Des jeux pas comme les autres, mais fort bien réussis
La pandémie n’a pas occupé toute la place pendant les Olympiques


Richard Boutin
TOKYO | Des Jeux différents certes en temps de pandémie, mais des Jeux réussis et appréciés des athlètes, comme nous l’a bien résumé le porte-drapeau canadien Damian Warner.
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« L’organisation était impeccable, les installations étaient de première classe et les bénévoles étaient incroyables. Ils nous encourageaient constamment. Ce sont des Jeux que je compare à ceux de Londres en 2012 », a relaté le champion de décathlon.
- Écoutez l'entrevue avec Sophie Drolet, ancienne joueuse de soccer professionnelle. Elle est maintenant chargée de cours à l’UQÀM et entraîneure en sport étudiant avec Vincent Dessureault sur QUB radio :
Des Jeux dont la tenue a été dans la balance jusqu’à la dernière minute et dont plus de 60 % de la population locale ne voulait pas en raison des craintes de propagation de la COVID-19 et du maintien de l’état d’urgence.
Les athlètes, le personnel d’encadrement et les médias ont vécu dans une bulle sanitaire qui s’est révélée efficace à la lumière des chiffres publiés 48 heures avant la fin des Olympiques. On dénombrait un peu plus de 400 cas étalés sur six semaines et touchant des gens liés aux Jeux, pour un taux de positivité inférieur à 0,1 %.
Chez les athlètes, 80 % des athlètes avaient été vaccinés, tout comme 75 % des médias et 100 % du personnel du Comité international olympique.

Au sein de la population de Tokyo, les cas ont toutefois atteint des sommets inégalés, dépassant la barre des 5000 par jour.
Pour éviter les risques d’éclosion, plus de 600 000 tests ont été effectués, et une application de traçage permettant d’intervenir rapidement si des cas positifs survenaient a été offerte.
Les Japonais ont parfois déployé des mesures complexes et strictes dans d’autres situations, mais le tout s’est fait de façon courtoise. Quelques règles feront assurément partie du paysage dans le futur, telles que le port du masque, la distanciation physique et le lavage régulier des mains.
L’absence de partisans dans les tribunes a évidemment gâché l’ambiance électrique habituelle, mais les performances des athlètes, qui souhaitaient tellement que les Jeux se déroulent, ont été à la hauteur.
Solide organisation
Repoussés d’un an, les Jeux de Tokyo ont été un modèle d’organisation à l’image du peuple japonais. Tout roulait rondement à partir du transport, facette cruciale d’un rendez-vous de cette envergure.
Quand un pépin survenait, il devenait parfois hasardeux de corriger la situation rapidement, malgré la bonne volonté du personnel, en raison du trop grand nombre d’intermédiaires. Une erreur sur ma date de naissance n’a jamais été corrigée et m’a causé bien des soucis avant mon arrivée. Sur place, j’ai utilisé ma nouvelle date de naissance, qui ne m’a pas rajeuni, mais tout s’est bien passé.
La proximité des sites, à l’exception du vélodrome d’Izu, situé à 2 heures 30 minutes de la capitale, et du mont Fuji, théâtre de l’arrivée des cyclistes sur route, a facilité les déplacements.
Bénévoles incroyables

Le comité organisateur misait sur 100 000 bénévoles pour mener à bien le plus grand rendez-vous planétaire. Des gens souriants, attentionnés et d’une gentillesse à nulle autre pareille, ont grandement contribué au succès des Jeux.
Des volontaires qui se sont fait cuire sous la chaleur intense avec un très haut taux d’humidité sans jamais perdre leur sourire et leur bienveillance.
Quelques milliers de bénévoles avaient quitté le bateau quelques mois avant le début des Olympiques dans la foulée du départ du président du comité organisateur, qui avait tenu des propos misogynes. Mais on peut vous assurer que cela n’a pas paru sur le terrain.
Infrastructures de premier plan

Mariant installations récentes et d’autres venues d’une longue tradition, la 32e Olympiade a offert des plateaux de compétition d’une très grande qualité.
Hôte des Jeux de Tokyo de 1964 quand le judo a fait son entrée dans le giron olympique, le Nippon Budokan possède une longue tradition qu’on pourrait comparer à l’ancien Forum de Montréal.
Même chose pour le Kokugikan, qui a accueilli la boxe et où on pouvait apercevoir au plafond de l’édifice la photo des plus grands lutteurs sumos qui ont leur place au Temple de la renommée.
Signe que la question sanitaire occupait toute la place, la sécurité, qui est habituellement un aspect névralgique, est passée sous le radar.
Des contrôles à l’entrée de tous les sites avaient lieu sous l’œil des militaires, mais tout se passait rondement dans une ville ultra propre, où ironiquement, il faut chercher les poubelles.
Une bénévole de Laval a renoué avec ses origines

Une maman de deux grands enfants de Laval a vécu la magie des Jeux au canal de la Forêt de la mer, qui accueillait des épreuves de canoë-kayak et d’aviron.
Originaire du Japon et mariée à un Québécois, Kelko Miyazaki rêvait de travailler comme bénévole dans son pays d’origine.
Elle illustre parfaitement les bénévoles japonais. Grand sourire, toujours prête à aider et fort gentille.
Mme Miyazaki, qui parle notamment japonais, a mis à profit ses talents dans la zone mixte, où les athlètes discutent avec les journalistes.
Elle est rapidement devenue une partisane de Laurence Vincent Lapointe, avec qui elle s’est fait photographier après sa qualification pour la finale du C-1 200 m.
« J’ai lu son histoire et j’avais quasiment les larmes aux yeux. Quand elle a pris le départ, je criais pour elle en français. Mes collègues se demandaient ce qui se passait. »
Rencontre amoureuse au Japon
Mme Miyazaki rentrera à Laval vendredi pour rejoindre son mari, qu’elle a rencontré au Japon en 1996 dans le cadre de son travail.
Du bénévolat en patinage de vitesse et dans d’autres événements sportifs est dans ses plans.
Ils nous ont éblouis
Les 17 derniers jours ont été fertiles en performances plus grandes que nature. Le Journal vous propose ses coups de cœur et ses moments d’émotions.
► La médaille d’or de Maude

Dans un sport terni par les multiples cas de dopage et dont la présence aux prochains Jeux olympiques est menacée, la victoire de Maude Charron a apporté une grande bouffée de fraîcheur dont l’haltérophilie avait grandement besoin. Son histoire et sa personnalité ont retenu l’attention partout au pays. Et le décor du magnifique Forum international de Tokyo n’a fait qu’ajouter au récit.
► Le retour de Laurence

Suspendue de façon provisoire avant les Mondiaux de 2019 pour un test antidopage positif, accusation dont elle a été complètement blanchie, la canoéiste de 29 ans a vécu un véritable calvaire. Sur la touche pendant plus de deux ans, Vincent Lapointe rayonnait de tout son être quand elle a remporté sa médaille d’argent en C-1 200 m et un grand sentiment de soulagement l’habitait.
► La victoire historique en soccer féminin

Après avoir finalement battu les Américaines pour la première fois en plus de 20 ans en demi-finale, les Canadiennes ont complété leur parcours de rêve en défaisant la Suède en tirs de barrage pour procurer au programme national de soccer féminin sa première médaille d’or olympique. Le mot d’ordre de l’entraîneuse-chef Bev Priestman : « Changer la couleur de la médaille », a été suivi à la lettre.
► Un hommage à un grand du judo

Les médailles de bronze en judo de Catherine Beauchemin-Pinard et de Jessica Klimkait, combinées au dernier combat olympique d’Antoine Valois-Fortier, ont mené à un hommage bien senti de la part de Nicolas Gill à l’endroit d’athlète de 31 ans. Le patron de Judo Canada a mis en lumière que les succès actuels et le financement de l’organisme étaient attribuables à la médaille de bronze de Valois-Fortier aux Jeux de Londres, en 2012.
► Le courage de Caeli McKay

Victime d’une sévère entorse à une cheville moins d’un mois avant la présentation du 10 m synchro, McKay devait porter une botte pour marcher lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux. Malgré tout, elle est montée sur la plateforme en compagnie de sa partenaire Meaghan Benfeito et elles ont raté le podium par des poussières, terminant en quatrième position.
► Le dernier match de Glenn Hoag

Maître d’œuvre de la renaissance du programme de volleyball masculin depuis qu’il a pris les rênes de l’équipe en 2006, Glenn Hoag a dirigé son dernier match aux Olympiques à Tokyo. Au terme de la défaite face à la Russie en quart de finale qui confirmait la cinquième place du Canada, l’entraîneur québécois a enlacé chacun de ses joueurs, dont son fils Nicholas qui poursuivra sa carrière jusqu’aux Jeux de Paris.