Un premier rendez-vous... avec ou sans maquillage?

Élise Fiola

2026-02-07T21:00:00Z

J’étais avec mes amies l’autre soir, autour d’un verre de vin blanc et d’une table recouverte d’en-cas dignes d’un véritable souper de filles, lorsqu’on s’est mises à parler de dating. Techniques de flirt, meilleures questions à poser pour cerner un futur potentiel amoureux, sans oublier la fameuse préparation qui précède un premier rendez-vous...

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Vous et moi le connaissons bien, ce moment qui nous fait osciller entre excitation et crise existentielle, où une petite panique silencieuse s’installe entre deux couplets de Wannabe des Spice Girls, jouée à tue-tête pour éveiller la motivation. La scène est reconnaissable parmi mille: le lavabo de la salle de bain transformé en zone de guerre, recouvert de produits de beauté; poudre bronzante, cache-cerne, fond de teint, mascara, crayon, rouge à lèvres, fer à cheveux, séchoir, fixatif... Quelques heures avant la première rencontre, seule devant le miroir, c’est là que tout se joue: comment souhaite-t-on se présenter? Quelle première impression cherche-t-on à donner? On observe son reflet, on replace une mèche, on hésite devant la trousse de maquillage.

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C’est peut-être une simple impression, mais à l’ère des applications de rencontre, ce moment semble d’autant plus chargé. Les premiers échanges commencent déjà par des images soigneusement sélectionnées, des photos où l’on paraît détendue, lumineuse, attirante — des photos qui représentent ce que l’on aime le plus chez nous, qui nous avantagent. Le choix des vêtements, la coiffure, le maquillage deviennent alors une extension de cette mise en scène et parfois une béquille pour se sentir à son meilleur, comme pour se rapprocher de cette version optimisée que nos matchs ont vue en premier.

Entre masque et déclaration

Je me maquille rarement au quotidien; un peu par paresse, un peu par manque de temps. Mais quand je me prépare pour une première date, je sors presque inévitablement le combo gloss et mascara, et je me laisse parfois tenter par le fard à joues. Que l’on choisisse de se farder ou non, c’est ce qui se cache derrière cette décision qui est parlant.

«Le maquillage en soi n’est ni bon ni mauvais», établit de prime abord la docteure Janick Coutu, psychologue et fondatrice de la plateforme Dose de psy. «Tout dépend de la relation qu’une personne entretient avec lui, explique-t-elle. Si on peut être à l’aise sans maquillage, mais qu’on aime en porter dans certains contextes, cela peut être sain, comme un outil pour se sentir bien. Alors que si le maquillage devient la seule source de confiance, il se transforme en piège, en dépendance qui nous éloigne de l’acceptation de notre visage au naturel.»

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Cette nuance est cruciale. Car au cœur du geste de se maquiller, il n’y a pas seulement l’envie d’être belle: il y a la peur de ne pas l’être «assez». Et, cela peut ainsi avoir un impact sur la manière dont on se présente. Selon la psychologue, l’estime de soi influe directement sur la manière dont on vit une rencontre. «Une personne qui se croit insuffisante risque de percevoir la moindre hésitation comme un rejet, de se replier, de confirmer malgré elle la peur qui l’habite. Alors qu’à l’inverse, quelqu’un qui se sait digne d’intérêt se présente autrement: plus ouverte, plus vivante, plus capable de laisser place à l’inconnu.»

Dans ce contexte, montrer son visage au naturel peut devenir, pour certaines, un acte d’intimité réelle. Se démaquiller devant quelqu’un, ou simplement être vue au réveil n’est peut-être pas seulement le dévoilement d’un visage, mais aussi d’une fragilité, de complexes. «Si l’idée de se présenter sans maquillage provoque de l’angoisse, c’est le signe qu’il y a un travail d’apprivoisement de soi à faire, loin du regard de l’autre», nomme, en ce sens, la psychologue.

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Un choix conscient

Pour la troisième date, j’y vais souvent au naturel. C’est la règle informelle que je me suis donnée un peu inconsciemment. Comme pour présenter tous mes angles aux balbutiements de la relation. Sans m’en rendre compte, j’ai peut-être adopté la tendance du comfy dating. Cette approche, portée notamment par la génération Z, valorise la rencontre dans un état plus proche du quotidien: vêtements simples, maquillage léger ou absent, attitude le plus naturelle possible. Ce n’est pas un rejet de la séduction, mais une réorientation. L’objectif n’est plus d’impressionner, mais plutôt de coïncider avec soi-même pour s’éloigner du «jeu» et de la «représentation».

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Cela me rappelle ma toute première date à vie. Soucieuse de me montrer sous un jour qui me représente réellement, j’avais opté pour un jeans, un t-shirt blanc, un mascara. Et voilà, rien de plus simple. Comme pour effacer tous artifices, comme si ceux-ci me paraissaient nuisibles, m’éloignant de ce que je suis vraiment. Dre Janick Coutu met en garde contre l’idée que cet autre extrême, au «naturel», serait en soi plus authentique: «Même la simplicité peut devenir une performance, si elle est imposée. L’enjeu n’est pas de choisir entre maquillage ou absence de maquillage, mais de comprendre pourquoi on fait ce choix.»

Maintenant que j’ai quelques expériences au bâton en matière de dating, je me sens plus à l’aise de jouer avec les codes et de montrer les différentes facettes de ma personnalité, quelle que soit la rencontre. Parce que, oui, je suis celle qui se maquille et sort les talons hauts pour des événements glamour et chic. Mais je suis aussi celle qui est toujours en sneakers au bureau, sac de sport sous le bras.

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Plus près de soi

Ce qui compte, au fond, c’est la distance entre la version qu’on présente et la version qu’on est réellement. Plus cette distance est grande, plus la relation risque de se construire sur une illusion. Et tôt ou tard, le moment où l’on se réveille sans mascara aux côtés de l’autre, où le maquillage se sera estompé, arrivera.

Bien entendu, on ne se montre pas tout entière dès la première rencontre. C’est un prélude. Mais plus on s’autorise à se dévoiler dès le début, plus la possibilité d’une véritable rencontre devient réelle.

Parce que c’est peut-être ça, aussi, dater: apprivoiser l’autre, mais aussi s’apprivoiser soi-même, se montrer vulnérable... avec un pur inconnu comme témoin.

Et qui sait? Cet exercice donnera peut-être envie, à ce bel étranger, de nous connaître davantage?

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