Le billet d'Eve-Marie: raconter son histoire, raconter l’Histoire avec Janette Bertrand

Ève-Marie Lortie

2025-10-25T04:00:00Z

Salut Bonjour, chers lecteurs. Cette semaine, j’ai eu le privilège d’avoir un rendez-vous avec la grande Janette Bertrand.

En début de semaine, Janette a reçu certains médias dans un salon de conférence situé dans une tour d’habitation de Montréal pour faire la promotion de son nouveau livre, Cent ans d’histoire – vous m’avez raconté le Québec. Ce livre est un résumé des autobiographies que des aînés du Québec lui ont fait parvenir. 

Souvenez-vous, quand la pandémie de covid-19 a débarqué dans nos vies, Janette avait eu l’idée de demander à nos plus vieux et plus vieilles de se raconter pour passer le temps pendant le confinement. Ce livre, c'est ce qu'il contient: des témoignages sur le Québec d’avant la Révolution tranquille, racontant tantôt la langue, tantôt la religion, la famille, la maladie et toujours l'amour.

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Derrière la caméra, un moment précieux

C’est toujours touchant de rencontrer Janette et de l’écouter parler de sa vie. Quand elle a eu cent ans en mars 2025, j’avais aussi été invitée à réaliser une belle entrevue avec elle. À la fin de notre entretien, je lui ai remis une bouteille de champagne en cadeau, parce que cent ans, franchement, ça se fête avec des bulles! Une carte accompagnait le cadeau. Je lui ai lu à haute voix le contenu de ma note personnelle parce que ce jour-là, les yeux de Janette lui jouaient de vilains tours. Je la remerciais pour tout ce qu’elle avait réalisé dans sa carrière de communicatrice. 

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Je lui avais écrit que si je pouvais être la première femme à animer l’édition de semaine de Salut Bonjour, c’est parce qu’elle nous avait ouvert autant de portes. J’avais aussi écrit que si j’avais pu quitter un mariage malheureux, que j'avais pu divorcer la tête haute et que j'avais pu racheter la résidence familiale, c’est parce qu’elle avait fait avancer les choses par ses actions publiques et par ses nombreuses interventions dans la société. C’était un beau moment, qui a d’ailleurs été filmé, parce que le collègue caméraman n’avait pas éteint la caméra, qui avait continué à rouler discrètement. J’avais diffusé le reportage le lendemain à Salut Bonjour.

Ne laissons pas le temps décider

Dans les dernières pages de son nouveau livre, Janette insiste sur l’idée de discuter entre nous. Je trouve cette idée magnifique. 

«Chaque personne âgée transmet des valeurs à ses enfants, encore faut-il que ceux-ci questionnent leurs prédécesseurs sur leur passé, s’intéressent à ce qu’ils vivent. Ils y apprendront une partie de leur propre histoire. N’hésitez donc pas à questionner vos parents ou vos grands-parents.» - Extrait de Cent ans d’histoire

Il y a 6 ans, mon père est tombé gravement malade. Une nuit où je me trouvais à l’hôpital – c’était à mon tour de rester à ses côtés –, nous avons écouté de la musique. À 80 ans, mon père n’en revenait pas que mon téléphone puisse aussi être une boîte à musique, un véritable juke box! Nous avons jasé longuement, papa et moi. J’ai souvent dit que cette nuit-là, à l'hôpital, j’avais mené une de mes plus belles entrevues. 

Mes questions allaient de «Penses-tu qu’il y a quelque chose après la mort?» à «Si oui, qui veux-tu voir dans le comité d’accueil au paradis quand tu vas arriver?» D’autres sujets ont été évoqués, mais je garde les réponses de mon père bien précieusement dans mon cœur. 

J’ai raconté ce moment de ma vie à Janette cette semaine, en marge de notre entrevue pour la promotion de son livre. Elle m’écoutait avec attention. C'est sans doute sa grande qualité d’écoute qui fait qu’on a envie de lui ouvrir notre cœur. Ce talent caché qu’elle possède est une arme d’humanité merveilleuse. Janette me répond: «C’est beau ce que tu as vécu. Mais pourquoi attendre d’avoir ces conversations entre parents et enfants dans les fameux “derniers moments”?»

Bravo, Janette, bon point. Parlons-nous, racontons-nous nos vies, consignons ces échanges dans des carnets, des vidéos. Soyons prêts à ouvrir nos cœurs à nos enfants, neveux et nièces, pour que ceux qui nous suivent ne perdent jamais de vue le travail de ceux et celles qui sont passés avant eux.

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