Assiste-t-on au retour du «business casual» dans les partys?

Juliette de Lamberterie

2025-12-28T15:55:00Z

Le règne du business casual, qu'on aime qualifier d'esthétique de la récession, est-il de retour? On se questionne.

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Cette interrogation m'est revenue à l'esprit en regardant les looks des vedettes du dernier Gala Québec Cinéma. Les costumes, les chemises et les teintes sobres de bureau semblaient constituer la vibe mode générale de la soirée. 

Les faits

Il y avait d'abord le costume de Christine Beaulieu. Puis, la robe chemise de Laurence Leboeuf. 

Photo Agence QMI, JOEL LEMAY
Photo Agence QMI, JOEL LEMAY

Il y avait aussi le blazer d'Aurélia Arandi-Longpré et le costume de Marie-Evelyne Lessard. 

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Photo Agence QMI / Joël Lemay
Photo Agence QMI / Joël Lemay

Allons regarder ailleurs. En novembre, Klô Pelgag a brillé à l'ADISQ dans son ensemble de bureau subverti et complètement charmant, et d'autres invitées arboraient aussi des tenues à l'influence corpo. Sarahmée était vêtue d'un costume tout en teintes chaudes.

Photo Paul Ducharme
Photo Paul Ducharme

Aux Gémeaux, Juliette Gosselin portait un ensemble deux pièces capri à pois (comment faire plus 2025?), Geneviève Everell, un grand trench boutonné et Catherine Souffront, un beau complet bordeaux. J'en passe, évidemment.

Quid de l'industrie de la mode, outre notre Québec? Vogue, en mars 2025, rappelait que le défilé automne-hiver de Stella MacCartney s'intitulait From Laptop to Lap Dance et présentait des looks pensés pour le work-to-night (passer d'un contexte à l'autre sans changer de tenue). Dans sa saison printemps-été 2026, cet esprit perdure complètement. Les chemises et les costumes, tout en légèreté, font la majorité de l'ensemble des tenues. 

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Stella Mccartney S/S 2026 (Crédit image: launchmetrics)
Stella Mccartney S/S 2026 (Crédit image: launchmetrics)

Stella Mccartney S/S 2026 (Crédit image: launchmetrics)
Stella Mccartney S/S 2026 (Crédit image: launchmetrics)

Dans les tendances de l'automne, chez bien plus de marques que Stella MacCartney, on relevait déjà la grande place que les complets androgynes et surdimensionnés prenaient sur les podiums. 

Dans la pop culture, on s'est déjà habitués à une mode sobre, structurée et avant-gardiste portée par les it girls du moment, comme Doechii, FKA Twigs et Chappell Roan. Cette esthétique corpo, mais punkisée, convient parfaitement à notre ère de capitalisme tardif.

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Nos vedettes d'ici surfent donc aussi sur cette vague. 

Ok, mais qu'est-ce que ça a à voir avec une récession?

Effectuons un retour en arrière. La première moitié des années 2010 a été particulièrement marquée par la popularité des tenues de bureau en tout contexte social. Vous vous rappelez? C'était la lubie des blazers à tous les party (avec long sautoir à pendentif métallique) et des jeans ultraskinny. Les vestes boutonnées sans manches et les chemises étaient aussi des classiques de soirée, pour tout le monde. Même les plus grandes vedettes de l'époque en portaient sur les tapis rouges!

La raison principale de cette mode, dont on aime plaisanter aujourd'hui, était le budget plus serré des consommateurs après la crise économique. Puisqu'on avait moins d'argent à investir dans ses habits, on tendait à investir dans des pièces qu'on pouvait porter au bureau, puis au bar, puis au club. 

En 2025, alors qu'on se remet encore de la pandémie et que l'on a accueilli Donald Trump à la Maison blanche pour une deuxième fois, les indicateurs économiques du pays ne sont pas au beau fixe. Les débats perdurent sur l'état de l'économie, mais on relève certainement des faiblesses qui accentuent actuellement la possibilité d'une récessionlà-bas, ce qui impacterait directement le Canada. Les signes ne sont pas bons, disons.

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Et ça se voit déjà dans la mode: cet été, on analysait déjà que la «guerre des jeans»— lorsque quatre grosses campagnes de denim, en partenariat avec des vedettes, sont arrivées en même temps — témoignait de la fragilité économique actuelle. Miser sur des vêtements de base dans le marketing, comme les jeans, soit ceux que les ménages achèteront toujours même en diminuant leurs dépenses, est un choix stratégique pour les marques.

Plusieurs d'entre elles pivotent dans leur offre pour s'adapter à ce contexte. Par exemple, les médias de mode voyaient déjà dans le rebranding de la marque Pretty Little Thing, en mars dernier, un autre signe de ce mouvement. Ce label, auparavant très coloré, s'était offert un relooking complètement beige, faisant le pas vers une esthétique plus conservatrice, modeste et office ready. Ce n'est pas moi qui le dit, c'est Vogue: recession indicator.

Comment le business casual de 2026 est-il différent?

En plus de la ceinture que l'on doit serrer en raison de l'inflation, on sait aussi qu'on a hérité, avec la covid, d'un engouement pour le beige et les vêtements simples. Pour 2026, on projette toujours la popularité des pièces basiques, mais version «retour au bureau» obligatoire: moins de joggins, plus de pantalons à pinces. 

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Toutefois, ces temps-ci, contrairement au début des années 2010, ce sont encore davantage les coupes fluides et larges qui prévalent sur le skinny, même si celui-ci tient visiblement à revenir. Les cardigans ne sont pas longs jusqu'aux cuisses, mais ajustés et à col montant. La mode hybride — pantalons-jupes, chemises-foulards et autres pièces multifonction — continue à en séduire de plus en plus. Les habits de bureau se modernisent grâce à des coupes modernes et asymétriques et de la superposition intelligente, comme le démontre cette designer que j'aime suivre.

La pièce reine de ce business casual revival, toutefois, c'est le costume. L'année 2025 a été marquée par une ribambelle de power suits tous plus beaux les uns que les autres à Hollywood. Comparé au blazer de 2012, le costume de 2026, chez certaines vedettes féministes et ouvertement opposées aux politiques conservatrices de Trump, devient un symbole de défiance. En complet cravate, ces femmes refusent de rentrer dans le moule de la trad wife ou de la femme MAGA, revendiquant plutôt leur propre autorité et la fluidité possible du genre.

En confiance et en contrôle: c'est la posture que ces femmes en costard nous inspirent pour affronter les défis qui nous attendent l'année prochaine. 

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