Mois sans alcool: Un défi qui s’invite dans nos salons
Adapté par Anaïs Chabot
Au Québec, le mois sans alcool s’impose peu à peu comme un nouveau rituel de début d’année, au même titre que se remettre au sport ou refaire son budget. Pendant 28 ou 31 jours — qu'on fasse le Dry January ou le mois sans alcool —, de plus en plus de Québécois rangent le tire-bouchon, laissent la bouteille de vin au frigo et testent la vie sans alcool. Et on ne parle plus seulement de faire une pause, mais d’écouter son corps, de protéger sa santé mentale et de retrouver un meilleur équilibre.
• À lire aussi: Entre sobriété, amour et rénovation: Chloée Deblois amorce un nouveau chapitre
• À lire aussi: 16 options sans alcool parfaites pour les fêtes
Pour beaucoup de femmes, ce défi est devenu une façon douce d’interroger leur propre relation à l’alcool, sans morale ni culpabilité. On ne se définit pas comme «alcoolique», mais on se rend compte que le verre de vin pour décompresser le soir ou l’apéro du jeudi est devenu un automatisme. Le mois sans alcool fonctionne alors comme un laboratoire intime: à quoi ressemblent les soirées, les rendez-vous, les soupers de filles quand le verre ne vient plus ponctuer la conversation?
Une culture du verre... en transformation
Au Québec, la culture du verre est bien ancrée: vin au souper, bière de microbrasserie, cocktails colorés, sans oublier les brunchs arrosés de bulles. L’alcool accompagne les retrouvailles, les festivités, les rendez-vous amoureux. Pourtant, un vent de changement souffle tranquillement. On parle de plus en plus de «sobriété curieuse», cette approche qui consiste à réduire ou à mettre sa consommation sur pause sans se coller une étiquette.
Chez les femmes, ce mouvement est particulièrement fort. Entre charge mentale, travail, famille et performance, l’alcool a longtemps été présenté comme une récompense bien méritée: «Mon verre de vin, je le mérite ce soir.» Le mois sans alcool vient bousculer ce réflexe. Il permet de mesurer le rôle réel que joue l’alcool dans la gestion du stress, du sommeil, de l’anxiété — et d’y répondre autrement, par la marche, le yoga, la lecture ou simplement... du repos.
Les effets qu’on remarque
Les participants au mois sans alcool rapportent souvent les mêmes constats: un sommeil plus profond, un réveil plus clair, moins de brouillard mental. Sans les réveils nocturnes liés à l’alcool et les lendemains un peu «cotonneux», la fatigue semble moins lourde, même si le rythme de vie reste le même. Plusieurs parlent d’une meilleure concentration au travail, d’une humeur plus stable et d’une énergie plus constante tout au long de la journée.
Le revers du «verre pour relaxer»: cernes moins marqués, teint plus lumineux, déshydratation moins visible. L’alcool étant un diurétique, il favorise la perte d’eau et donne parfois cet air un peu bouffi au réveil. Après quelques semaines de pause, certaines notent moins de rougeurs, moins d’inflammation et une meilleure tolérance aux soins du visage. Sans promettre un miracle beauté, le mois sans alcool agit souvent comme un coup de frais pour le corps comme pour l'esprit.
Il y a aussi la dimension invisible: la santé mentale. Le fameux verre pour relaxer du soir peut, à long terme, brouiller la perception qu’on a de ses émotions. L’alcool agit d’abord comme désinhibiteur, mais il peut ensuite amplifier l’anxiété, perturber le sommeil et accentuer les variations d’humeur. Les femmes qui participent au mois sans alcool découvrent parfois que leur stress ne disparaît pas... mais qu’il devient plus lisible.
Sans l’effet tampon de l’alcool, on distingue mieux ce qui déclenche vraiment les tensions: charge de travail, surcharge familiale, difficultés financières, solitude. Cela peut paraître inconfortable au début, mais cette lucidité ouvre la porte à des solutions plus durables: demande d’aide, réorganisation du temps, consultation professionnelle, nouvelles routines de bien-être. Le défi devient alors un point de départ, pas une fin en soi.
Les soirées sans alcool: gêne ou libération?
Reste la grande question: que deviennent les soirées, les sorties, les soupers en tête-à-tête sans un verre à la main? Certaines femmes appréhendent ce moment, craignant les questions déplacées, la pression des autres ou la peur de s’ennuyer. La réalité, pour plusieurs, se révèle plus nuancée. Une fois l’explication donnée — “Je fais un mois sans alcool” —, la gêne se dissipe souvent rapidement.
Et les codes sociaux évoluent. De plus en plus de bars, de restaurants et même d’épiceries proposent des bières sans alcool, des vins désalcoolisés et des cocktails sans une goutte d’alcool, travaillés comme de vrais mocktails. On peut trinquer avec un verre élégant, profiter des saveurs, sans le côté étourdissement. Pour certaines, cette découverte change tout: elles réalisent qu’une grande partie du plaisir venait du rituel, pas nécessairement de l’ivresse.
Consommation consciente
Dans un contexte d’inflation, l’argument financier ne passe pas inaperçu. Mettre sur pause les bouteilles de vin, les cocktails en sortie et les achats de dernière minute à la SAQ allège le budget, parfois de façon spectaculaire. Après un mois, additionner ce qui n’a pas été dépensé peut donner un choc révélateur... et inspirer de nouveaux projets.
Même chose pour les calories liquides, faciles à oublier. Le mois sans alcool permet souvent de mieux comprendre l’impact de ces calories invisibles et, surtout, de réapprendre à savourer ce qu’on boit. Lorsque l’alcool réapparaît sur la table après le défi, il est souvent consommé plus lentement, avec davantage de conscience.
Pas une obligation
Le mois sans alcool n’est pas un examen à réussir ni une preuve de vertu. Certaines tiendront tout le mois sans une goutte, d’autres feront «presque» un mois, d’autres encore arrêteront en cours de route. L’important n’est pas le score final, mais ce qu'on retire de l’expérience: une prise de conscience, un changement de rythme, une nouvelle façon de se faire du bien.