«C'est la seule histoire où un décès est directement associé à un fantôme» : Christian Page raconte le mythe de la sorcière Bell
Équipe Salut Bonjour
Ce matin, Christian Page nous parle d’une histoire qui fascine chez nos voisins du sud, celle de la sorcière Bell. Au début du 19e siècle, dans le Tennessee, une famille est la proie de nombreuses hantises qui font énormément jaser à l’époque et qui auraient même attiré l’attention d’un certain président.
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En 1804, John Bell Sr., son épouse Lucy et leurs cinq enfants, quittent la Caroline du Nord pour aller s’installer sur un vaste terrain près de Clarksville, aujourd’hui Adams, dans le comté de Robertson, au Tennessee. Pendant de longues années, les Bell y vivent paisiblement. Lucy donne naissance à trois autres enfants et John Sr s’impose comme un pilier de la communauté. Mais, en février 1817, les choses prennent une autre tournure...
Alors qu’il chasse dans les bois, John Bell aperçoit un grand chien, peut-être un loup, qui rôde près de la maison. Il épaule sa carabine et fait feu, mais l’animal disparaît sous ses yeux. C’est le début de l’étrange affaire de la Sorcière Bell. Des grattements se font entendre dans les murs de la maison, principalement dans la chambre d’Elizabeth « Betsy », la cadette des filles (12 ans). À ces grattements s’ajoutent des coups frappés aux fenêtres et aux portes. Là encore, le ou les coupable(s) reste invisible(s). Des pierres sont aussi lancées en direction de la maison, des meubles bougent tout seuls, comme poussés par des mains invisibles et la literie est tirée des lits. Au fil des mois, les « hantises » chez les Bell attirent des voisins.
Ces gens, empathiques au mauvais sort de la famille, se réunissent pour lire des passages de la Bible. Mais apparemment l’entité ne craint ni les foudres de Dieu ni la colère des hommes. Soir après soir, elle s’en prend aux enfants et, en particulier, à Betsy qui devient sa cible principale. Dans cet incroyable chaos, l’entité se découvre aussi une voix. Elle s’adresse parfois aux témoins en empruntant leur propre voix ou elle se contente de murmurer d’un souffle quasi inintelligible. À certains moments, elle semble omnisciente, révélant des détails intimes que seuls les principaux intéressés peuvent savoir. Durant cette période, la rumeur raconte que le général Andrew Jackson, le futur président des États-Unis, alors en campagne militaire, aurait fait un détour par la ferme de Bell où il aurait assisté à des phénomènes étranges et inexpliqués.
Au milieu de 1820, les attaques contre Betsy Bell se font moins violentes. La Sorcière jette son dévolu sur le vieux John Bell. Son état de santé se détériore. Il est de plus en plus souvent victime de crises qui le clouent au sol, le visage déformé par la douleur. Il passe des jours alité. La Sorcière ne lui laisse aucun répit. Elle le gifle et lui soulève les jambes comme s’il n’était qu’un pantin. Le 19 décembre, le septuagénaire tombe dans un sommeil léthargique. Lorsque l’un de ses fils ouvre un cabinet pour y prendre son médicament, il y trouve une fiole à moitié vide contenant un liquide brunâtre. Aussitôt la voix de la Sorcière se fait entendre : « J’en ai donné une dose au vieux Jack pendant qu’il dormait. Je l’ai eu ! ». Sa condamnation n’est hélas que trop vraie. John Bell ne reprendra jamais connaissance. Il meurt le lendemain. John Bell est enterré au cimetière Bellwood de Clarksville (maintenant Adams). Après la mort de John Bell, les manifestations de la Sorcière se font plus sporadiques et moins violentes.
Au printemps de 1821, après un repas du soir, une boule de fumée sort de la cheminée, roule sur le plancher et explose. La voix familière de la Sorcière annonce qu’elle se retire. L’histoire de la Sorcière Bell est un classique. C’est la seule histoire où un décès est directement associé à un fantôme.
Rien d’autre qu’un mythe ?
Le premier compte-rendu détaillé de cette affaire a été publié en 1894, quelque 70 ans après les supposés événements. Il s’agissait d’un recueil de plusieurs textes dont l’un était une reproduction d’un journal soi-disant écrit par Richard Bell, l’un des fils de John Bell. Hélas, aucune trace de ce journal n’a jamais été retrouvée. Il y a fort à parier qu’il n’a jamais existé et que ce prétendu narratif n’est qu’une pure invention d’un certain Martin Van Buren Ingram, un entreprenant éditeur de Clarksville.
Je me suis rendu dans le l’actuel comté de Robertson où j’ai épluché la presse locale, les registres municipaux et paroissiaux. À quelques reprises, il est question de John Bell, mais jamais en lien avec une histoire paranormale. Les rares fois où son nom est mentionné, c’est en lien avec la vente d’un terrain ou de bétail. Une histoire aussi sensationnelle n’aurait certainement pas manqué de défrayer la chronique. Même si certains ont décrit cette histoire comme l’une des « hantises les mieux documentées » de l’histoire américaine, les faits montrent qu’il s’agit au mieux d’une histoire exagérée ou, au pire, d’une pure invention.