Dossier Epstein: voici pourquoi il n’y aura d’autres accusations criminelles malgré les récentes divulgations

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Gabriel Ouimet

2026-02-03T19:59:20Z
2026-02-04T01:28:22Z

Les 3,5 millions de documents supplémentaires publiés dans le dossier du criminel sexuel Jeffrey Epstein, qui incluent des milliers d’images et de vidéos pornographiques montrant les visages de victimes, ne mèneront pas à de nouvelles accusations, martèle le ministère américain de la Justice. Un expert nous explique pourquoi il est si compliqué de trainer les suspects devant les tribunaux.

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Le manque d’imputabilité des personnes citées dans les millions de documents rendus publics le 30 janvier provoque une vague de consternation et de colère sur les réseaux sociaux.

«Ce qui devrait nous alarmer dans les dossiers Epstein, ce ne sont pas seulement les détails effroyables. C’est la mesure dans laquelle des personnes extrêmement riches et puissantes vivent selon leurs propres règles — et continuent à s’en tirer à bon compte. C’est un club où les règles et la loi ne s’appliquent pas. Et vous n'en faites pas partie» a notamment indiqué Bernie Sander, l’ancien candidat à la chefferie du Parti démocrate, sur X le 2 février.

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Les fichiers comportent des milliers de références à des comportements jugés «dérangeants», parfois potentiellement criminels, adoptés par des personnalités bien connues.

Un formulaire du FBI détaille la plainte d’une femme accusant Donald Trump de viol et de nombreux autres abus. Des échanges de courriels entre Elon Musk et Jeffrey Epstein indiquent que l’homme le plus riche du monde a planifié de se rendre sur la célèbre île des Caraïbes appartenant au criminel sexuel pendant la période des fêtes en 2012.

«Quel jour/soirée sera la fête la plus folle sur votre île?», a notamment demandé le patron de Tesla.

Le nom d'Elon Musk apparait des milliers de fois dans les dossiers rendus publics le 30 janvier.
Le nom d'Elon Musk apparait des milliers de fois dans les dossiers rendus publics le 30 janvier. MEGA/WENN

Des photos incriminantes du Prince Andrew, penché au-dessus d’une personne couchée au sol dont le visage a été caviardé, ont aussi été dévoilées.

Le numéro deux du ministère de la Justice des États-Unis, Todd Blanche, a malgré tout répété dimanche qu’«aucun élément susceptible d’engager des poursuites» n’a été trouvé lors de l’analyse des documents.

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Le professeur agrégé à la Faculté de droit de l’Université McGill, Noah Weisbord, nous aide à comprendre pourquoi la majorité de l’information contenue dans les dossiers Epstein ne passerait pas le test des tribunaux.

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Des comportements «troublants», mais pas nécessairement criminels

Quand les procureurs procèdent à l’analyse de documents comme ceux dévoilés dans le cadre de l’affaire Epstein, ils doivent faire une distinction claire entre des actions jugées moralement répréhensibles et les comportements criminels, souligne Noah Weisbord.

«Un comportement peut être choquant ou répréhensible sur le plan moral sans pour autant atteindre le seuil du droit pénal», souligne-t-il.

Même les documents décrivant des actes criminels ne peuvent pas, à eux seuls, servir de preuve en cour, poursuit l’expert.

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• Écoutez aussi cet épisode balado tiré de l'émission de Richard Martineau, diffusée sur les plateformes QUB et simultanément sur le 99.5 FM Montréal :

«Ils peuvent tout au plus servir de pistes d’enquête. Les procureurs doivent corroborer les allégations de manière indépendante à l’aide de témoins crédibles, de preuves admissibles et d’autres éléments fiables.»

L’acte criminel et l’état d’esprit du suspect font notamment partie des éléments qui doivent être clairement prouvés afin d’établir la responsabilité pénale dans de tels dossiers.

Ainsi, les témoignages anonymes et les informations qui ne peuvent pas être vérifiés de manière crédible, nombreuse dans les dossiers très médiatisés comme celui de Jeffrey Epstein, «satisfont rarement» à ces nombreux critères, précise Noah Weisbord.

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