Bienvenue, 2026! Ou plutôt... bienvenue, 2016?
Juliette de Lamberterie
Difficile à croire qu'une décennie s'est déjà écoulée depuis 2016. Une année décisive en rétrospective, autant sur le plan de la politique que celui de la culture, et que beaucoup contemplent en ce début de 2026.
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Après tout, c'était une année charnière, côté pop culture: Rihanna, Adele, Drake et Justin Bieber sont à leur apogée, Lemonade de Beyoncé et The Life of Pablo de Kanye West sortent, et on découvre la première saison de Stranger Things.
Évidemment, des évènements politiques majeurs qui allaient profondément impacter les années suivantes se sont produits durant la même période, particulièrement le Brexit et l'élection de Donald Trump. 2016, c'était donc l'année avant son premier mandat et les grands basculements sociaux qui ont suivi, comme le mouvement #MeToo, les politiques étasuniennes chaotiques et toutes leurs conséquences profondes, et la pandémie de covid-19. Pour faire très, très, court. Il est donc logique qu'on perçoive cette année comme le dernier calme avant la tempête, même si ce n'est qu'une illusion.
Cette époque nous évoque aussi nos derniers moments de naïveté en ligne. Après tout, c'était l'époque où Mark Zuckerberg et Elon Musk se disaient wokes; on croyait encore que nos réseaux sociaux étaient des espaces d'échanges positifs, et on se révélait sans réfléchir, via statuts et photos — avec filtres, s'il vous plaît!
Aujourd'hui, on sent davantage que la technologie nous dépasse et nous déshumanise. Au cours de la décennie, côté expression de soi en ligne, on s'est crispés. Le contrôle de son image numérique — de sa "marque personnelle" — est devenu de mise. Mais aujourd'hui, de plus en plus d'internautes déclarent leur ras-le-bol d'une culture web où tout est jugé cringe, et revendiquent leur droit d'être plus libres, expressifs et spontanés sur internet.
Voilà pourquoi les vedettes, et tous vos amis Instagram, partagent actuellement leurs photos throwback: on rit de ses anciens looks et on rêve à un paysage médiatique plus léger et plus coloré.
Cette nostalgie, en plus du cycle régulier de la mode, contribue bel et bien en 2026 à ramener à l'avant-plan des tendances de l'époque. Certaines sont déjà là, d'autres arrivent lentement mais sûrement. Une chose est sûre: cette année, on ne s'habillera pas comme en 2016, mais on adaptera beaucoup d'éléments qu'on aimait autrefois au Zeitgeist actuel. Petit tour d'horizon.
Les clous
Dans les garde-robes des amatrices de mode, les vêtements et accessoires cloutés sont déjà de retour. Les œillets se faisaient déjà de plus en plus remarquer sur les tops et les bandeaux à cheveux des masses depuis un an. Maintenant, leurs acolytes plats ou pointus rejoignent le party et les jeans, les vestes et les sac à main souples ornés de clous redeviennent très prisés, chacun étant idéal pour ajouter de l'intérêt à sa tenue. Les clous d'aujourd'hui sont moins... naïfs qu'en 2016. Ils sont piquants, plus désordonnés et un peu punk.
Les touches de fluo
Jusqu'à récemment, on considérait le fluo comme une mode qui ne reviendrait pas de sitôt. Pourtant, en 2025, ces couleurs ont commencé à ravoir la cote. Peut-être est-ce l'effet Addison Rae, jeune pop star qui a fait de sa garde-robe flashy sa marque de fabrique et qui a rapidement grimpé en popularité. Elle a trouvé écho dans le public: en 2026, les gens veulent s'amuser. Les collants fluo (très vus sur mes fils d'actualité), les sacs punchés et les morceaux qui flashent, comme un t-shirt vintage de couleur très vive, sont adoptés par les fashionistas. Croyez-nous, on verra beaucoup de fluo cet été!

Le combo short-collants
Un autre geste mode qu'on ne voyait plus beaucoup jusqu'à récemment? Les shorts portés sur les collants, qui font un retour en force. Les collants — colorés, en dentelle, à motif — étant déjà un accessoire phare du moment, il était inévitable que les adeptes des microshorts les intègrent dans leurs tenues d'hiver. Ainsi, ce duo mode a changé de forme et d'esprit depuis 2016: le look est plus soigné et moins axé sur le short en denim, qui passe à l'arrière-plan derrière les modèles en cuir ou en coton simple. Si on n'aime pas l'apparence du short ultra-mini, les bermudas larges descendant au genou sont tout aussi tendance. Ils permettent des looks confortables, corpos comme décontractés, selon la matière et la coupe choisies.


Les franges
Dans les défilés printemps-été 2026, les franges sont tout simplement partout. C'est un retour très remarqué, puisqu'on les a vues chez Chanel, Alexander McQueen, Alaïa, Balmain, Mugler, Rick Owens, Yohji Yamamoto, Elie Saab, Valentino et plusieurs autres. Ce qui est intéressant, c'est que chaque designer les porte à sa façon, ce qui donne des looks très différents, tantôt boho, tantôt grunges, tantôt sculpturaux et élégants.



Le business casual en tous contextes
L'esthétique office siren — appelation désignant des tenues corpo mais seyantes et minimalistes —, fait déjà rage depuis 2024, notamment grâce à des artistes qui ont donné au costume rayé et à la jupe crayon une nouvelle vigueur. On pense à Doechii, habillée par Thom Browne, qui a défini 2025 avec ses tenues avant-gardistes, cool et queer. FKA Twigs a aussi misé sur une esthétique similaire pendant la promotion de son album Eusexua. Tout cela a revigoré la mode corporative, qu'on voit actuellement beaucoup dans des contextes dépassant largement celui du bureau. Sur les tapis rouges, dans les bars, et même un samedi matin, alors que le nuage de la récession menace, les it-girls portent des tenues corpo-glam, l'évolution du «business-cas'» des années 2010.

Les wedges (particulièrement les espadrilles compensées)
C'est une mode qui arrive doucement, mais qui est pourtant annoncée par certains médias depuis plusieurs mois. Popularisée par la Beckett Wedge Sneaker d'Isabel Marant en 2011, cette chaussure qui divise a connu son heure de gloire pendant les années subséquentes — soit un peu avant 2016, vous m'excuserez. On la voyait d'un œil plutôt négatif, mais des jeunes gen Z et gen Alpha, n'ayant pas vécu cette époque, se les réapproprient, et c'est North West qui mène la danse. La chaussure d'Isabel Marant est maintenant de nouveau offerte et figurait même au huitième rang de l'index Lyst cet été. La résurgence de ce soulier est donc annoncée; reste à voir comment ses nouvelles adeptes les porteront.
Les sautoirs et les colliers statement
Les énormes colliers qu'on portait en 2016 ressortent dans nos anciennes photos, et des formes actualisées de ces bijoux refont surface. Les sautoirs longs sont de nouveau appréciés par les modeuses, qui les choisissent en cuir ou en tissu. Les chapelets connaissent aussi leur moment. Du côté des colliers courts, les grosses perles sont aussi populaires.


Le règne du grunge
Le grunge n'est jamais "parti", évidemment, mais les looks de stars qui résonnent le plus en ce moment s'orientent beaucoup autour de l'esthétique. Alors que les bas nylon en filet, les habits déchirés et les chemises carreautées dominaient nos comptes Tumblr en 2016, les teintes sombres, les détails grossièrement gothiques ou victoriens et les vêtements déstructurés sont hyper tendance aujourd'hui. Le pic des années clean girl semble enfin derrière nous et la majorité se tourne progressivement vers les maquillages et les ensembles plus défaits et expressifs.

Le boho 2.0
Un autre incontournable des streetwear des dernières semaines de la mode? La dentelle, portée par absolument tout le monde. Les modeuses l'adoptent de façon romantique, parfois contrastée avec des matières plus brutes comme le cuir. Ainsi, si on observe la recrudescence des tenues boho, celles-ci se distinguent des tenues de 2016 de type Coachella, avec leurs couronnes de fleurs et leurs bijoux de visage frôlant l'appropriation culturelle (ou en étant carrément). Chez les artistes et les adeptes de la mode, on observe ainsi des tenues boho plus rock'n'roll qu'il y a 10 ans (Suki Waterhouse en est un bon exemple), ou qui embrassent complètement l'esprit whimsical, fantaisiste et un peu magique.


Alors, voilà. 2016 est de retour, version monde parallèle. On ne peut pas retourner en arrière, mais on peut se questionner sur ce qu'on aurait voulu faire différemment dans la dernière décennie, particulièrement en ligne, et prendre ces réflexions avec nous pour la période qui commence. Visiblement, pour beaucoup d'entre nous, c'est de se prendre moins au sérieux.