Ils se livrent depuis des mois à une guerre sans merci

Les travailleurs de la santé du Québec ont été confrontés à la maladie et à la mort comme jamais

Elisa Cloutier, Jérémy Bernier et Clara Loiseau

2020-12-29T05:00:00Z

Les travailleurs du domaine de la santé se souviendront longtemps de l’année 2020, qui a été particulièrement marquante en raison des «grands bouleversements» occasionnés par le virus de la COVID-19 hautement contagieux.

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Le Journal a rencontré une dizaine «d’anges gardiens» qui, comme jamais auparavant, ont été confrontés à cette crise sanitaire sans précédent, lors de laquelle la mort et la maladie ont pris une trop grande place. Pour toutes ces raisons, le personnel du milieu de la santé se mérite le titre de Personnalité de l’année 2020. 

La vocation de soigner  

Photo courtoisie CIUSSS Centre-Sud
Photo courtoisie CIUSSS Centre-Sud

Attristée d’avoir dû appeler des familles pour leur annoncer la mort d’un proche, une infirmière en gériatrie admet que c’est la vocation de soigner qui l’a gardée au combat. «La pandémie nous a montré qu’on devait être là pour les bonnes raisons. C’est un métier qu’on fait par vocation», affirme Marie-Margareth Itacy, assistante-infirmière cheffe à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal (IUGM) depuis 12 ans. «Quand j’appelais les familles, vers 10 h le soir, je pleurais parce que je n’aurais pas aimé que ma mère soit décédée et que je ne sois pas à côté d’elle, ça m’a vraiment touchée», raconte-t-elle. Elle se remémore aussi une soirée où elle devait s’occuper à elle seule de 50 patients atteints de la COVID-19. «Tout le monde avait déserté cette unité-là. Même si j’avais le goût de pleurer, fallait que je me reprenne parce que c’était moi la personne-ressource sur l’étage», dit-elle. 

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Une année à s’adapter  

Photo courtoisie
Photo courtoisie

Contraint à s’ajuster sans cesse aux nouvelles consignes, à travailler en sous-effectif et à réagir rapidement à chaque éclosion, le responsable du dépistage et des escouades mobiles de Charlevoix fait état d’une année particulièrement éreintante. «Ça fait 15 ans que je suis gestionnaire. On en a vécu [des années intenses], avec la H1N1 par exemple, mais jamais comme celle-là», raconte Marc Sévigny, qui travaille aussi au soutien à domicile pour le CIUSSS de la Capitale-Nationale. Les journées où lui et ses équipes devaient se «revirer sur un 10 cennes» et laisser en plan tout ce qu’ils avaient prévu n’étaient pas rares en raison des nombreuses éclosions. «Le désir de faire la différence pour protéger les plus vulnérables, je crois que c’est ça qui nous a permis de passer à travers les 10 derniers mois», affirme l’homme de 54 ans.  

Écrire l’histoire  

Photo courtoisie CIUSSS Centre-Sud
Photo courtoisie CIUSSS Centre-Sud

Personne n’avait de livre d’instructions pour gérer la pandémie de COVID-19. Une infirmière de l’hôpital de Verdun admet d’ailleurs que les nombreux changements et «essais-erreurs» qui ont permis «d’écrire l’histoire» ont été les plus difficiles à gérer. «On donnait des informations aux employés, puis 30 minutes après, ça changeait. [...] C’est sûr qu’il y a eu une grande discipline, une grande rigueur au travail», explique Marie-Claude Dubé, infirmière en hémodialyse depuis 28 ans. Selon elle, c’est l’esprit d’équipe au sein du personnel de son étage qui a permis à tous de tenir le coup. «Les gens ont tous eu leurs vacances coupées et ils sont tous restés avec le sourire», témoigne-t-elle. 

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Les premières infections au Québec  

Photo courtoisie CIUSSS Centre-Sud
Photo courtoisie CIUSSS Centre-Sud

Un préposé aux bénéficiaires qui a assisté aux tout premiers chamboulements liés aux cas de COVID-19 au Québec demeure confiant que «nous gagnerons la bataille». «Avec mes collègues, nous étions les premiers à avoir été placés en isolement préventif. C’étaient les pires 14 jours de ma vie. Je prenais ma température 40 fois par jour», raconte Thami Haraket, préposé aux bénéficiaires aux urgences de l’hôpital Notre-Dame depuis 15 ans. M. Haraket affirme que ces premiers cas lui ont rapidement fait réaliser l’importance de bien «protéger» les urgences. «C’est la porte d’entrée du domaine de la santé [...] on doit être très vigilants parce que ce n’est pas tous les patients qui t’avisent qu’ils ont été en contact avec un cas positif», insiste-t-il. 

Marqué à vie par la mort  

Photo Stevens LeBlanc
Photo Stevens LeBlanc

Le préposé aux bénéficiaires Reynold Bouchard sera marqué à vie par 2020, alors qu’il a tristement assisté à la mort d’une quarantaine de résidents du CHSLD Saint-Augustin. «En 23 ans de carrière, je n’ai jamais vu ça. Je n’aurais jamais pensé vivre ça un jour, une guerre contre un virus», affirme M. Bouchard, âgé de 56 ans. « Le personnel tombait parce qu’il l’attrapait, c’était de l’imprévu tous les jours », poursuit-il. Malgré tout, il demeure «extrêmement reconnaissant» de l’aide des étudiants en médecine venus prêter main-forte au CHSLD lors de la première vague. «Si nous n’avions pas eu ces gens-là à la première vague, on aurait été à bout de souffle pour la deuxième», dit-il. 

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Aider son prochain coûte que coûte  

Photo Jérémy Bernier
Photo Jérémy Bernier

Incapable d’observer la COVID-19 emporter les plus vulnérables sans réagir, une infirmière de la Beauce a repoussé sa propre santé et sa famille au second plan pour soigner les malades. «Le plus dur, c’est d’être un peu impuissant face à la COVID, on développe une aversion féroce contre cette maladie», explique Nadia Fortier. Depuis le début de la pandémie, la femme de 41 ans a travaillé dans cinq lieux d’éclosion, dont le Centre Paul-Gilbert de Charny. En septembre, elle a elle-même contracté le virus. Une épreuve difficile qui l’a «maganée». Mais son désir de s’impliquer l’a poussée à retourner au combat dès la fin de son isolement. 

Retracer les premiers cas  

Photo courtoisie CIUSSS Centre-Sud
Photo courtoisie CIUSSS Centre-Sud

Une infirmière de la Direction régionale de santé publique de Montréal raconte que le traçage des personnes infectées n’a pas été une mince tâche, alors que les membres du personnel en apprenaient chaque jour sur le virus. «Lorsqu’on a eu le premier cas, ici, à Montréal, c’était aussi le premier cas au Québec. Ma gestionnaire m’a mis sur un bout de papier le numéro de la famille de la personne malade et m’a dit “appelle-les”. [...] Les premiers cas arrivaient et on construisait toutes nos façons de faire», raconte Véronique Auclair-Raîche, infirmière et conseillère en soins infirmiers. La charge de travail est rapidement devenue exponentielle, engendrant de nombreuses heures supplémentaires, dit-elle.  

Une année forte en émotions  

Photo courtoisie
Photo courtoisie

L’année 2020 aura été «forte en émotions» pour Sophie Tremblay, infirmière de l’Hôpital de l’Enfant-Jésus qui a été envoyée en renfort dans plusieurs unités affectées par la COVID-19, entre autres aux soins intensifs, en raison des épisodes de délestage au CHU de Québec. L’infirmière de 38 ans a été marquée par ce qu’elle a vu. «Il y a vraiment de grands malades aux soins intensifs. C’est un peu freakant, parce que le virus fait réellement des gros dommages», souligne-t-elle. En 2021, elle souhaite voir une baisse des cas d’hospitalisation. «On souhaite que les autres patients qui consultent pour un cancer ou une chirurgie puissent reprendre leur place», conclut-elle.

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