Maxime Allard a retrouvé son métier avec joie

«Alertes», mardi 20 h, à TVA et sur TVA+. «Mea culpa», mardi 21 h, à Radio-Canada.

Patrick Delisle-Crevier

2026-02-19T11:00:00Z

Le comédien roule sa bosse dans le milieu depuis plus de 25 ans. Malgré sa gueule de jeune premier, il peine encore à décrocher LE rôle qui fera la différence dans sa carrière. Cependant, le vent pourrait tourner avec sa participation aux séries Alertes et Mea culpa. Il nous parle avec transparence des hauts et des bas de la vie d’acteur.

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D’abord Maxime, comment vas-tu ?

Je vais très bien, ç’a été une belle fin d’année pour moi en 2025. J’ai eu deux beaux rôles, et ce, après trois années complètes de disette. C’était le calme plat et j’ai galéré un peu pour gagner ma vie. Mais en septembre, deux beaux projets, soit Mea culpa et Alertes, sont arrivés. Ça me fait le plus grand bien et ça me donne une note d’espoir pour la suite.

Parle-moi de ces deux rôles...

Dans Mea culpa, je joue Pierre-Luc, qu’on peut voir en quelque sorte comme un amoureux potentiel du personnage de Bérénice. Rien n’est joué, cependant. Pierre-Luc est notaire et la justice réparatrice l’intéresse. Il vient donc au bureau de Bérénice en tant qu’observateur, car il s’intéresse au travail de médiation sociale. Mais à force d’être avec Bérénice et de l’observer, il se développe une petite attirance entre les deux. On verra bien où ça va nous mener. J’ai adoré tourner dans cette série qui, hélas, en est à sa dernière saison. Ç’a été une belle expérience qui m’a permis de retrouver le réalisateur Frédérik D’Amours, avec qui j’avais déjà travaillé. De plus, Mélissa Désormeaux-Poulin est une partenaire de jeu formidable.

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Et que dire de ton rôle dans Alertes?

Ce qui est agréable pour moi avec les deux projets, c’est que ce sont deux rôles complètement différents. Alors que Pierre-Luc est le gars sympathique, un gentil père de quatre enfants qui mène une vie rangée et saine, voilà que Matthew est tout le contraire. Il est malin, il a mauvais caractère, c’est un colérique. J’aime ça jouer un méchant, et c’est la première fois que je peux défendre un tel rôle dans une certaine continuité. Je suis content parce que ça vient casser l’image du beau gars ou de l’enquêteur qu’on me colle à la peau habituellement. Matthew est un homme rempli de défauts et en colère, car son fils se fait kidnapper. C’est un ancien joueur de hockey qui a perdu une jambe dans un accident de voiture et qui s’est mis au vélo jusqu’à devenir médaillé olympique. C’est donc un homme qui a une grande discipline, mais qui n’a pas une grande ouverture. Il a en lui un fond d’agressivité qui vient lui jouer des tours.

Comment as-tu accueilli la nouvelle de ces deux beaux rôles en même temps ?

Avec joie ! Étonnamment, les deux séries sont diffusées le même soir, mais à une heure d’intervalle et sur deux chaînes différentes. Je vis une véritable épiphanie, je retrouve mon métier et je redécouvre le plaisir d’être sur un plateau de tournage.

Tu ne crains pas la surexposition ? (rires)

Elle est très bonne, et ce serait bien le comble ! Mais sérieusement, je prends plaisir à retrouver des camarades sur les plateaux. Après un certain temps sans travailler, on perd nos repères et notre confiance en soi. Mais les deux équipes ont été extraordinaires avec moi et ma confiance est vite revenue. J’ai été bien entouré.

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Comment expliques-tu cette disette professionnelle de trois ans ?

Un concours de circonstances, des castings inappropriés, des occasions ratées... Tout ça est complexe, je ne peux pas l’expliquer concrètement. Ce genre de période donne lieu à une réflexion et une prise de conscience. Tu perds tes repères et tu vis dans l’incertitude et la peur de ne plus jamais travailler. Mais je n’ai jamais voulu abandonner. Je n’éprouve jamais de jalousie envers mes collègues qui travaillent, je n’ai pas non plus d’amertume. Je suis juste en manque de faire ce que j’aime le plus et de m’exprimer à travers mon métier. Je vois de beaux projets qui m’interpellent, je tente ma chance et ça ne fonctionne pas. Parfois, je ne suis même pas vu en audition.

Patrick Séguin / TVA Publications
Patrick Séguin / TVA Publications

Et au bout de tout ça, il faut nourrir sa famille et payer les comptes...

Oui. Je fais autre chose pour gagner ma vie quand c’est nécessaire. L’été dernier, j’ai lancé un appel sur Facebook pour offrir mes services et aider les gens avec différents travaux comme du terrassement, du paysagement... En toute humilité, j’allais chez des camarades, des amis comédiens qui m’engageaient. J’ai aussi fait des simulations au SPVM auprès de policiers qui sont en formation continue. Je fais aussi de la surimpression vocale. Mais tout ça est alimentaire. Ce qui m’intéresse, c’est d’exercer mon métier de comédien, et c’est un beau cadeau de pouvoir le faire.

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Qu’apprends-tu sur toi à travers tout ça ?

Cette période creuse m’a changé, je me suis découvert une grande résilience. Mon impatience est devenue patience. Je pense que je suis aussi plus généreux de ma personne, notamment dans mon écoute. J’ai cessé de me demander pourquoi je ne travaillais pas et de m’apitoyer sur mon sort. En créant de l’ouverture, j’ai l’impression que les choses se sont placées.

Y a-t-il un stress face à la conjointe et aux enfants, quand on ne travaille pas ?

Oui, c’est certain, avec l’inflation qui ne cesse d’augmenter, le coût du panier d’épicerie et le contexte politique actuel. À une certaine période, je pouvais m’en sortir en jouant le commis numéro quatre dans une publicité tournée à Toronto, mais je suis un visage trop commun maintenant pour faire ce genre de pub, semble-t-il. L’entonnoir se rétrécit donc et il y a de moins en moins d’opportunités. J’ai deux adolescents et on est souvent plusieurs autour de la table. Ça me tient à cœur que ma famille ne manque de rien. Ma conjointe et moi travaillons ensemble au bien de la famille. Ma blonde est Véronique Clusiau. Elle est aussi comédienne, mais elle ne travaille pas dans le métier depuis quelques années. Elle s’est développé d’autres passions, dont la poterie, et elle est en paix avec ça.

Tu as une belle gueule, tu es un bon comédien et tu es un vrai gentil. Comment expliques-tu, après 25 ans de carrière, que tu n’aies pas encore décroché LE rôle pour te propulser ?

Je ne sais pas. Il y a eu une période où j’y pensais sans arrêt, mais là, je n’ai plus envie de tenter de savoir le pourquoi du comment. J’ai souvent vu l’autobus du show-business passer devant moi : de temps en temps, la porte s’ouvre, j’embarque dedans et je pense que ce sera pour un bon bout, mais je débarque finalement à la prochaine station et je dois attendre sur le quai.

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Tu décroches souvent des rôles dans des séries qui en sont à leur dernière saison...

Oui, c’est fou ! J’ai vécu ça avec Yamaska, puis j’ai eu un vrai beau rôle dans Un lien familial, qui n’a pas été renouvelé après une saison. J’ai décroché un rôle dans Mea culpa, dont c’est la dernière saison, et mon personnage dans Alertes ne pourra pas revenir. Je suis souvent le comédien qui arrive pour le dernier stretch. Mais j’espère que mes deux rôles dans ces séries créeront du mouvement pour la suite des choses. Je ne m’attends à rien, mais je pense que mon physique et mon casting changent, car je vieillis ; ça va peut-être me servir.

Tu es comme un mystère dans ce métier : tu as la gueule d’un jeune premier et pourtant, tu finis toujours bon deuxième. As-tu l’impression que ton apparence t’a nui plus qu’autre chose ?

Oui, mais en même temps, je n’ai pas une si belle gueule que ça. C’est vrai que j’ai eu mon lot de rôles de beaux gars, de policiers et d’amoureux de passage. Mais dans Alertes, Matthew est grossier, vulgaire et agressif : personne ne pensait à moi pour jouer ça. Parfois, je prends le téléphone et je lève la main pour montrer que je peux faire autre chose, pour qu’on m’offre l’ouverture qui me permettra de montrer ce dont je suis capable. J’ai été longtemps sans auditionner.

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As-tu songé à tout laisser tomber pour faire autre chose ?

Jamais ! Ce métier, c’est un feu qui brûle en moi et je ne peux pas l’éteindre. Je ne me vois pas faire autre chose et je n’ai pas non plus une scolarité qui me permet de faire autre chose, sinon des travaux manuels. Il y a quelque chose qui me dit depuis toujours que je suis à la bonne place, donc je tente de garder le cap. J’ai mis tous mes œufs dans le même panier ; ce n’était peut-être pas la stratégie du siècle, mais mon bateau n’a pas coulé.

Te sens-tu désillusionné par rapport à tes rêves d’acteur ?

Je ne sais pas... Quand j’étais plus jeune, il y a eu une période où mon casting de jeune premier aurait pu me mener à jouer des rôles que j’aurais voulu faire, mais ce n’est pas arrivé. Je rêve de jouer Cyrano. En plus, je n’ai même pas besoin de prothèse ! (rires) Je m’accroche encore à mes rêves d’acteur, c’est certain que je ne suis pas rassasié, car je ne suis pas un grand amateur de congé prolongé. J’aime tourner, j’aime la rigueur, j’aime apprendre des textes et j’aime me lever tôt pour aller sur un plateau.

Que tentes-tu de transmettre à tes enfants à travers tout ça ?

Qu’il faut s’accrocher. Ma fille a 17 ans, mon fils a 13 ans, et ils comprennent la réalité. Je tente de les rassurer et de leur montrer que, même si le métier qu’on a choisi n’est pas toujours évident, il faut suivre son cœur, sa passion, et rester positif à travers tout ça. Je n’ai jamais été le papa qui pleure au bout de la table. J’ai gardé le fort, j’ai été débrouillard et je ne me suis pas apitoyé sur mon sort. Je suis quand même choyé parce que j’ai une belle vie, une famille magnifique et je tente de faire un métier que j’aime.

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