Un immeuble au cœur d’une polémique anti-Airbnb à Montréal est finalement mis en vente

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Axel Tardieu

2024-11-16T00:00:00Z

À Montréal, un immeuble tout neuf qui se trouvait au centre de tensions en lien avec la location d’appartements sur Airbnb a été mis en vente cet été. Si les militants crient victoire, les locataires, eux, sont inquiets.

«Qu’est-ce qu’ils vont faire de nous?», se demande Jessica N’na qui a emménagé en juillet. Elle ne savait pas que son immeuble, situé au coin des rues Chambly et Ontario, était en vente pour 10 490 000 $ depuis août, selon l’annonce de l’agence immobilière PMML.

L'édifice, au cœur de Hochelaga-Maisonneuve, avait été reconstruit à neuf en 2023 pour y faire, en partie, de la location à court terme sur Airbnb «au cas où il y aurait une possibilité future de zonage avec la ville», dit l’annonce.

L’immeuble est situé au coin des rues Chambly et Ontario, à Montréal le mardi 12 novembre 2024. PHOTO AXEL TARDIEU AGENCE QMI
L’immeuble est situé au coin des rues Chambly et Ontario, à Montréal le mardi 12 novembre 2024. PHOTO AXEL TARDIEU AGENCE QMI Photo Agence QMI Axel Tardieu

Cette mise en vente est une victoire pour Annie Lapalme, du comité Entraide-Logement Hochelaga-Maisonneuve, qui est membre du collectif «À nous le 3650».

«Sans la mobilisation, sans la couverture médiatique, des [permis] Airbnb auraient été accordés dans tous les logements de l’immeuble. C’est clairement pour nous une victoire citoyenne, une victoire de mobilisation», dit-elle.

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Avant d’emménager, Emanuel Drutu, un locataire qui a signé un bail d’un an cet été, ne savait pas que l’immeuble était controversé. L’édifice a été victime d’actes répétés de vandalisme de la part de militants anti-Airbnb qui ont écrit des insultes sur les vitres et peinturé la façade extérieure en février et juillet.

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Mauvaise gestion

Les propriétaires, Propriétés Strawberry, abandonnent donc ce projet en vendant l’immeuble.

Rencontrés par 24 heures, quatre locataires ne savaient pas que leur immeuble était en vente depuis trois mois.

Emanuel Drutu est sous le choc. Son appartement manque de rangement pour la vaisselle et ses vêtements. Le signe, selon lui, que les logements étaient conçus initialement pour des locations à court terme.

Emanuel Drutu a signé un bail d’un an dans cet immeuble en juillet le mercredi 13 novembre 2024. PHOTO AXEL TARDIEU AGENCE QMI
Emanuel Drutu a signé un bail d’un an dans cet immeuble en juillet le mercredi 13 novembre 2024. PHOTO AXEL TARDIEU AGENCE QMI Photo Agence QMI Axel Tardieu

Un trois et demi pour 1315$ par mois, «c’est très cher, mais c’est très difficile de trouver un logement», dit-il.

Après quatre mois ici, il trouve que la gestion de l’immeuble laisse à désirer. «On a changé trois fois de gestionnaire. Il y a un problème de gestion, de communication, de savoir vivre et de bon sens.»

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Des millions de dettes

Pourquoi cet immeuble de 26 logements a-t-il été mis en vente? Propriétés Strawberry n'a pas donné suite à nos nombreuses sollicitations.

Les propriétaires font face des difficultés financières. Selon le Registre foncier, ils doivent 1,6 million $ à des entreprises pour les travaux et plus de 340 000$ à la Ville de Montréal pour des permis.

Une procédure judiciaire de recouvrement est en cours. La vente de l’immeuble permettra de rembourser ces sommes.

Les travaux dans le local commercial du rez-de-chaussée sont en pause depuis des mois le lundi 11 novembre 2024. PHOTO AXEL TARDIEU AGENCE QMI
Les travaux dans le local commercial du rez-de-chaussée sont en pause depuis des mois le lundi 11 novembre 2024. PHOTO AXEL TARDIEU AGENCE QMI Photo Agence QMI Axel Tardieu

Avenir incertain

En attendant, l’avenir des locataires actuels du 3650, rue Ontario Est dépendra du prochain propriétaire.

Annie Lapalme, elle, voudrait que l'immeuble soit «exploité par une organisation sans but lucratif, la Ville ou un OSBL, pour répondre aux besoins des locataires dans le quartier et non pas pour faire des profits».

Selon l’Office municipal d'habitation de Montréal, 536 ménages à Mercier–Hochelaga-Maisonneuve sont sur liste d’attente pour un logement HLM. C’est l’un des territoires où la demande est la plus forte.

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