête toujours

Plusieurs plaignantes se demandent maintenant pourquoi la police n’a pas encore procédé à une arrestation.

«De multiples techniques d’enquête ont été déployées, mais n’ont pas permis à ce jour d’identifier formellement un suspect», répond le SPVM, qui dit être toujours à la recherche d’indices.

«On est écœurées! lance la journaliste culturelle Christine Manzo. On veut que ça cesse. Ça suffit. Je ne comprends pas pourquoi on n’est pas prises au sérieux, c’est le bout le plus insultant.»

Christine Manzo
Christine Manzo Photo Martin Chevalier

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Soutenues par leurs employeurs

Chose certaine, les présentatrices météo ont toutes le soutien de leurs employeurs respectifs. «On souhaite de tout cœur que la police mène son enquête et puisse arriver à une conclusion et qu’on puisse mettre fin à ça», a déclaré Louis-Philippe Neveu, vice-président de l’information, des opérations et des sports du Groupe TVA. Il souligne que ce genre de menaces est «inacceptable».

Louis-Philippe Neveu
Louis-Philippe Neveu Bruno Petrozza / TVA Publication

«Je trouve assez incroyable qu’en 2025, des femmes qui sont à l’antenne, que ce soit du service public ou de tout autre média privé, fassent encore l’objet de harcèlement», a pour sa part soutenu la directrice générale de l’information de Radio-Canada, Luce Julien, interviewée quelques jours avant de prendre sa retraite.

Luce Julien
Luce Julien PHOTO DE MATHIEU CATAFARD FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Un seul auteur «dangereux»

Nous avons fait analyser les lettres par un psychiatre légal et une experte certifiée en écriture et documents qui ont témoigné à plusieurs reprises devant les tribunaux. Les deux croient que son auteur est un homme.

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«L’hypothèse qu’on pourrait faire, c’est quelqu’un qui va idéaliser ces personnes-là, qui pourrait rêver d’être en relation avec elles. C’est une espèce de rêve», croit le psychiatre Gilles Chamberland.

«Il faut le retrouver. Il est déjà dangereux», ajoute-t-il.

L’experte Graziella Pettinati s’est penchée sur l’écriture manuscrite qui figure sur les enveloppes. Une des 26 lettres de l’alphabet, toujours écrite d’une façon très particulière, lui fait penser que les envois proviennent tous de la même personne.

«Ce qui m’a sauté aux yeux, c’est la majuscule M. J’ai vu des milliers et des milliers de spécimens d’écriture. J’ai rarement vu des M faits comme ça», explique-t-elle.

Capture d'écran
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