Le grand patron de Metro au «Journal»: «C’est un peu normal qu’on passe au cash»

Il assure que le détaillant québécois fait tout, chaque jour, pour réduire la facture d’épicerie des Québécois

Photo portrait de Sylvain Larocque

Sylvain Larocque

2023-11-18T05:00:00Z

Dans le dossier chaud de l’inflation, le PDG de Metro, Eric La Flèche, a «un peu» l’impression de jouer le rôle de bouc émissaire, ce qu’il trouve injuste.

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«On est le dernier maillon d’une longue chaîne. Il y a des augmentations de prix tout au long de cette chaîne-là et nous, on est le dernier devant le client, alors c’est un peu normal qu’on passe au cash», lance M. La Flèche lors d’une entrevue accordée au Journal, cette semaine.

Être la cible de critiques acerbes depuis des mois finit par peser, confie le dirigeant de 61 ans.

«Ce n’est pas facile. On fait de notre mieux, on travaille fort, on essaie de bien servir nos clients. On ne profite pas de l’inflation comme détaillant. [...] On fait ce qu’on doit faire comme entreprise responsable, mais ça inclut aussi d’avoir une bonne gestion et de dégager un certain niveau de profits qu’on pense approprié.»

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Il n’a rien cédé à Champagne

Eric La Flèche n’a donc rien promis de nouveau au ministre fédéral de l’Innovation, François-Philippe Champagne, lorsque celui-ci a convoqué les «barons» des chaînes de supermarchés à Ottawa, en septembre.

«On n’avait pas besoin du ministre pour faire des efforts supplémentaires, lâche M. La Flèche. On fait des efforts tous les jours. [...] L’engagement qu’on a pris, c’est de continuer de faire tout ce qu’on pouvait pour offrir de la valeur à nos clients.»

Eric La Flèche à Ottawa, en septembre.
Eric La Flèche à Ottawa, en septembre. Photo Anne-Caroline Desplanques

Pendant des mois, surtout au début de la pandémie, soutient Eric La Flèche, il a été pratiquement impossible pour les détaillants en alimentation de refuser les augmentations de prix des fournisseurs, qui faisaient eux-mêmes face à une explosion des coûts.

«Il y a encore de la pression [inflationniste] dans le système, dit M. La Flèche. Elle est moindre et on essaie de convaincre nos fournisseurs, du mieux qu’on peut, que nos clients sont jusque-là [pour ce qui est de] la capacité d’absorber [de nouvelles hausses des] prix de détail. On est au bout. Il faut que les augmentations de prix que les fournisseurs nous demandent soient raisonnables, parce qu’on n’est pas capables de les refiler.»

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Marges plus élevées chez Jean Coutu

Si les marges bénéficiaires de Metro ont augmenté au cours des derniers mois, c’était principalement en raison des «cosmétiques, des produits à plus haute marge» vendus chez Jean Coutu, propriété de l’entreprise montréalaise depuis 2018, fait valoir le PDG.

«Nos marges brutes en pourcentage, dans l’alimentation, elles sont stables ou en baisse», répète-t-il à qui veut l’entendre.

Le grand patron de Metro, Eric La Flèche, dans le nouveau centre de distribution automatisé de l'entreprise à Terrebonne.
Le grand patron de Metro, Eric La Flèche, dans le nouveau centre de distribution automatisé de l'entreprise à Terrebonne. Photo Agence QMI, JOEL LEMAY

En réaction à la flambée des prix, les consommateurs se sont rués vers les enseignes à bas prix. Metro a suivi la vague en ouvrant trois nouveaux magasins Super C au cours de la dernière année, contre un seul Metro. Pas question, toutefois, d’imiter Loblaws, qui a converti un grand nombre d’établissements Provigo en Maxi.

«Avec le temps, est-ce que quelques Metro pourraient être convertis à Super C? On verra, mais il n’y a pas de mouvement de masse. Metro, c’est une enseigne en santé», affirme Eric La Flèche.

Au Québec, l’entreprise compte actuellement 197 supermarchés Metro, 103 magasins Super C et 386 pharmacies Jean Coutu.

Le PDG de Metro sur...

Les caisses automatisées

«Je sympathise, ce n’est pas facile. C’est un apprentissage pour les clients et pour les employés. C’est tout un défi, mais on s’améliore. Le client, avec le temps, il s’habitue et devient meilleur. [...] Si on veut donner un service... Il manque d’employés, c’est très difficile de recruter avec la pénurie de main-d’œuvre. Ça nous a aidés beaucoup à satisfaire le client – avec certaines frustrations. Mais le client aime mieux ça que d’attendre indûment.»

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La rémunération des hauts dirigeants

«On s’en passerait, je vous le dis [de la controverse sur les bonis versés aux cadres de Metro]. Mais on n’est pas gênés du tout de notre rémunération chez Metro. On est une grande compagnie, on est rendus à 20 G$ de chiffre d’affaires et 1 G$ de profits. On est le plus grand employeur privé au Québec [avec plus de 65 000 salariés]. Il faut avoir une équipe de talent. On paye les gens à des salaires compétitifs.»

De nouvelles acquisitions

«La switch est à on. [...] Quand elles se présentent, on essaie de voir si c’est la bonne chose pour nous. On a un bon bilan [financier], une bonne équipe et s’il y a des acquisitions qui se présentent, on espère pouvoir être en mesure de les faire.»

Le siège social au Québec

«On est une compagnie cotée en Bourse sans actionnaire de contrôle, alors on est toujours sujet à une offre [d’achat] non sollicitée. Ça pourrait arriver, mais comme on le dit depuis des années, la meilleure défense, c’est des bons résultats. Le prix de notre action [...] n’est pas un escompte pour personne [...] On n’est pas du tout à vendre. On veut continuer de grandir.»

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