Attentat du Métropolis : voici le rapport que la SQ a tenté de cacher


Michael Nguyen
Près de 10 ans après l’attentat mortel du Métropolis et de multiples tentatives de la Sûreté du Québec pour cacher un rapport sur le travail des policiers ce soir-là, un juge a finalement ordonné qu’il soit rendu public dans son intégralité.
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« Des améliorations devraient être apportées aux procédures encadrant la sécurisation des sites lors d’événements d’envergure », peut-on lire dans le rapport.
Un peu plus loin, il est indiqué que « la façon de procéder [...] ne semble pas optimale ». Juste après, on peut lire que la communication était déficiente entre les différents services de la police provinciale, et que « des changements devraient être apportés ».
Ces constats avaient été réalisés quelques mois après l’attentat de la soirée électorale du 4 septembre 2012, quand Richard Henry Bain avait tué un technicien de scène et blessé un autre en voulant s’en prendre à la première ministre élue Pauline Marois.
Or, la Sûreté du Québec a tout fait pour le cacher.
- Voici le rapport de la SQ :
Tout pour le cacher
Il a fallu l’intervention de Me Virginie Dufresne-Lemire, dans le cadre d’une poursuite civile de 600 000 $ contre la police par des techniciens traumatisés par l’événement, pour qu’il devienne public. Ceux-ci accusent tant la SQ que la police de Montréal d’avoir mal fait leur travail, ce qui a permis à Bain de commettre son attentat.
La tâche de l’avocate n’a toutefois pas été facile, car au départ, la SQ a nié son existence d’un tel rapport, selon elle.
Confrontée à la réalité, la police provinciale a ensuite prétendu qu’elle ignorait qui l’avait écrit, puisqu’il n’était pas signé.
Acculé au pied du mur, l’avocat représentant la SQ, Me Julien Bernard, s’est démené comme un diable dans l’eau bénite pour que ce rapport ne soit pas déposé en preuve, afin qu’il ne soit pas public.
Toutes ces tentatives ont finalement échoué, puisqu’il a été déposé en preuve ce jeudi, à la suite d’une décision du juge Philippe Bélanger.
Conclusions dictées
Tel qu’il a été révélé lors du procès, les conclusions de ce fameux rapport avaient été dictées à l’avance au directeur de la direction de la protection des personnes et des infrastructures. Et ce dernier, Denis Rioux, a avoué qu’il n’avait aucune expertise dans le domaine.
« Je me suis appuyé sur l’expertise de l’auteur du rapport, je ne me souviens pas avoir questionné le contenu », avait reconnu M. Rioux, depuis retraité.
L’on a ensuite appris que cet expert, Louis Bergeron, qui était à l’époque capitaine responsable de la division de la protection des personnalités, n’avait mené aucune entrevue formelle pour sa rédaction.
« J’avais en tête les informations dont j’avais besoin », avait-t-il dit en expliquant s’être basé sur des conversations informelles qu’il avait eues avec des policiers quatre mois plus tôt.
La preuve au procès devrait être close la semaine prochaine. Quant aux plaidoiries, elles devraient se tenir à la fin du mois.