Retour en présentiel à 3 jour par semaine : la nouvelle ne plaît pas du tout aux fonctionnaires

Geneviève Lajoie
Le retour en présentiel à 3 jours par semaine ne fait pas du tout le bonheur des fonctionnaires concernés. De possibles recours vers les tribunaux ont d'ailleurs été mentionnés par certains.
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Revoyez la chronique complète dans la vidéo en tête de cet article.
«C'est une belle porte pour le gouvernement pour pouvoir abolir encore plus de postes, et ça coûtera encore plus de services à la population, malheureusement!», dénonce le président du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ), Christian Daigle, en entrevue avec notre Bureau parlementaire.
Invoquant une hausse de l’absentéisme, Québec a sonné le retour obligatoire des travailleurs de la fonction publique, avec au moins trois jours en présence hebdomadaire à compter du 26 janvier.
À l’heure actuelle, les employés de l’État ne sont tenus de se rendre dans les tours de bureaux du gouvernement que deux jours par semaine, le reste du travail s’exécutant à distance.
Les fonctionnaires sont en désaccord avec les justifications invoquées par l’employeur et attribuent la hausse de l’absentéisme aux mesures d’austérité dans les ministères et organismes, qui provoquent une surcharge de travail.
«Les gens nous ont démontré qu’ils sont professionnels, qu’ils sont efficaces en télétravail autant qu’au bureau, qu’ils sont capables de faire le travail de la maison. Pourquoi est-ce qu’on irait engorger le trafic existant déjà dans les grandes villes?», insiste Daigle.

Baisse de productivité et démissions
Un sondage maison réalisé auprès des membres du SFPQ révèle que les fonctionnaires ne sont pas d’avis qu’une augmentation du travail en présentiel améliore la collaboration et la cohésion d’équipe. Les employés évoquent même des difficultés de concentration en raison de l’absence d’espaces fermés ou de postes attitrés.
Plus encore, les employés de l’État anticipent des effets négatifs avec l’ajout d’une troisième journée de boulot au bureau: 87% des gens sondés prévoient une hausse du stress et de la fatigue, 63% une baisse de la productivité individuelle et 71% une diminution de l’intention de rester en poste.
Le président du SFPQ compte bien se battre pour défendre ses membres et réclamer que le gouvernement maintienne les règles actuelles.
Des griefs ont déjà été déposés en raison de la décision «unilatérale» de la ministre France-Élaine Duranceau, qui a procédé à l’annonce d’une nouvelle politique de télétravail sans réelle consultation des employés.
Et rien n’est exclu pour la suite, outre une requête en injonction, puisque la sécurité des fonctionnaires n’est pas en jeu. «On est en train d’évaluer d’autres recours possibles», précise Christian Daigle.
Il signale que le Conseil du trésor est d’ailleurs muet jusqu’ici au sujet du sort des travailleurs des régions qui ont été embauchés par l’État pour respecter l’engagement de la CAQ de transférer quelque 5000 emplois en dehors des grands centres.
«Est-ce que la personne qui travaille à Saguenay va aller se présenter au bureau d'aide sociale ou de Service Québec [du coin] pour pouvoir faire sa prestation de travail, alors que ses collègues de la RAMQ sont à Québec sur le boulevard Laurier?»
Sondage maison réalisé par le SFPQ auprès de ses membres
- 87% prévoient une hausse du stress et de la fatigue;
- 82% anticipent une détérioration de la conciliation entre travail et vie personnelle;
- 63% s'attendent à une baisse de la productivité individuelle;
- 71% envisagent une diminution de la rétention (intention de rester en poste);
- 75% prédisent une baisse de l’attractivité de la fonction publique pour le recrutement;
- 58% disent travailler la majorité du temps seul lors de leurs journées en présentiel.
Extraits des commentaires reçus dans le cadre de la consultation en ligne
- Le présentiel à trois jours nuirait à ma concentration et ma productivité.
- Pour ma part, je suis plus efficace à la maison. Il y a beaucoup moins de bruit, car au bureau les gens parlent fort et parlent tout le temps. Ma concentration n’est pas là du tout. À la maison, je fais mon travail plus vite et plus efficacement. Je n’irai pas plus dans les magasins en allant au bureau, à part plus d’essence.
- C’est un réel pas en arrière sur la conciliation travail-famille, qui va générer du stress pour les mères de famille surtout! Totalement en désaccord avec les trois jours obligatoires.
- Je quitterai mon emploi avec toutes mes connaissances et expériences à cause du retour au bureau.
- Le télétravail me permet une meilleure conciliation travail-famille, car j’ai un enfant handicapé avec des besoins particuliers, et les ressources d’aide sont limitées.
- Je souhaite partager avec vous que je me sens plus efficace en télétravail. Le fait de travailler à distance me permet de rester concentré sans être dérangé, et d’optimiser mon organisation. Cela contribue à améliorer ma productivité et la qualité de mon travail.
- Le télétravail me permet de travailler dans un environnement plus calme et mieux organisé, ce qui améliore ma concentration et ma productivité. Il réduit également le temps de déplacement, me laissant plus d’énergie pour me consacrer pleinement aux objectifs et à la qualité du travail.
- Le présentiel ne change rien, les rencontres sont quand même sur Teams, car nous ne sommes pas tous au même moment au bureau; comme il n’y a plus de bureaux attitrés, il arrive que nous ayons à chercher une place, à changer d’étage et à nous organiser pour travailler, ce qui est une perte de temps considérable. De plus, le présentiel m’appauvrit, car je dois payer du stationnement, de l’essence... Dans un contexte où il est difficile de joindre financièrement les deux bouts, de se nourrir, de se loger adéquatement, de se payer des médicaments nécessaires, je trouve assez ridicule de payer pour des frais supplémentaires pour aller travailler. Je n’ai pas de service d’autobus adéquat dans mon quartier.
- Je ne comprends pas comment les gens peuvent être plus productifs en présentiel avec le brouhaha, les appels des autres collègues, les conversations de café, ça ne m’entre pas en tête, c’est impossible! Je travaille chez moi aujourd’hui, dans la quiétude, le calme, je me cherche bien moins dans mes différentes applications, je fais mes appels sans avoir peur de déranger ou d’être dérangé.