Exhibitionnisme et gestes à caractère sexuel: les actes d’indécences bondissent à Montréal


Anne-Sophie Poiré
Le nombre de cas d’actions indécentes rapportés au Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a bondi de 15% depuis 2019, tandis que les dénonciations pour des infractions à caractère sexuel dans les transports collectifs de la métropole sont aussi à la hausse. Assistons-nous à une réelle augmentation de ces crimes ou plutôt à une baisse de tolérance?
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En mars dernier, le SPVM annonçait être à la recherche d’un exhibitionniste et agresseur sexuel qui sévissait dans les bibliothèques de l’Université McGill et de l’Université de Montréal depuis l’été 2023. Le suspect, qui est toujours en liberté, aurait ciblé des femmes à au moins trois reprises.
Le mois suivant, des résidentes de Hochelaga-Maisonneuve, à Montréal, se sont quant à elles mobilisées sur Facebook pour faire arrêter un exhibitionniste. Des dizaines de femmes auraient croisé le chemin de l’homme qui sévissait dans les boisés Vimont et Steinberg.
Assiste-t-on à une augmentation?
Le nombre d’actions indécentes survenues sur le territoire de l’agglomération de Montréal est passé de 224 en 2019 à 262 en 2023, selon les données du SPVM obtenues par 24 heures.
Il s’agit d’une hausse de près de 15%, qui ne recense que les infractions dénoncées auprès des autorités.
Une action indécente se traduit autant par le fait d’uriner en public ou d’exhiber ses parties génitales. Selon le Code criminel, elle se résume par un comportement déplacé commis soit en public devant une ou plusieurs personnes, soit ailleurs dans le but d’insulter ou offenser quelqu’un.
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«On constate une augmentation de la violence et des actions indécentes faites aux femmes, puis de l’incivilité et de l’individualisme depuis le déconfinement [il y a environ deux ans]. On entend beaucoup parler d’exhibitionnisme, de mains baladeuses, sans qu’il y ait vraiment de sanctions», souligne la coordinatrice de la Coalition féministe contre la violence faite aux femmes (CFVF), Julie Antoine.
Ces actes criminels se produisent généralement dans les lieux publics, comme les parcs, les festivals et les bars, mais surtout dans le réseau de transport en commun.
«Quand les femmes craignent de prendre le métro ou le bus le soir, qu’elles préfèrent appeler des Uber ou des taxis pour ne pas être confrontées à ces violences ou ces gestes à caractère sexuel, ce n’est pas normal», déplore la coordonnatrice de la CFVF, qui regroupe 26 organisations à travers le Québec.
Entre 2022 et 2023, le nombre «d’agressions sexuelles, de contacts sexuels, d’incitations à un contact sexuel et de voyeurismes» rapportés dans les transports en commun sur l’île de Montréal a grimpé de 55 à 82, selon des chiffres confirmés par le SPVM et d’abord rapportés par Le Devoir.
On parle ici autant des stations de métro que des autobus et des stationnements incitatifs.
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Baisse de la tolérance
Mais cette hausse des dénonciations n’est pas nécessairement synonyme d’une hausse des actions indécentes, prévient la chercheuse doctorale en sociologie à l’UQAM, Mélusine Dumerchat.
«C’est peut-être le signe qu’il y a une baisse de la tolérance sociale face à ces actes-là», précise la coautrice du premier rapport sur le harcèlement de rue à Montréal publié en 2021 en collaboration avec le Centre d’éducation et d’action des femmes de Montréal (CÉAF).
«On voit qu’il y a une libération de la parole des victimes», poursuit l’organisatrice communautaire au CÉAF, Béatrice Mercier.
«C’est une bonne nouvelle de constater que ces violences à caractère sexuel sont moins tolérées, mais c’est clair que ce n’est que la pointe l’iceberg et qu’un taux très bas de personnes qui les vivent dénoncent aux autorités», dit-elle
L’étude de 2021 sur le harcèlement de rue à Montréal le confirme: près de 70% des femmes qui ont pris part à l’enquête affirmaient avoir déjà subi du harcèlement de rue entre 2020 et 2021. Le taux grimpait à 84% pour les minorités sexuelles et de genre.
Ces chiffres colligés pendant la pandémie sous-estiment probablement la réalité, comme les confinements et la distanciation sociale ont pu fausser les données.
«Mais une fois qu’on dénonce, comment fait-on pour que ces violences cessent», questionne Mme Mercier.
Les témoins font partie de la réponse, s’accordent les expertes.
«Lorsqu’une femme ou une personne vulnérable se faire attaquer dans le métro, je crois qu’il faut se lever et intervenir, affirme Julie Antoine du CFVF. On ne devrait pas jouer un rôle passif en tant que personne, mais bien un rôle actif. Si socialement on valorisait ces comportements, ça enverrait un message fort aux agresseurs.»