Repenser sa relation à l’alcool: elles sont devenues sobres pendant la pandémie


Andrea Lubeck
La pandémie a été l’occasion pour plusieurs personnes de repenser à certains pans de leur vie, que ce soit leur carrière, leurs relations... ou même leur consommation d’alcool. Deux jeunes professionnelles nous racontent leur parcours et les raisons pour lesquelles elles sont devenues sobres.
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«Je ne veux pas hypothéquer ma vie»
Février 2021. Ariane Martel Bouchard est déterminée à relever le défi 28 jours sans alcool. Malgré toute sa bonne volonté, elle s’est abstenue 5 jours avant de recommencer à boire, ce qu’elle a vécu comme une véritable «claque dans le visage».
C’est là qu’elle a pris conscience que depuis le début de la pandémie, sa consommation d’alcool avait beaucoup augmenté. «Être enfermée chez moi – j’habitais dans le fin fond du bois – m’a poussée à me réfugier dans l’alcool. Mais j’ai eu une prise de conscience. Je me suis dit que je ne voulais pas passer le reste de ma vie à boire autant. Je ne veux pas hypothéquer ma vie», relate-t-elle.
Celle qui réside à Saguenay affirme pourtant que l’alcool n’avait pas d’incidence sur sa vie personnelle, son travail ou ses amitiés, mais elle savait que sa consommation n’était pas saine. Ariane Martel Bouchard souligne qu’il lui fallait son verre chaque soir pour se détendre après le travail, mais qu’un verre se transformait rapidement en trois, quatre ou même cinq verres. Elle décide donc de devenir sobre du jour au lendemain, d’arrêter de boire cold turkey.
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Sa première tentative après l’épisode de février est déjà plus fructueuse: elle n’a pas bu une goutte pendant deux mois. Mais un excès de confiance – «qui n’était en fait qu’une illusion» – lui a fait croire qu’elle pouvait boire avec modération. Une semaine plus tard, elle constate que même la modération n’avait pas si bon goût pour elle.
«Je suis vraiment une fille pour qui tout est noir ou blanc. C’est la même chose avec l’alcool: c’était tout ou rien. Durant cette semaine-là, je me suis souvenu de la dernière année et demie durant laquelle j’avais moins de contrôle sur moi et sur ce que je consommais. Il ne m’en fallait pas plus pour me dire qu’assez, c’est assez», soutient Ariane Martel Bouchard.
Depuis, elle a arrêté et ça va mieux que jamais. Elle a troqué la bouteille pour le sport, ce qui n’aurait pas été possible pour elle auparavant puisqu’elle n’en avait pas l’énergie. C’est d’ailleurs ce qu’elle conseille à tous ceux qui souhaitent arrêter : remplacer l’alcool par autre chose, pour avoir la tête ailleurs quand l’envie de boire surgit.
«Je ne tente pas le diable non plus. Il n’y a pas de caisses de bière chez moi et ma conjointe est soucieuse de ne pas boire devant moi, surtout les jours où c’est plus difficile», dit-elle.
La sobriété pour propulser sa carrière

C'est à cause (ou grâce au, c'est selon) du télétravail que Katherine Caisse-Roy a diminué sa consommation d'alcool depuis le début de la pandémie. Le déclic survient un jour de septembre 2020, alors qu'elle perd son emploi dans une entreprise en événementiel «très axée sur le party» (puisqu'elle garde de très bons termes avec son ex-employeur, elle préfère taire son nom).
Comme coordonnatrice de studio, elle s’occupait d’organiser toutes sortes de partys et d’événements sociaux. Elle affirme même que des fûts d’alcool étaient accessibles sur les lieux de travail, rendant la consommation facile.
«Il y avait toujours une occasion pour faire la fête, relate la professionnelle de 33 ans. Mais avec le confinement et le télétravail, il n’y avait pas cette espèce de fébrilité qu’amène le fait d’être entouré de gens au studio. Les occasions pour moi de consommer se faisaient de plus en plus rares.»
Cette perte d’emploi a donc été l’occasion pour Katherine Caisse-Roy de repenser à sa vie et de faire ce qu’elle a toujours voulu faire: utiliser sa créativité dans le cadre de son travail.
«Je me suis rendu compte que l’alcool me ralentissait plutôt que de me propulser, explique-t-elle. J’ai donc décidé d’arrêter complètement. Au début, je me disais ce serait temporaire, mais après un mois, je me sentais tellement bien, j’avais tellement d’énergie que j’ai décidé de continuer.»
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Katherine Caisse-Roy soutient qu’elle n’aurait jamais pu se lancer à son compte en tant que créatrice et gestionnaire de contenu numérique si elle avait continué à boire de l’alcool. «Ma vie a vraiment fait un virage à 180 degrés quand je suis devenue sobre!»
Celle qui a toujours aimé faire la fête tente depuis de redécouvrir des façons d’éprouver du plaisir tout en étant en pleine possession de ses moyens. Comme elle était une grande amatrice de cocktails, elle prend goût à découvrir les mocktails.
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Neuf mois après avoir levé le coude pour la dernière fois, Katherine Caisse-Roy veut normaliser le mode de vie sobre. Elle travaille d’ailleurs sur son propre projet de balado, qui s’intitule Cheers! «Je trouve ça vraiment étrange que ce soit les personnes qui ne boivent pas d’alcool qui sont les outsiders. J’aspire donc à démocratiser la sobriété et rendre ça attrayant dans un contexte amusant et joyeux plutôt que sombre et dramatique.»
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