«Elle reprend son pouvoir parce que sa parole a été confisquée» : Gisèle Pelicot a décidé de raconter elle-même son histoire

Équipe Salut Bonjour

2026-02-17T16:04:06Z

Léa Clairmont-Dion, autrice, réalisatrice et professeure associée à l’Université Concordia, était avec nous ce matin pour parler de la parution du livre «Et la joie de vivre» de Gisèle Pelicot.

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Revoyez le segment complet dans la vidéo en tête de cet article.

«C'était en décembre 2024 à ce moment une des rares prises de parole de Gisèle Pelicot tout juste après le verdict de culpabilité prononcée contre son mari. Elle avait remercié sa famille, ses avocats et les appuis reçus par le monde entier. On ne l'avait pas souvent entendu parler Gisèle Pelicot. Gisèle, c'est cette femme qui a été violée plus de 200 fois pendant 10 ans par son mari, par plus de 50 hommes. Était droguée à son insu, son conjoint avait organisé ses viols, son histoire a marqué l'histoire parce qu'il y a l'horreur des crimes commis et aussi parce qu'elle a décidé de lever l'interdit de publication. Son nom devenait public, mais le nom de ses agresseurs aussi. Et maintenant, Gisèle Pelicot, elle décide de se raconter. C'est la sortie mondiale du livre «Et la joie de vivre» de Gisèle Pelicot, écrit en collaboration avec la journaliste Judith Perrignon.»

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Alors on pense connaître l'histoire, ce qu'on nous en a raconté dans les médias quand on a suivi le procès en France. Mais ce livre-là, il permet de mieux connaître Gisèle Pelicot.

«Gisèle Pelicot, on l'a dit, c'est une héroïne. Elle a marqué l'histoire parce qu'elle a levé l'interdit de publication, puis parce qu'elle s'est tenue debout devant les agresseurs et elle nomme la violence. Mais Gisèle Pelicot aussi, elle a survécu à ce drame-là et elle est là debout pour témoigner. Et ce livre-là, c'est une reprise de pouvoir. (...) Parce que dans les médias, parfois Gisèle Pelicot s'est sentie instrumentalisée, elle s'est sentie comme un animal de cirque et là, elle nous raconte sa vie à elle.»

D'où elle vient et son histoire, son enfance prend une grande part du livre.

«Oui, parce que ce sont des humains et je pense que la violence sexuelle et la violence tout court, Dominique Pelicot, il l'a déshumanisée. Elle a été déshumanisée à la cour de justice par des avocats de la défense qui l'ont traitée parfois avec un grand mépris et une grande violence. À un moment donné, Gisèle Pelicot, elle a dit «Moi, je me suis sentie comme si c'était moi l'accusé, si c'était moi la coupable.» devant ces 53 hommes qui ont défilé devant elle en la défiant. Et puis, c'est ça, Gisèle Pelicot, elle a pris la plume, puis c'est une humaine.»

Puis elle dit, enfance heureuse, ordinaire, mais perdra sa sa mère très, très jeune, donc il y cette tristesse-là. Puis en même temps rencontrera Dominique Pelicot jeune aussi. Ce sera un coup de foudre. Elle va beaucoup l'aimer cet homme.

«Ce que j'ai trouvé intéressant, c'est comment est-ce que la violence s'immisce dans un quotidien en 50 ans. Comment des petits signes comme ça qui arrivent ici et là nous font un peu douter finalement du caractère bienveillant de notre mari dans son cas (...), mais il y avait des petits éléments qui nous faisaient croire qu'il y a quelque chose qui clochait. Mais c'était un homme normal. Et ça c'est un mythe qu'on a souvent là qui est qui percolent dans l'espace public comme si les agresseurs sexuels, c'était toutes des hommes hyper violents cagoulés dans une ruelle. Non, ça peut être aussi un monsieur Pelicot qui a l'air gentil, qui va en vacances, qui porte une chemise fleurie, qui est sympathique et qui aime sa femme malgré tout. Malgré tout. Et elle, elle l'a aimé quand même. Donc c'est ça qu'elle démystifie dans ce livre-là. À travers cette histoire d'amour, il y eu le le plus grand drame de l'histoire de la France finalement en termes de violences sexuelles.»

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Je disais en présentant l'histoire de Gisèle Pelicot qu'elle elle marque l'histoire d'abord par la gravité des crimes qui ont été commis, bien sûr. Oui. Mais le fait qu'elle ait demandé qu'on lève l'interdit de publication. C'est fou. Ça, et et puis on apprend à la toute fin-là que ce n'était pas son intention dès le départ.

«Non, c'est ça, puis elle le raconte, elle dit ça a pris 4 ans avant d'accepter. Premièrement qu'elle avait vécu tout ça, d'accepter quand l'enquêteur lui a avoué tout ce qui s'était passé, de dire «Ok, moi j'ai vécu ça», puis en fait ce que c'est dit, c'est «Moi je vais rester digne à travers ce processus-là et je veux montrer aux autres victimes survivantes que c'est possible d'avoir une vie aussi après.» Et c'est ça qui s'est passé. Ça a été difficile, vous le savez, elle a eu une chicane avec sa fille Caroline parce qu'elle-même avait vécu l'inceste de son père, ça a été difficile pour elle de l'admettre. Puis je pense que Gisèle Pélicot dans une certaine partie de sa vie, par mécanisme de survivance, elle a été dans le déni. Et c'est comme si elle sortait du déni, puis elle disait, bien moi, je vais assumer. Et imaginez le le courage que ça prend à être dans une cour de justice, se faire contre-interroger pendant des jours et des jours et voir les agresseurs défiler devant soi. Ils étaient à côté d'elle physiquement. Donc pour moi, c'est un immense courage, puis ça a tout changé sa vie finalement. Elle a fait oeuvre utile.»

En écrivant son histoire, qu'est-ce que ça a comme signification pour elle, pour sa guérison?

«Elle reprend son pouvoir parce que sa parole a été confisquée. Elle a été piétinée, elle a été violentée et là, elle dit «Moi, je suis là et j'existe et c'est mon pouvoir.» C'est ça qu'elle dit Gisèle Pelicot. Et franchement, elle a été considérée pour le prix Nobel de la paix. Moi, je dis oui. Parce qu'en fait, ce qu'elle fait, c'est un grand travail de sensibilisation pour prévenir les violences à caractère sexuel.»

Le livre «Et la joie de vivre» est disponible au Québec dès le 17 février 2026.

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