Négociations avec les enseignants: grève du zèle dans des écoles à la rentrée
Des activités parascolaires, fêtes et sorties sportives ou culturelles sont menacées


Daphnée Dion-Viens
Fête de la rentrée annulée, activités parascolaires et sorties menacées: des enseignants font monter d’un cran la pression dans leurs négociations avec Québec en entamant une grève du zèle dès leur retour en classe.
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La Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui représente plus de 40% des profs de la province, va de l’avant avec une nouvelle ronde de moyens de pression pour le retour en classe, en invitant ses membres à boycotter les activités non reliées directement à l’enseignement (voir la liste des écoles touchées plus bas).
Les activités parascolaires, les sorties culturelles ou sportives et les comités qui servent à dynamiser la vie de l’école sont notamment dans la mire. Dans des écoles de Québec, des fêtes de la rentrée ont déjà été annulées, selon nos informations.
«Les profs en ont ras le bol, donc on se donne les moyens de créer une pression pour qu’ultimement, ça puisse faire bouger les négociations», lance François Bernier, président du Syndicat de l’enseignement de la région de Québec.
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«Ce sont des actions qui visent à recentrer notre tâche sur l’enseignement», ajoute Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal.
«Les profs vont davantage mettre leur énergie sur l’essentiel: enseigner, planifier, corriger. On risque de tasser certaines tâches qui sont beaucoup moins essentielles et qui participent à l’alourdissement de la tâche au quotidien», ajoute-t-elle.
Cette dernière reconnaît qu’il s’agit de moyens de pression «qui peuvent déranger», surtout après la pandémie. «Mais il faut se rappeler que les moyens ne vont jamais autant déranger les élèves que les conditions d’apprentissage dans lesquelles ils vont continuer d’évoluer si rien ne change», affirme-t-elle.
Négo «de la dernière chance»
Pour plusieurs enseignants, il s’agit de la «négociation de la dernière chance», ajoute Mme Beauvais-St-Pierre.
Au cours des dernières semaines, plusieurs profs ont confié au Journal attendre l’issue de la négociation avant de décider s’ils poursuivent ou non leur carrière en enseignement.
«C’est une négociation charnière, qui va déterminer l’avenir de plusieurs profs et qui va avoir un impact majeur sur toute l’école publique dans les prochaines années. On ne peut pas aller plus bas que où on est présentement», affirme la présidente de l’Alliance.
Vers une grève générale illimitée?
La situation pourrait se corser davantage dans les prochaines semaines, alors que la menace d’une grève générale illimitée se profile.
Cinq des neuf syndicats locaux affiliés à la FAE ont approuvé avec de très fortes majorités le recours à ce moyen de pression ultime, à exercer au moment jugé opportun. D’autres votes sont prévus dans les prochaines semaines.
«Notre objectif premier, ce n’est pas de faire la grève, c’est de faire débloquer la négociation», affirme Mélanie Hubert, présidente de la FAE.
Mme Hubert invite par ailleurs les parents à appuyer les revendications des enseignants. «J’appelle vraiment les parents à comprendre que l’on fait ça pour l’avenir de l’école publique, pour les services que l’on va donner aux élèves. C’est urgent d’améliorer nos conditions de travail, on le voit, la pénurie est là. Il faut trouver une façon pour que les profs viennent en enseignement, mais aussi qu’ils y restent.»
À quelques jours de la rentrée, la pénurie de profs atteint des sommets. Selon un sondage réalisé la semaine dernière auprès des directions d’école, 5000 postes d’enseignants étaient toujours vacants à quelques jours de la rentrée.
De son côté, la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE-CSQ), qui représente plusieurs syndicats en région notamment, poursuit sa mobilisation dans le cadre du Front commun, avec une manifestation notamment prévue le 23 septembre.
D’autres moyens de pression seront débattus en assemblée générale au cours des prochaines semaines, indique-t-on.
Le Journal a joint mardi la Fédération des comités de parents du Québec, ainsi que deux associations représentent des directions d’école, qui ont préféré ne pas commenter les moyens de pression à venir dès la rentrée.
La convention collective des enseignants est échue depuis mars.
Quelles écoles seront touchées par les moyens de pression à la rentrée?
Voici la liste des syndicats affiliés à la FAE qui participeront aux moyens de pression:
Syndicat de l’enseignement de la région de Québec
- Centre de services scolaire de la Capitale
- Centre de services scolaire des Premières-Seigneuries
Alliance des professeures et professeurs de Montréal
- Centre de services scolaire de Montréal
Syndicat de l’enseignement de l’Ouest de Montréal
- Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys
Syndicat de l’enseignement de la Pointe-de-l’Île
- Centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île
Syndicat de l’enseignement de la région de Laval
- Centre de services scolaire de Laval
Syndicat de l’enseignement des Seigneuries
- Centre de services scolaire des Trois-Lacs
Syndicat de l’enseignement des Basses-Laurentides
- Centre de services scolaires des Mille-Îles
Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska
- Centre de services scolaire du Val-des-Cerfs
Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais
- Centre de services scolaire des Portages-de-l’Outaouais
- Centre de services scolaire des Draveurs
- Centre de services scolaire au Cœur-des-Vallées
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