Un dur lendemain de déconfinement à Québec

Des élus et des citoyens dénoncent les débordements au parc Victoria vendredi soir

Photo portrait de Jérémy Bernier

Jérémy Bernier

2021-05-30T02:34:26Z
2021-05-30T03:22:27Z

Les débordements survenus au parc Victoria, envahi par des milliers de fêtards venus célébrer la fin du couvre-feu vendredi soir à Québec, sont intolérables dénoncent des citoyens et élus qui demandent que la Ville serre la vis.

Sur le coup de 21 h 30, les milliers de personnes rassemblées ont festoyé la fin du couvre-feu avec des feux d’artifice, de la musique et de l’alcool en grande quantité.

Mais quelques minutes plus tard, la fête a rapidement pris une tournure dramatique quand un homme a été poignardé et qu’une femme a reçu une bouteille en vitre sur la tête. Les policiers ont alors débarqué en trombe, sirènes et gyrophares allumés, pour disperser la foule dense. Les victimes ont été transportées à l’hôpital, mais leur vie n’est pas menacée. Aucun suspect n’a été arrêté pour le moment.

Au parc Victoria à Québec, vendredi soir.
Au parc Victoria à Québec, vendredi soir. Photo courtoisie

« Le bruit, les gens collés, les déchets... Ça n’a pas de bon sens ! Ça avait l’air d’un champ de bataille », peste Gaston Moffet, qui habite juste devant le parc.

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« La déchéance »

Depuis plusieurs jours, dès qu’il fait beau, ils sont souvent des centaines à se rassembler à cet endroit, et ce, même si les rassemblements extérieurs étaient interdits.

Les policiers du SPVQ n’ont eu d’autres choix que d’intervenir vendredi soir, au parc Victoria, pour disperser la foule nombreuse.
Les policiers du SPVQ n’ont eu d’autres choix que d’intervenir vendredi soir, au parc Victoria, pour disperser la foule nombreuse. Photo courtoisie

Mais vendredi, avec la levée du couvre-feu et le début du déconfinement, « c’était pire que pire », laisse entendre Johanne Jobin, une résidente du quartier. « C’est sûr qu’on s’attendait à ce qu’il y ait des débordements », ajoute-t-elle.

« C’était vraiment la déchéance », indique une autre voisine qui a voulu taire son nom.

Le Service de police de la Ville de Québec (SPVQ) a arrêté deux personnes lors de son intervention. L’une pour avoir causé du désordre sur la voie publique, alors qu’elle n’offrait aucune collaboration, et l’autre pour avoir endommagé le pare-brise d’une autopatrouille.

Serrer la vis

Par ailleurs, six constats d’infraction ont été remis en vertu de divers règlements municipaux. Mais c’est trop peu, trop tard pour le conseiller municipal Pierre-Luc Lachance.

« Ça fait plusieurs semaines que je dis à l’administration Labeaume qu’il y a des risques qu’on l’échappe », affirme le représentant de Saint-Roch–Saint-Sauveur, contacté par Le Journal.

Il demande que la cellule de crise prenne la décision de stopper la consommation d’alcool à 21 h dans les parcs et de mieux encadrer la logistique du parc Victoria. Selon lui, les policiers sont complètement dépassés par l’ampleur de la situation à cet endroit.

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« Encore une fois, une gang d’hurluberlus vont faire payer la société à cause de leur manque de civisme, et ça, ça me dégoûte au plus haut point. Il faut malheureusement serrer la vis », déplore M. Lachance.

Sous surveillance

Le parc a de nouveau été le théâtre de rassemblements, samedi soir, mais beaucoup moins importants que la veille.
Le parc a de nouveau été le théâtre de rassemblements, samedi soir, mais beaucoup moins importants que la veille. Photo Agence QMI, Guy Martel

De nombreuses personnes ont également profité du beau temps samedi soir pour investir le parc Victoria.

Même s’ils étaient moins nombreux et plus disciplinés que la veille, leur présence sur les lieux n’est pas passée inaperçue aux yeux des policiers. Ces derniers étaient bien présents sur le terrain pour éviter les débordements. 

Plus de crimes et d’accidents à prévoir  

La levée du couvre-feu pourrait mener à une hausse de débordements comme ceux survenus à Québec et Montréal vendredi, et, ultimement, à une augmentation des crimes et des accidents à court terme, affirme un expert.

« Ce qui s’est passé était un peu prévisible. Les instances policières avaient prévu qu’il y aurait une certaine folie : ça fait plus d’un an que les gens sont privés de liberté », explique l’ex-enquêteur de la Sûreté du Québec (SQ), Paul Laplante.

« Ça ne prend pas grand-chose pour que ça dégénère, surtout quand on sait qu’une foule standard possède à peu près cinq à six ans d’intelligence », ajoute-t-il. 

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Période transitoire

Pour le reste, c’est mathématique, explique-t-il. Plus il y a de gens qui se regroupent et qui consomment, plus les risques d’incidents sont élevés.  

Et comme il fait beau et que les gens se sentent libérés, on peut s’attendre à une plus grande consommation d’alcool ou de drogue à court terme. Ce qui pourrait également causer plus d’accidents sur les routes. 

« Mais l’excitation va se résorber, ce n’est qu’une période transitoire », indique M. Laplante, même s’il convient que le nombre d’incidents risque d’augmenter pour atteindre un niveau « préconfinement ».

Plus de vigilance 

D’ici là, les forces policières tenteront d’éviter de perdre le contrôle, d’après l’ex-enquêteur du Service de police de la Ville de Québec (SPVQ), Roger Ferland.  

La tolérance de vendredi à Montréal et à Québec risque de s’effacer peu à peu, croit-il, alors que les effectifs policiers seront plus nombreux, avec le beau temps qui s’installe. 

« On a fait confiance aux gens, mais le gros bon sens n’a pas nécessairement été là dans les premières minutes. C’est clair [...] une certaine remise en place de contrôle devra être faite. On va demander aux gens de remettre leur cerveau en place », a lancé M. Ferland sur les ondes de LCN.

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