Le billet d'Ève-Marie: souvenirs et confidences du référendum de 1995
Ève-Marie Lortie
Salut Bonjour, chers lecteurs. Cette semaine, je vous propose de monter dans la machine à voyager dans le temps et de retourner 30 ans en arrière. C’est ce que nous avons fait à l’émission cette semaine. Nous avons revisité en studio les événements du référendum de 1995.
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J’adore ces moments anniversaires de l’histoire. Ils nourrissent les conversations avec les membres de l’équipe, les techniciens, les recherchistes. Chacun raconte ce qu’il faisait il y a 30 ans et explique comment il a vécu la soirée du dévoilement du vote. C’est beau aussi de voir mes jeunes collègues, qui n’ont pas été témoins de ces moments, écouter les récits de générations différentes.
Et vous, où étiez-vous il y a 30 ans?
Où j’étais il y a 30 ans
J’ai ressorti une photo de moi, prise à l’automne 1995. Ça faisait à peine un an que j’étais sortie de l’école de communication et journalisme ATM du Cégep de Jonquière. Lors du référendum d’octobre 1995, j’ai 21 ans. Je suis une jeune journaliste dans une radio francophone à Timmins, dans le nord de l’Ontario. La station s’appelle CKOY, membre du groupe privé Pelmorex à l’époque. Le mot «époque» est important: on travaille encore avec des cassettes. J’apprends à fonctionner avec un nouvel outil, l’internet, mais ce n’est pas simple. On reçoit les communiqués par fax et je n’ai pas de téléphone cellulaire.
Au Québec, mes amis sont mobilisés (plusieurs pour le camp du Oui). En Ontario, je vis une réalité tout à fait différente, celle de la communauté francophone hors Québec. Les Franco-Ontariens vont suivre avec attention ce qui se passe dans la province voisine. Si le Oui l’emporte... qu’est-ce qui va garantir la survie du fait français hors Québec? Comment vont-ils pouvoir maintenir leur droit aux services en français dans le Canada? Le soir du référendum, j’ai vu des Francos de Timmins nerveux et inquiets à l’idée de perdre le Québec comme allié francophone. Le lendemain, avec la victoire du Non, j’ai été appelée à faire un reportage téléphonique en anglais à CBC Newsworld pour expliquer le sentiment de soulagement qui avait gagné la population francophone de Timmins. Bref, une vraie belle expérience journalistique pour un début de carrière.

L’entrevue-choc avec Parizeau
À l’émission de ce mercredi, notre collègue Stéphan Bureau nous a raconté son expérience journalistique du référendum de 1995. Il y a 30 ans, Stéphan était le chef d’antenne du bulletin de nouvelles de TVA à 23 h. Le changement de case horaire à 22 h viendra une semaine après le référendum, nous a-t-il expliqué en studio. Mais souvenez-vous: c’est à lui que le premier ministre, Jacques Parizeau, a accordé une entrevue, enregistrée le jour du vote, avant la soirée de dévoilement des résultats. M. Parizeau révèle alors que si le Non l’emporte, il démissionnera.
Tous ceux qui sont dans la pièce sont soufflés par les révélations. Stéphan nous a confié qu’il était bien conscient de l’importance de cette entrevue, une entrevue qu’il a obtenue parce qu’il avait construit une relation de confiance avec M. Parizeau. Pendant un certain temps, Stéphan était le correspondant à Washington et M. Parizeau allait souvent parler économie avec l’administration américaine de l’époque. C’est comme ça qu’au moment venu, les confidences ont été échangées. Stéphan a avoué être ému de revoir ce bout d’entretien, 30 ans plus tard.

Une vrai du camp du Oui
La femme de Jacques Parizeau, Lisette Lapointe, était présente lors de l’enregistrement de l’entrevue en 1995. Et Lisette (elle m’a demandé de l’appeler Lisette, je n’aurais jamais osé) était aussi notre invitée cette semaine à Salut Bonjour.
Elle fait paraître ces jours-ci ses mémoires, intitulées De combats et d’amour. Le Journal a d’ailleurs publié, lundi 27 octobre, un résumé de l’ouvrage et un bel entretien avec l’ancienne première dame du Québec.
Lisette Lapointe a eu une vie d’engagement et de batailles. Il faut lire ses mémoires pour voir à quel point elle a mené de nombreux combats: comme mère d’un enfant gravement blessé dans une tragédie routière, comme femme de premier ministre, comme députée à l’Assemblée nationale et comme mairesse de Saint-Adolphe-d’Howard. Une fois notre entretien en studio terminé, je la raccompagne vers la sortie et lui demande: «Lisette, est-ce que la politique vous aura rendue heureuse ou vous aura déçue?» «Oh, Ève-Marie, j’ai tellement aimé ça, faire de la politique... et j’en ferai encore, ce n’est pas terminé, me répond-elle. Nous aurons bientôt un autre référendum et je serai là pour la cause!» Une vraie du camp du Oui, encore aujourd’hui.

Un débat qui renaît
Le chroniqueur Maxence Garneau est venu faire un survol de la tendance souverainiste qui émerge sur les réseaux sociaux et qui semble séduire les jeunes. L’intérêt des jeunes pour des vidéos Tik Tok va-t-il se traduire par des votes et une participation plus élevée au scrutin provincial de l’an prochain?
Et puis on a aussi reçu le collègue Paul Laroque, qui, lui, doit revisiter les coulisses du référendum de 1995 avec les acteurs principaux de l’époque tout au long de la semaine à LCN. Paul était là, sur le terrain, en 1995. Il a été un témoin du choix que le Québec a fait il y a trente ans.
Qu’est-ce qui nous attend politiquement dans les prochaines années? Je monterais bien encore une fois dans la machine à voyager dans le temps pour avoir un aperçu du futur!