Vito Luprano: 23 ans au cœur de la machine Céline Dion

«It’s All Coming Back To Me», de Vito Luprano est disponible, en version française et anglaise, sur amazon.ca.

Samuel Pradier

2026-01-15T10:05:00Z

Vito Luprano a vécu dans l’ombre de Céline Dion et René Angélil pendant plus de 23 ans. Il était leur interlocuteur chez Sony Music Canada, en tant que producteur exécutif de ses albums. Il fait paraître le livre It’s All Coming Back To Me, dans lequel il raconte toutes ces années aux côtés de la star, une véritable plongée au cœur de la machine Céline Dion.

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Vito, pourquoi avez-vous décidé d’écrire ce livre, 10 ans après le décès de René Angélil?

Après notre séparation, je suis tombé dans une dépression. J'ai travaillé avec Céline durant 23 ans, j’ai produit 21 albums pour elle. Et là, j'avais perdu ce que j'aimais le plus. En même temps, je me suis divorcé, parce que, en restant plus souvent à la maison, j'ai commencé à voir des affaires que je n'aimais pas. Ça m'a pris au moins cinq ans pour m'en sortir. J’ai écrit ce livre pour me sauver. J’ai commencé à l’écrire durant la pandémie, et je pense qu’il fallait que je fasse sortir la frustration qui était en moi. Je n’ai jamais eu aucun reproche, je n’ai pas compris pourquoi René m’a écarté. Écrire ce livre m’a aidé à me guérir.

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Vous souvenez-vous de vos impressions la première fois où vous avez entendu Céline Dion chanter?

J’ai toujours trouvé qu'elle chantait un peu du nez au début, mais je savais qu'elle avait quelque chose. René m'a invité à un spectacle privé où Céline a chanté des reprises en anglais et j’ai constaté qu’elle avait une oreille incroyable, parce qu’elle ne parlait pas la langue à l’époque. Je savais comment on allait pouvoir faire un disque avec elle. Pour tous les disques qu’on a faits ensemble, les pistes musicales étaient presque finies lorsqu’elle venait poser sa voix. Il fallait que ce soit presque final.

Vous expliquez dans le livre qu’à la première écoute, vous savez reconnaître une chanson qui va être un succès. Quel est le secret?

Je ne sais pas, c'est peut-être un don. La première chose que j'écoute, c'est la mélodie, pas les textes. Si la mélodie me prend, ça marche. Parfois, les textes ne sont pas vraiment top, mais si la mélodie fonctionne, ça peut marcher. Et si la mélodie et les textes sont bons, c’est encore mieux. Ça paraît simple, mais c’est ça. La première fois que j'ai entendu Pour que tu m'aimes encore, je me suis levé d’un bond, j’ai regardé Céline, René et Jean-Jacques Goldman, et je leur ai dit: «Je m'en fiche du reste des chansons, je suis sûr que ça va être bon, mais avec cette chanson-là, c'est un succès assuré.» Je leur ai dit qu'on avait un hit.

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Au centre de votre livre, vous détaillez surtout votre relation avec René Angélil, qui n’était peut-être pas exactement l’homme que le public a imaginé. Quel était le moteur de René?

Lui, il a toujours voulu être un artiste. Même comme gérant, il a essayé d'avoir un peu de lumière sur lui. Moi, je n'ai jamais voulu, j'étais toujours à côté, dans l’ombre. Il avait aussi tendance à reprendre à son compte des idées ou des choses que je lui disais en coulisses, comme je le raconte dans le livre. J'ai rapidement compris son ego. De mon côté, ma job était de leur donner les meilleures chansons au monde pour que Céline devienne ce qu'elle est devenue. Sans chanson, tu peux faire n'importe quoi. Si tu n'as pas de hit, ça ne mène à rien. Il prenait beaucoup de mes idées. René aimait avoir le crédit pour tous les bons coups, même si c’était moi qui avais œuvré en arrière pour que ça arrive.

Vous expliquez qu’il avait été très meurtri par l’attitude de Ginette Reno lorsqu’elle l’a laissé pour confier sa gérance à son nouveau conjoint.

Je pense que c’est la raison pour laquelle tout devait passer par lui. Je parlais à Céline, mais jamais de business. Je savais de quoi je n’avais pas le droit de discuter avec elle parce que René ne voulait pas.

Est-ce que Céline aurait pu avoir la même carrière sans René?

Non, parce que René a poussé très fort et a réussi à lui ouvrir des portes. Il m’a, par exemple, convaincu de construire une équipe autour de Céline chez Sony. Mais je l’ai aussi beaucoup aidé, parce que j’étais sur la clôture, avec un pied côté Céline et un autre côté Sony. Quand il a fait un gros deal avec la maison de disques, c’est moi qui lui ai conseillé de demander 10 millions par disque pour six albums. Et j’ai ensuite appelé mon collègue chez Sony à New York pour lui dire d’accepter. Sans moi, il aurait pu aller à New York, mais ils ne l’auraient pas signé. Je pense avoir autant aidé René et Céline que Sony, qui a fait beaucoup d’argent avec elle.

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Photo Pierre-Paul Poulin
Photo Pierre-Paul Poulin

Elle n'aurait pas pu avoir cette carrière sans René, mais sans vous non plus?

Non plus. Je le décris assez clairement dans le livre. Céline, je l'ai comprise dès le début, et René le savait. C’est aussi pour ça que je suis resté avec elle durant 23 ans. Ça aurait pu marcher pour elle sans moi, mais pas de la même façon. Sony New York se fichait complètement des Québécois à Montréal.

Vous expliquez que René a véritablement cassé la machine à succès qui était en place autour de Céline avant de mourir. Savez-vous pourquoi?

Oui, il a volontairement tout cassé. Je pense qu'il voulait que Céline pense toujours à lui. René m'avait déjà promis que je prendrais sa place une fois qu'il n'en serait plus capable, mais il a tout changé quand il est tombé malade. Il a aussi réalisé que Céline savait que c'était moi qui faisais les disques. J'imagine que René lui a parlé pour la convaincre de ne pas m'appeler.

Vous décrivez d’ailleurs un homme totalement différent quand il jouait au casino. Était-ce une autre personne?

Complètement; il devenait agressif et méchant. Il s’est déjà fâché contre moi parce que je suis allé le saluer alors qu’il était en train de jouer.

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Selon vous, est-ce que la carrière de Céline est terminée?

Elle a encore deux managers, un jeune gars et une femme qui a déjà travaillé avec les Rolling Stones, et il se passe des choses. Mais je pense surtout qu’elle a besoin de faire un nouveau hit. Elle a sorti cinq albums depuis qu’on ne travaille plus ensemble, et elle n’a pas eu un seul gros succès. Si elle m’appelle, j’ai un dernier album pour elle. Je l’ai dans ma tête. J’ai son prochain hit si elle le veut.

Finalement, votre parcours est plutôt exemplaire pour un «petit immigrant italien», comme vous vous décrivez au début du livre, non?

J'ai trouvé ma route. Quand on est arrivés à Montréal, on était une famille de six enfants et deux parents. On avait seulement 2000 dollars en poche. Je n'ai pas eu la chance de finir l'école parce qu’il fallait aller travailler pour aider la famille. C'est ce que j'ai fait. Je pense que je sais comment vendre mes idées. Je pense aussi avoir une lumière de gentillesse autour de moi qui attire les bonnes personnes.

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