Près de 4500 infirmières épuisées ou blessées sont en arrêt de travail: «C'est alarmant depuis un certain temps.»

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Héloïse Archambault

2026-01-12T14:20:00Z
2026-01-12T14:21:38Z

Près de 4500 infirmières sont blessées ou épuisées et donc en arrêt de travail forcé. Une situation alarmante dans un contexte où la pénurie de personnel sévit déjà dans le domaine de la santé.

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Revoyez la chronique complète dans la vidéo en tête d'article.

«C’est le réseau qui les rend malades», déplore Brigitte Petrie, présidente du syndicat local de la Fédération interprofessionnelle de la Santé (FIQ) en Montérégie-Est. «C’est épouvantable ce qui se passe.»

Pas moins de 4584 infirmières du réseau public étaient en congé de maladie en novembre dernier, montrent les données recueillies par Le Journal grâce à la loi sur l’accès à l’information.

Ce chiffre est probablement plus élevé, puisque des établissements n’avaient pas répondu au moment de publier. Dans plusieurs régions, ces absences représentent près de 10% des infirmières. Il manquait 355 infirmières en Mauricie et 315 en Estrie, l’automne dernier.

Hôpital l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke. Photo Léandre Roy Photo Léandre Roy
Hôpital l’Hôtel-Dieu de Sherbrooke. Photo Léandre Roy Photo Léandre Roy Léandre Roy

Infirmières épuisées et stressées

La surcharge de travail, la violence des patients, l’épuisement et le stress sont les principales raisons qui expliquent ces départs à long terme, estime la FIQ, le syndicat qui représente la majorité des infirmières au Québec.

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Plusieurs employées ont aussi été blessées au travail, par un patient ou de l’équipement désuet, et reçoivent des prestations de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST).

«C’est dangereux pour la sécurité des soins et ça fait boule de neige. On ne remplace pas les absents, donc les infirmières ont plus de responsabilités. À la grandeur du réseau, ça fragilise encore plus», souligne Julie Daigneault, vice-présidente de la FIQ et responsable de la santé et de la sécurité.

Du côté des infirmières auxiliaires, la situation est tout aussi préoccupante avec 2217 absences l’automne dernier. En Montérégie-Centre, cela représentait 18% de toutes les employées.

Selon un professeur de relations de travail à l’Université du Québec à Trois-Rivières, un ratio d’absences de 5% devrait être le maximum acceptable.

Un problème d’organisation

«À 5%, on devrait s’éveiller, et à 8%, on a un problème organisationnel», explique Jean-Claude Bernatchez.

«Le mot d’ordre, c’est de faire plus avec moins pour être efficaces. Or, dans le secteur de la santé, c’est catastrophique. Ce ne sont pas des pièces d’auto qu’on construit», ajoute Angelo Soares, professeur spécialisé en ressources humaines à l’Université du Québec à Montréal. «Cette manière d’organiser le travail, [...] c’est un empoisonnement. Les gens tombent malades.»

Angelo Dos Santos Soares, professeur titulaire au Département d’organisation et ressources humaines de l’ESG UQAM.
Angelo Dos Santos Soares, professeur titulaire au Département d’organisation et ressources humaines de l’ESG UQAM. angelosoares.ca

Selon la FIQ, la solution pour réduire ce fléau est de mettre en place des ratios de patients à la charge des infirmières.

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«C’est une roue infernale qui tourne. Arrêtez de les surcharger, elles ne quitteront pas en maladie et toute la roue va mieux rouler. En plus, ça va coûter moins cher de temps supplémentaire», insiste Mme Petrie.

Il y a 86 919 infirmières au Québec, selon l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. En 2021, le ministre de la Santé Christian Dubé estimait qu’il manquait 4000 infirmières au Québec. Le ministère de la Santé prévoit de mettre ce chiffre à jour au cours de l’hiver.

Régions où il manque le plus d’infirmières

Mauricie–Centre-du Québec

355 sur 3791 (9%)

Estrie

315 sur 4169 (8%)

Capitale-Nationale

284 sur 3425 (8%)

Lanaudière

249 sur 2655 (9%)

Centre universitaire de Santé McGill

230 sur 3354 (7%)

Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

222 sur 2169 (10%)

Saguenay–Lac-Saint-Jean

211 sur 2447 (9%)

Régions où il manque le plus d’infirmières auxiliaires

Mauricie

243 sur 1430 (17%)

Estrie

199 sur 1340 (15%)

Lanaudière

175 sur 1081 (16%)

Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal

173 sur 1110 (16%)

Montérégie-Centre

170 sur 930 (18%)

Capitale-Nationale

157 sur 1198 (13%)

Saguenay–Lac-Saint-Jean

99 sur 712 (14%)

Bas-Saint-Laurent

95 sur 609 (16%)

Source: Demandes d’accès dans les CISSS du Québec, novembre 2025.

NDLR: Les congés de maladie incluent l’assurance-salaire, la CNESST et parfois l’IVAC et la SAAQ. Certaines employées en retour progressif sont comptabilisées.

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