Votre épicerie contient beaucoup trop d’aliments ultratransformés mauvais pour la santé

Ils sont associés à l’obésité, au diabète, à l’hypertension et même au cancer du côlon

Photo portrait de Hugo Duchaine

Hugo Duchaine

2026-01-10T05:00:00Z

Les aliments ultratransformés comptent pour environ 43% de l’alimentation des Québécois, un pourcentage très élevé qui peut causer des problèmes de santé comme le diabète, le cholestérol, les AVC et le cancer du côlon.

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«C’est énorme», lance le Dr Josep Iglesies-Grau, cardiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal.

Riches en sel, en sucre et en gras, ces aliments comme les biscuits, les croustilles, les boissons sucrées, mais aussi le pain et certains fromages industriels sont associés à l’obésité et à plusieurs maladies chroniques.

«Ils sont abondants, offerts au rabais et fortement publicisés. La vague est contre nous», plaide le chercheur et professeur en nutrition à l’Université de Montréal Jean-Claude Moubarac, qui a signé une étude estimant que la malbouffe était responsable de près de 40% des maladies cardiovasculaires au pays.

Problème de société

«C’est un problème de société et c’est au gouvernement de mettre des mesures en place pour aider les citoyens à faire de meilleurs choix», fait valoir M. Moubarac, qui ne croit pas que le blâme repose seulement sur les consommateurs.

Le Dr Jean-Claude Moubarac, entouré d’aliments ultratransformés.
Le Dr Jean-Claude Moubarac, entouré d’aliments ultratransformés. Ben Pelosse / JdeM

Il est toutefois facile de les reconnaître, expliquent les chercheurs. Les aliments ultratransformés vont contenir des additifs, des colorants et des ingrédients au nom complexe qui ne se retrouvent pas dans un garde-manger.

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«Il faut regarder l’étiquette, ajoute le Dr Iglesies-Grau. Si ça dit “ailes de poulet” et quelques épices, ce n’est pas ultratransformé. Mais s’il y a 10 noms bizarres et chimiques, oui. Ce n’est pas l’aile de poulet le problème, mais ce qui l’accompagne», explique-t-il.

Par exemple, du fromage devrait contenir du lait, mais plusieurs produits sont plutôt composés de «substances laitières modifiées».

Transformés ou non?

Le fromage, le pain et même plusieurs plats en conserve sont des aliments transformés, c’est-à-dire des aliments qu’une personne serait en mesure de cuisiner chez elle à la maison.

«Mais ce n’est pas vrai qu’on va cuisiner trois fois par jour, tout le temps, dit M. Moubarac. Il faut s’assurer que les plats prêts à manger ne soient pas ultratransformés, de revenir à des façons de faire plus traditionnelles.»

Dès janvier, un symbole de loupe, qui a déjà commencé à apparaître en épicerie, sera obligatoire sur les aliments trop riches en sel, en sucre ou en gras (voir autre texte).

Jean-Claude Moubarac appelle à aller encore plus loin. «Il faut tenir compte de la transformation alimentaire dans les politiques d’étiquetage», plaide-t-il.

Le Dr Josep Iglesies-Grau, cardiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal.
Le Dr Josep Iglesies-Grau, cardiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal. PHOTO FOURNIE PAR DR IGLESIES-GRAU

Le Dr Josep Iglesies-Grau souligne que la recherche sur ces aliments est encore jeune en 2025. Déjà, de premiers travaux du Centre ÉPIC de l’Institut de cardiologie de Montréal ont montré que réduire la consommation permettait aussi de réduire le tour de taille et de renverser le prédiabète.

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La prochaine étape sera de mesurer l’impact d’une meilleure alimentation sur des patients cardiaques.

Plus de la moitié des aliments ont trop de sel, de sucre ou de gras saturés

Jusqu’à 60% des aliments vendus à l’épicerie sont trop riches en sel, en sucre ou en gras saturés, révèle une étude menée par des chercheuses de Québec.

L’étude publiée l'an dernier dans la revue Public Health Nutrition a évalué les composantes nutritionnelles de plus de 5000 produits dans 15 catégories d’aliments. Les conclusions de l’Observatoire de la qualité de l’offre alimentaire de l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF) de l’Université Laval montrent que 60% des aliments contiennent des quantités élevées de sel, de sucre ou de gras saturés.

Parfois, jusqu’à deux de ces ingrédients sont trop riches dans le même produit. C’est le sodium (sel) qui revient en trop grande quantité le plus souvent.

Sonia Pomerleau est nutritionniste et chercheuse à l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels de l’Université Laval.
Sonia Pomerleau est nutritionniste et chercheuse à l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels de l’Université Laval. PHOTO FOURNIE PAR SONIA POMERLEA

La nutritionniste et chercheuse Sonia Pomerleau souligne que dans une même catégorie d’aliments, comme dans les barres de granola par exemple, les écarts étaient énormes sur les quantités de sucre ou de gras saturés, malgré «l’aura santé» de ces collations.

Voir plus clair

Depuis le 1er janvier, les fabricants alimentaires sont obligés d’afficher un avertissement de Santé Canada si leur produit compte une teneur élevée en sel, en sucre ou en gras saturés.

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Le symbole a déjà commencé à faire son apparition sur les tablettes du Québec cet automne. Selon Sonia Pomerleau, la loupe de Santé Canada «va aider le consommateur à voir plus clair à travers ça».

Depuis le 1er janvier, les fabricants alimentaires sont obligés d’afficher un avertissement de Santé Canada si leur produit compte une teneur élevée en sel, en sucre ou en gras saturés.
Depuis le 1er janvier, les fabricants alimentaires sont obligés d’afficher un avertissement de Santé Canada si leur produit compte une teneur élevée en sel, en sucre ou en gras saturés. PHOTO FOURNIE PAR SANTÉ CANADA

Plusieurs produits gagneront à réduire les ingrédients plus nocifs. Par exemple, environ 95% des soupes contenaient trop de sel, dit-elle.

Elle estime que la nouvelle loupe de Santé Canada est un bon outil contre le marketing affiché sur les emballages.

«La loupe ne permet pas de camoufler que le sodium est trop élevé [...] Ou si c’est trop sucré, c’est trop sucré, ça ne change pas si on ajoute des fibres ou des vitamines», poursuit-elle.

Rester vigilants

Néanmoins, il faudra rester vigilant, plaide Mme Pomerleau. Elle craint que des édulcorants, qui sont mauvais pour la santé, ne remplacent le sucre.

Il est aussi possible que les grands fabricants de gâteaux et biscuits ne changent pas les recettes et assument leur aspect gâterie.

C’est pourquoi elle souhaite que les consommateurs surveillent surtout l’avertissement pour les produits qui sont consommés quotidiennement, pour améliorer plus efficacement leur santé.

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