À 70 ans, Daniel Lemire n'entend pas prendre sa retraite

Même si son dernier one man show se termine, l'humoriste de 70 ans n'entend pas prendre sa retraite.

Daniel Daignault

2025-11-13T11:00:00Z

Le 16 novembre prochain sera une date importante dans la carrière de Daniel Lemire. Ce soir-là, au Cabaret du Casino de Montréal, il présentera la toute dernière représentation de son spectacle 40 ans de carrière, qui constituait son ultime tournée solo. C’était une belle occasion de parler avec lui de son parcours et de ce qu’il entend faire au cours des prochaines années, parce qu’il n’entend pas demeurer inactif.

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Daniel Lemire est arrivé à vélo au café où nous avions rendez-vous. Celui qui a célébré son 70e anniversaire de naissance le 10 octobre dernier est en bonne forme, et même s'il s'apprête à tourner une page importante, il est visiblement optimiste pour la suite des choses.

«C’est la fin de mes spectacles solos, mais je ne prends pas ma retraite pour autant, dit-il. Ce n’est pas un métier que tu quittes, j’ai encore le plaisir et le goût de créer et d’écrire. Je suis d’ailleurs en train de monter un nouveau show avec Denis Bouchard. Ça fait 40 ans qu’on travaille ensemble, et on sera deux sur scène, mais on n’a pas des attentes de fous, comme je n’en avais pas pour ce spectacle-là (NDLR: 40 ans de carrière), parce qu’honnêtement, la covid a changé la donne. Et le marché a aussi beaucoup changé. Il y a tellement de shows sur la route, c’est hallucinant. Juste en humour, il y en a énormément, et ajoute à ça la musique, le théâtre, la danse... En musique, ils ne vendent presque plus de disques, alors les spectacles demeurent à peu près le seul moyen de faire des sous. Les diffuseurs au Québec ont le choix, ils ont une liste de shows et ils choisissent ce qu’ils veulent présenter dans leurs salles. Mais bref, avec Denis, ce sera à nouveau le plaisir de se retrouver devant du monde et de faire de l’humour. C’est mon métier premier et j’adore faire ça.»

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Parti en trombe

C’est lorsque Les lundis des Ha! Ha! ont débuté, au Club Soda de l’avenue du Parc, à Montréal, que la carrière de Daniel a véritablement pris son envol. Claude Meunier et Serge Thériault étaient les instigateurs et animateurs de cette nouvelle formule de spectacles, et c’est sur cette scène que sont nés leurs célèbres personnages de Ding et Dong. Daniel Lemire, André-Philippe Gagnon, Pierre Verville, Michel Barrette, Rock et Belles Oreilles, le Groupe Sanguin et bien d’autres ont ainsi eu l’occasion de s'y faire remarquer par les très nombreux spectateurs qui assistaient à ces soirées.

«Quand j’ai entendu dire qu’ils lançaient ça, je me suis dit qu’il fallait absolument que je sois là, et j’y étais dès le premier soir, rappelle l'humoriste. C’était le délire, je pense qu’il y avait plus de 700 personnes dans la salle et j’avais fait mon personnage d'Yvon Travaillé, qui avait marché très, très fort.» C’était le 21 février 1983, et c’est ce qui a véritablement lancé sa carrière. «Il y avait beaucoup de gens du milieu qui étaient là, des gérants, et je me faisais découvrir. Ce qui était intéressant, en un sens, c’est que je n’étais jamais moi-même, je faisais toujours des personnages et personne ne me reconnaissait... et ce n’était pas désagréable. (rires) J’ai fait plusieurs numéros lors de ces soirées, des extraits de mon show qui étaient rodés (NDLR: Parlez-moi d’amour). Je n’avais pas écrit ça dans la dernière semaine! Il y a du monde qui s’est essayé, qui écrivait des numéros, et le public était dur. Ding et Dong mettaient la barre haute et si tu ne faisais pas rire le monde au cours des 10 premières secondes, ça n’allait pas très bien.»

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De grands personnages

Par la suite, Daniel est devenu l’animateur de l’émission Casse-tête, diffusée à Télé-Métropole. «C’était moins ma tasse de thé, avoue-t-il humblement. J’aime avoir le temps de travailler mes textes, mais on faisait quatre, cinq sketchs par semaine, et on goalait en s’il vous plaît! Ça allait très, très vite et on n’avait pas de budget. Mais l’émission scorait pas mal, on avait autour de 750 000 de cotes d’écoute pour un show qu’on faisait avec trois élastiques et deux trombones! M. Gabriele était directeur des programmes et j’étais allé le voir pour lui dire qu’on avait de la misère à fournir. Je lui avais demandé s’il était possible d’engager des gens qui écrivent pour nous aider. Il m'a répondu: "T’as juste à écrire plus vite"! Je n’étais plus là l’année suivante, mais ça m’avait fait connaître partout au Québec. Quand je suis arrivé avec mon show Lemire fait l’humour, ça marchait.»

L’humoriste a aussi fait sa marque à Juste pour rire. L’un des beaux souvenirs de sa carrière demeure sa participation aux Parlementeries de 1994, et le fait d'avoir eu la chance de côtoyer Yvon Deschamps. Pendant ce temps, il a créé des personnages inoubliables, comme Ronnie, Yvon Travaillé, Edmond, Maurice l’ex-fumeur, et bien sûr l’Oncle Georges. Daniel raconte comment il a créé ce dernier: «J’avais créé un personnage qui s’appelait Georges Smith. Il faisait une recette, une sauce Béchanel No 5! Il y avait toutes sortes d’ingrédients bizarres là-dedans. Je trouvais que c’était un personnage qui était le fun, qui avait du potentiel, et je me demandais ce que j’allais pouvoir lui faire dire. Au même moment, on a eu un enfant et ça m’a initié aux émissions jeunesse. J’ai décidé d’essayer ça et, dès le premier soir, ç'a été un succès. J’ai l’impression que je lui faisais dire tout haut ce que bien du monde pensait. Il y a peut-être un peu de ça. Il n’avait pas trop de filtres, pas trop de valeurs morales et, au fond, il les haït, les enfants. Dans mon nouveau show de l'époque, c’était le deuxième numéro, et ça marchait tellement fort que je l’ai déplacé vers la fin.»

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Un rythme différent

Des années plus tard, il connaît un succès semblable avec son ultime tournée, pour laquelle 50 000 billets ont été vendus. «Ce n’était pas une tournée comme avant, alors que je pouvais faire cinq spectacles par semaine durant six à huit mois, souligne-t-il. Cette fois, j’ai étalé la tournée sur trois ans, et les gens aimaient ça, alors que demander de plus? En présentant des spectacles à un autre rythme, ça m’a permis d’avoir une vie personnelle et familiale. J’ai un nouveau petit-fils, le troisième, et il est vraiment adorable. J’ai rarement vu un bébé rire autant! Chaque fois qu’on fait un FaceTime avec lui, il a le grand sourire, alors tu vois qu’il a un excellent jugement. (rires) C’est l’fun, et puis on voyage un peu aussi. Depuis plusieurs années, on passe un bout de temps dans le Sud, parce que ma blonde écrit des romans historiques sur la civilisation maya, alors là-bas, c’est son pain et son beurre. Elle parle espagnol aussi bien que le français, alors on y va assez régulièrement.»

Daniel a eu beaucoup d’années très occupées au cours de sa carrière, ce qui a fait en sorte qu’il n’était pas aussi présent à la maison qu’il l’aurait souhaité. «Mon fils m’en veut encore, dit-il en exagérant un peu. Il a trouvé ça dur, et quand j’étais présent, j’étais brûlé.» Le père de trois enfants ajoute: «Mon fils a deux enfants, et ma fille vient d’avoir un bébé.» En jetant un œil sur ses 40 ans de carrière, Daniel dit d'ailleurs éprouver une certaine nostalgie: «Il y a des jours où ça me rattrape, et en repensant à ça, je me dis que ç'a passé en claquant des doigts. C’est hallucinant. Le moment où je suis allé jouer en France, on dirait que ça fait un siècle de ça, que c’était dans une autre vie. Quand je repense à tout ça, je me dis que j’ai réussi une couple de bons coups, que c’était pas si pire.»

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Quant à son entrée dans le club des septuagénaires, Daniel confie en riant que ça n’a pas été un choc, parce qu’il l’a vue venir! «Il y a eu des moments plus marquants que ça. Je me rappelle quand j’ai eu 40 ans. Oupelaille! On avait loué un chalet pas très loin de Tremblant, et après mon show du samedi au Théâtre St-Denis, j’avais fait la route jusqu’au chalet. En arrivant, quand je me suis regardé dans le miroir, je me suis dit: "Oh my God, j’ai pogné un coup de vieux!" J’ai vu que je commençais à avoir quelques cheveux gris. (rires) Il y a quand même un côté tripant à vieillir; tu n’as plus rien à prouver, et si tu es en santé et que tu as une certaine aisance financière, je pense que ça se passe bien.» Au chapitre des regrets, Daniel aurait aimé que ses textes voyagent. Lucide, il confie qu’il n’a jamais eu l’ambition de faire carrière outre-mer, même s’il a tenté sa chance en France durant quelques mois à une certaine époque. Et quels sont ses sentiments à l'idée de présenter le dernier spectacle de sa tournée? «Je serai sûrement émotif, mais j’ai aussi hâte de tourner la page. C’est sûr que ce sera émouvant et qu'il y aura beaucoup de nostalgie. Je me vois mal faire encore Ronnie quand j’aurai 75 ans!» (rires)

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