Vocaux: on les écoute... ou on les redoute?

Amélie Hubert-Rouleau

2025-08-25T13:00:00Z

Ce matin, un café à la main, j’écoute un message vocal, un voice, laissé par une amie. Il porte sur les détails des célébrations de mon anniversaire. En vraie millénariale que je suis, je lui réponds par texto. Il faut dire que par moment, je résiste encore à l’envahisseur: le vocal. Entre «je déteste» et «j’adore», mon cœur balance...

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J’ai l’impression d’avoir 102 ans quand je pense à ma relation avec le «vrai» message vocal. Tous ces moments où, enfant et ado, j’arrivais chez moi la tête pleine de curiosité et d’excitation et que je m’empressais de presser le bouton play du répondeur pour écouter les voix de ceux dont j’avais manqué l’appel pendant mon absence. À cette époque — j’ai l’impression d’être une petite vieille —, on pouvait se permettre de ne pas être joignable à chaque minute de notre vie.

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Aujourd’hui, environ sept milliards de messages vocaux sont échangés chaque jour à travers le monde sur l’application WhatsApp. Instagram a récemment annoncé que ses notes vocales sur son application passeraient de 59 secondes à cinq minutes. La professeure du département de lettres et communication sociale de l’UQTR, Anne-Sophie Bally, en a même fait un projet d’étude. «Les gens qui reçoivent ces messages trouvent qu’on leur vole du temps parce que c’est long à écouter», affirme la professeure à L’Hebdo Journal à propos de son projet, Sors ton vocal.

J’avoue que je me sens souvent comme ça. Mon temps ne semble plus m’appartenir. Avec un certain agacement, je me demande pourquoi mon interlocuteur ne m’a pas communiqué ce qu’il voulait me dire par écrit, question que je puisse y jeter un œil distrait à ma convenance, entre deux tâches à exécuter sur ma to-do. Mais, encore une fois, c’est probablement la millénariale bourreau de travail un peu rébarbative, qui n’a pas envie d’interrompre ce qu’elle fait pour écouter un autre épisode du podcast de la vie de ses amies, qui parle.

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Je crois que je dois me rendre à l’évidence: les vocaux sont là pour rester. Et toi, chère génération Z, tu es en première ligne de ce changement dans nos méthodes de communication. Tu n’aimes pas utiliser le «vrai» téléphone, car tu veux éviter de déranger la personne à qui tu t’adresses. Tu évoques la capacité des messages vocaux à exprimer des nuances par la voix que l’écrit ne permet pas et, surtout, l’argument de leur rapidité, leur facilité et leur efficacité. Malgré ma frustration lorsque j’essaie d’envoyer des messages vocaux qui n’ont par inadvertance pas été enregistrés, je dois te donner raison.

Depuis quelques années, au contact de certaines de mes amies qui appartiennent à ta génération, je me suis laissé prendre au jeu par cette façon de communiquer contagieuse. Sans vouloir tout à fait me l’avouer, je prends plaisir à écouter les conversations de mes proches par vocaux interposés. Et je réalise qu’aujourd’hui, il est possible, à chaque minute ou à chaque heure de notre vie, de ressentir une parcelle de cette même excitation qui faisait jadis sourire mon cœur en écoutant le répondeur...

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